Publié le 15 septembre 2020

Quentin Fillon-Maillet

Rencontre avec le nouveau leader du biathlon français

Interview

À 28 ans, l’âge de la plénitude, Quentin Fillon-Maillet semble avoir trouvé le bon filon. Arrivé à maturité tardivement, suivant le cours d’une progression douce mais constante, le coureur jurassien paraît avoir déniché, enfouie parmi des ressources mentales qu’il ne se soupçonnait pas, une mine à exploiter, une piste à creuser, un bon filon, pour enfin décrocher l’or.

À l’aube de cette nouvelle saison 2021 et au sortir de 2 titres de vice-champion du monde en 2020, Quentin veut prouver qu’il a débusqué le bon filon. Ce filon qui démarre avec la persévérance comme fil conducteur et suit le travail comme fil rouge. Ce filon qui va lui permettre de sortir de l’ombre de la légende Martin Fourcade, néo-retraité des pas de tir, pour rayonner en pleine lumière et s’imposer comme le nouveau leader du biathlon français. Ceci afin de creuser son propre sillon dans l’Histoire de ce sport et se coudre un palmarès unique d’un fil, d’un filon, d’or de préférence.

JOB D’ÉTÉ, FONCIER et ICEBERG

Quentin, où es-tu actuellement ? Comment l’un des meilleurs biathlètes du circuit mondial occupe son été ?

À l’heure actuelle, nous sommes en stage avec l’ensemble de l’équipe de France, à Bessans, en Savoie, où l’on mène la préparation de la saison à venir de façon habituelle, semblable aux années précédentes, malgré l’incertitude liée au contexte. Nous avons repris début mai en vue du redémarrage de la Coupe du Monde fin novembre. Nous en sommes donc exactement à mi-chemin de notre préparation, période la plus chargée en termes d’entrainement. Les corps sont mis à rude épreuve !

Le biathlon étant un sport hivernal, il est difficile de se douter que cette préparation estivale qui dure presque 6 mois est aussi longue et intense…

Tout le monde nous demande ce que l’on fait en été ! Certains pensent même qu’à l’image de certains saisonniers en station, nous basculons sur un deuxième métier après la fin des compétitions en avril (sourire)… En réalité, l’été, c’est une période plus que charnière pour nous, celle qui conditionne la réussite de la saison. C’est là que l’on réalise le gros volume d’entrainement qui nous permettra d’enchaîner les échéances de Coupe du Monde ensuite. C’est le moment où l’on peut travailler afin d’aller chercher ces petits pourcentages de progression, de plus en plus rares, au fur et à mesure que l’on se rapproche du maximum de son potentiel. L’hiver, on est sur un enchainement de cycles « compétition-récupération » qui n’autorise plus que de fines adaptations. Dès la première manche, en novembre, il est trop tard : les dés sont lancés et il s’agit alors simplement d’ajuster certains détails !

Peux-tu nous décrire la journée-type d’un stakhanoviste de ta trempe durant l’été ?

Le schéma est aussi simple qu’efficace ! On se lève assez tôt, vers 7h, afin de prendre le petit-déjeuner qui nous permettra d’assumer la séance d’entrainement du matin, généralement intense. Elle commence vers 8h30 et se déroule la plupart du temps en ski-roues, avec incorporation d’ateliers de tir. Ce matin par exemple, on a effectué un travail de vitesse en ski-roues, de technique sur le pas de tir puis de foncier sur les pentes du col de l’Iseran. Après le déjeuner, il y a un temps calme en deux étapes : une sieste et un passage chez les kinés. Puis, nous partons vers 16h pour la deuxième séance de la journée. Aujourd’hui, un enchainement de musculation et de course à pied. Le retour se fait vers 18h. On a alors un petit moment pour nous, plus détendu, avant le dîner, vers 20h. Après ça, rares sont les nuits où l’on a du mal à trouver le sommeil. !

De par cette vie d’ascète, as-tu parfois des doutes quant à ton projet, des remises en question, l’impression que le jeu n’en vaut pas la chandelle, que les sacrifices sont trop importants ?

(Du tac o tac) Pas une seule seconde ! Je considère comme un privilège de pouvoir faire de sa passion un métier. Je me sens extrêmement chanceux. Certes, il y a quelques contraintes. Être loin de chez soi, loin de ses proches, de ma copine, de ma famille, de mes parents, 220 jours par an, c’est parfois pesant. Tout comme l’hygiène de vie qui nous oblige à nous frustrer en refusant des invitations que l’on aurait envie d’honorer avec un immense plaisir. Mais ces contraintes ne sont pas des sacrifices ! En plus, franchement, hormis le personnel soignant dernièrement et les athlètes de haut-niveau, vous en connaissez beaucoup des personnes qui sont applaudis par des milliers pour faire leur métier ?! Moi non ! Alors tous les matins je me lève avec le sourire…

J'ai l'impression que le Biathlon m'a appris à devenir une meilleure version de moi-même

Le lancement de la web-série « En ligne de mire » répond-elle à la volonté de montrer ce travail de l’ombre ?

Exactement ! Mon souhait, c’est de montrer toute la face immergée de l’iceberg, tout ce travail de l’ombre effectué durant l’été et qui nous permet de prétendre à la lumière pendant l’hiver. Dans cette web-série, je mets en avant mon entrainement, mais pas que… Je partage mon expérience du haut-niveau, tout ce que je mets en place au quotidien pour réaliser mes rêves.

Avant de mener cette vie d’ascète, tu es passé par de nombreuses étapes. Notre question porte sur la première de ces étapes, peut-être la plus importante : comment as-tu découvert ce sport ?

Ma découverte du biathlon, c’est le croisement de deux passions : la première, pour le ski de fond, débuté au sein d’une famille très sportive dans le Haut-Jura ; la seconde, pour l’artisanat, la fabrication d’objets de mes propres mains, notamment les arbalètes et les arcs. Enfants, nous vivions juste à côté de l’atelier familial de menuiserie. On y trouvait tout plein de ressources pour se confectionner des cabanes, des arcs, des arbalètes, des flèches… Boris, un cousin qui pratiquait le biathlon m’a un jour fait essayer sa carabine. J’ai retrouvé les sensations du tir à l’arc et instantanément adoré ce sport. J’ai d’ailleurs conservé ce petit côté manuel. En parallèle de ma carrière, j’ai mené des études en conception industrielle qui me permettent de réaliser moi-même mes crosses de carabine…

Y-a-t-il un évènement précis qui te fait envisager le biathlon comme un objectif de vie, un déclic qui te fait prendre conscience que tu peux embrasser l’espoir d’une carrière à haut-niveau ?

Oui, mon premier titre de champion de France, chez les cadets, à 14 ans. À cet âge, on est encore dans l’insouciance, très loin d’imaginer ce que peut impliquer une carrière de biathlète international, de combien le chemin est long et sinueux, mais c’est à ce moment-là que je me prends à rêver… Jusqu’à mes 19 ans, mes performances sont correctes « sans plus ». Puis, je passe un cap l’année suivante avec une super saison en IBU Cup, l’antichambre des grands. Enfin, les choses deviennent véritablement sérieuses après mon premier podium en Coupe du Monde, une 2ème place lors de la mass-start de Ruhpolding, en 2014, à 22 ans. À partir de là, mon rêve de devenir le meilleur biathlète du monde se transforme en objectif !

Il t’aura fallu près de 5 ans pour grimper de la deuxième à la plus haute marche du podium et remporter, en 2019, ta première manche de Coupe du Monde. Comment expliquer cette progression un peu plus douce que certains ?

Je n’aime pas trop comparer ma carrière à celle des autres, mais il est sûr que certains athlètes ont franchi les paliers plus rapidement que moi. On a chacun nos qualités. Pour ma part, je ne pense pas avoir le plus gros talent du peloton, les choses n’ont jamais été « innées ». Je ne suis pas cet enfant qui touche un ballon et instantanément sait faire 20 jongles. Moi, il va me falloir 4 ou 5 jours d’entrainement, par contre je vais persévérer jusqu’à savoir en faire 30 ! Aujourd’hui, je considère cette maturation tardive comme une force, comme un processus dont je récolte petit à petit les fruits.

Depuis deux ans, tu sembles avoir franchi un véritable palier, terminant à deux reprises sur la 3ème marche du classement général de la Coupe du Monde. Quelles sont les clés à l’origine de cette progression ?

Plus qu’un déclic, cela s’inscrit dans la continuité de ce que je mets en place depuis des années. Petit à petit, j’ai comblé le trou me séparant d’athlètes que je considérais alors comme inatteignables. J’ai travaillé physiquement, sur un meilleur gainage, pour déployer plus de force et de tonicité dans ma technique de glisse. C’est aussi un changement d’état d’esprit. J’ai pris conscience que j’étais capable de rivaliser avec les tous meilleurs. Aujourd’hui, lorsque Johannes Boe (double vainqueur de la Coupe du Monde en titre) me double, j’essaye de le contre-attaquer alors qu’avant, mon unique objectif était de rester dans ses skis le plus longtemps possible. 

Quelle est la principale différence entre le Quentin de 2014, à l’heure de ses débuts en Coupe du Monde, et celui de 2021, qui prétend au trône ?

La confiance en soi ! Le biathlon est un sport où le mental revêt une importance prédominante. Le stress peut te faire totalement déjouer sur le pas de tir. Or, avant, parfois, la peur prenait le pas sur la motivation, les émotions prenaient le dessus sur la technique. Les pensées négatives me faisaient rater les cibles ! Maintenant, j’assume plus facilement mes objectifs. J’ai des ambitions et je les affirme. Je suis toujours aussi déterminé mais beaucoup plus relâché. Et ce, pas seulement sur la piste : dans la vie de tous les jours également, j’ai l’impression que le biathlon m’a appris à devenir une meilleure version de moi-même.

Crédit photo : Petr Slavik

Tes rêves d’hier coïncident avec tes objectifs d’aujourd’hui. Tu affirmes d’ailleurs avoir moins de mal à assumer tes ambitions. Concrètement, quelles sont-elles ?

Mon rêve, c’est de devenir le meilleur biathlète du monde, or le titre qui le consacre selon moi, c’est le gros Globe de Cristal, le trophée qui récompense le vainqueur de la Coupe du Monde, le coureur le plus complet et le plus constant à très haut-niveau pendant toute la saison ! Être présent sur les courses d’un jour aux Championnats du monde, c’est également un énorme objectif. Enfin, dans un coin de ma tête, j’ai un contentieux à régler avec les Jeux Olympiques qui se tiendront à Pékin en 2022, car je conserve un très mauvais souvenir des précédents, du fait de résultats en dessous de mes espérances et des problèmes de santé de ma compagne.

Cet été sera votre premier sans Martin Fourcade, une icône mais surtout un ami qui a pris sa retraite sportive l’hiver dernier. Son absence laisse-t-elle un vide dans cette équipe de France que l’on sait extrêmement soudée ?

C’est difficile de mesurer combien Martin a apporté à notre discipline… Ce fût une chance que de le côtoyer au quotidien durant autant d’années. C’était un modèle. À l’entrainement d’abord, car c’est génial de se confronter sur chaque séance à une telle référence, mais aussi sur les à-côtés, sa façon de gérer les sollicitations, de concilier plusieurs aspects d’une vie… Imaginez, on a passé environ 220 jours par an ensemble, pendant 7 années ! Donc forcément, son départ a constitué un petit déchirement. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de vide dans l’équipe ! D’autres athlètes sont arrivés et se sont parfaitement intégrés. C’est le rythme naturel d’un collectif : quand certains partent d’autres arrivent pour les remplacer.

J'ai un contentieux à régler avec les jeux olympiques!

Martin Fourcade, par son aura, pouvait-il parfois apparaître comme un paravent médiatique ? Sa retraite sportive vous donne-t-elle plus de responsabilités, comme un statut de leader d’équipe laissé vacant et qui vous revient légitimement ?

Effectivement, c’était magique de l’avoir avec nous ! Il nous tirait tous vers le haut, néanmoins parfois, cela pouvait générer une légère frustration : on avait beau réaliser de belles performances, soit Martin avait gagné, soit il s’était raté et on parlait plus de sa contre-performance que de notre réussite. Attention, encore une fois, je n’ai aucune amertume par rapport à cela ! Je fais avant tout du biathlon pour moi et non pour les autres ! Mais c’est sûr que ce paravent médiatique pouvait nous protéger en même temps que nous cacher… Cette saison il faudra faire sans. Cela ne me fait pas peur, être plus exposé ne m’angoisse pas. Je me détache de cette pression, car je sais que si je n’arrive pas à mes objectifs cette année, j’aurais la persévérance pour y retourner l’année suivante ! Ces responsabilités vont dans le sens de l’athlète et de l’homme meilleur que je souhaite devenir.

LA HAUTE-SAVOIE, FORMIDABLE TERRAIN DE JEU NORDIQUE

La Haute-Savoie est le berceau des sports d’hiver, un terrain de jeu privilégié offrant un cadre idéal à la pratique de nombreux sports, de l’initiation au plus haut niveau.

Le Département se mobilise pour promouvoir et pérenniser cette image sportive qui caractérise la Haute-Savoie et participe à son attractivité. Chaque année, il accompagne près de 80 événements sportifs dont près d’une vingtaine de compétitions internationales. Parmi les plus emblématiques, la Coupe du monde de biathlon au Grand-Bornand dont l’ambiance est à vivre au moins une fois dans sa vie !

Le Département de la Haute Savoie, fait la promotion, soutient et facilite la pratique du ski nordique.

S’il y a bien une discipline sportive à la croisée de nombreuses politiques départementales, c’est bien le ski nordique. La saison d’hiver bat son plein au rythme de la prochaine Coupe du Monde de biathlon. Et si l’hiver, le Grand Bornand bénéficie d’un stade international, les Contamines profitent l’été d’un stade de ski-roues flambant neuf et devraient accueillir prochainement un centre national d’entraînement de biathlon.

La Haute-Savoie propose à ses habitants des pistes et itinéraires nordiques d’exception, en termes d’entretien, de longueur, pour l’encadrement et l’initiation, le perfectionnement et l’accompagnement. Il développe le ski nordique ainsi que toutes les activités nordiques (raquette à neige, biathlon, chiens de traineaux, ski de randonnée nordique, marche nordique…) et assure la promotion et la valorisation de ces pratiques sur tous les massifs haut-savoyards, avec 24 domaines exceptionnels !

Ces 24 domaines nordiques enregistrent 410 000 journées skieurs et un CA record de 2 M€. Acteur majeur de la prochaine Coupe du Monde de Biathlon, le Département de la Haute Savoie vous donne rendez-vous au Grand-Bornand du 17 au 20 décembre prochain.

DOSSIER

Le sport dans l’ADN de la Haute-Savoie et du Département un dossier complet à lire sur : actu.hautesavoie.fr 

JO 2024

Le Département a été labellisé « Terre de Jeux 2024 » dans la perspective des Jeux Olympiques de Paris. C’est la promesse d’actions et d’événements pour promouvoir le sport, l’esprit olympique et les Jeux auprès des Hauts-Savoyards.

 

Baptiste Chassagne

LE GRAND-HUIT CORSE

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