Publié le 15 octobre 2020
Thomas VDB
Crédit photo : © Alexandre Vallée

Thomas VDB

Écolo malgré lui

Interview

Aujourd’hui père de famille, Thomas VDB a quitté Paris pour rejoindre la campagne. L’humoriste a rejoint la grande famille des néo-ruraux et s’en amuse dans son spectacle intitulé Thomas VDB s’acclimate. 

Vos préoccupations ont changé avec votre paternité ? 

Depuis que je suis papa, je suis me suis installé à cinquante kilomètres de Paris. Comme tous les quadras d’île de France, je me suis dit : à un moment, il faut privilégier la qualité de vie ! Nous voulions un jardin et à l’aune des conditions de vie à Paris - entre la canicule et le Covid - on a pris les décisions que nous pensions être les bonnes pour les enfants et pour nous. Aujourd’hui, on voit midi à notre porte. Je fais partie de ces néo-ruraux, ces Parisiens qui partent vivre à la campagne. J’en fais allusion dans mon spectacle. 

Sur une affiche du spectacle, vous évoquez l’insouciante époque de Tata Yoyo…  

J’avais écrit ces lignes avant la disparition d’Annie Cordy. À un moment du spectacle, je regarde les choses rétrospectivement, telles que je les percevais à une certaine époque. Je suis né en 1977 et comme la seconde guerre mondiale était passée, j’ai grandi en ayant l’impression de l’avoir échappé belle, que le pire était derrière nous. À 7 ou 8 ans, je regardais la télé avec mes parents et on voyait Annie Cordy chanter joyeusement Tata Yoyo dans son costume multicolore, je me disais : tout va bien, tout s’est arrangé, on est tiré d’affaire, on ne va pas mourir. Aujourd’hui, quand je regarde la situation générale, j’en conclus que je m’étais trompé.

Dans Thomas VDB s’acclimate, il y a climat. C’est voulu ? 

Je suis intolérant absolu à la chaleur. Pour moi, les périodes de canicule sont un enfer. Dès qu’on dépasse 30°, j’ai juste envie de me mettre en boule dans le grenier et qu’on ne m’adresse plus la parole. Comme je parle de la chaleur dans le spectacle, je me retrouve à avoir un discours qu’on assimile à celui d’un écolo. Or, je n’ai aucune envie d’être assimilé à un écolo. Je me demande juste pourquoi ce n’est pas une urgence absolue de vouloir réduire la chaleur. Je parle de ce que certains croient savoir faire pour le développement et la relance économique. Mais comment, à part par sadisme, on peut vouloir faire tourner toutes les machines à fond sans réchauffer encore plus la planète ? À travers les sketchs, j’expose toute une série de perspectives sur ce qu’on croit être bon pour l’écologie et pour l’économie. Bien sûr, le spectacle ne tourne pas qu’autour du climat. Mais quand le titre dit « Thomas VDB s’acclimate », on doit comprendre : Thomas VDB ne s’acclimate pas. 

À quoi d’autre ne vous acclimatez-vous pas ?

Dans le spectacle, je parle de tous ces mots qu’on est censé intégrer à notre vocabulaire très vite sous peine de se faire taxer de conservateur. Des formules qu’on entend tout le temps comme charge mentale, pervers narcissique. On doit aussi intégrer de nouveaux concepts sans quoi on passe pour un arriéré. Par exemple, impossible de dire le Covid, sans se faire reprendre : on dit pas « le », on dit la Covid. Comment peut-on être aussi affirmatif et condescendant alors que le mot n’existait pas il y a un an ? Dans un autre registre, je suis un idiot congénital quand il faut utiliser les nouvelles technologiques et je perds un temps fou avec les téléphones, les applis, les mots de passe, les interfaces, les mises à jour. Pareil pour la 5G. Comment peut-on avoir besoin que les choses aillent encore plus vite ? On nous dit que ça va aider la médecine. Mais les médecins de campagne n’ont déjà pas la 4G ! Sur scène, je me moque de l’écolo que je suis devenu malgré moi. Dans un sketch, je parle de l’avion que j’ai décidé de ne plus prendre mais que j’utilise pour aller à une salle de spectacle. En fait, j’évoque ma façon de m’acclimater tout en sachant que ce ne sont pas forcément les bonnes méthodes. Je suis une espèce d’écolo empirique. 

Sur scène, je me moque de l’écolo que je suis devenu malgré moi 

Le spectacle promet au public de la pure joie en barre. Vous êtes-vous amusé à l’écrire ? 

De la pure joie en barre, la formule est ironique. Mais bien sûr, le spectacle est destiné à faire rire. Dans l’écriture, si je me fais rire, c’est l’indicateur que je dois garder l’idée. Et plus l’idée me fait rire, plus j’aurai confiance quand il faudra la jouer devant un public. 

Vous avez écrit le spectacle
pendant le confinement ?

Après ma tournée de « Bon chienchien », je m’étais dit que je consacrerai six mois début 2020 à écrire le nouveau spectacle. J’étais prêt à m’y mettre quand on nous a imposé le confinement. Le fait de devoir rester chez moi par obligation m’a démotivé, je n’arrivais plus à travailler. Pendant cette période, j’ai vraiment eu du mal à être créatif. Heureusement, beaucoup de texte était déjà écrit. Et j’ai vraiment mis le paquet après le déconfinement. 

Vous testez les sketchs auprès de votre entourage ?

Oui mais c’est devenu plus compliqué depuis que j’ai quitté Paris. Avant, j’allais directement dans les comedy clubs pour faire une prestation de dix minutes. Maintenant, j’arrive avec un texte vraiment original que je n’ai testé que sur quelques amis, la famille mais pas sur un public. 

Les avant-premières en province avant Paris, c’est un rodage ? 

La première date a eu lieu fin septembre et ensuite, lors de toutes les avant-premières en province, je ne vais jamais cesser d’apporter des modifications. J’arrive avec un texte brut dont je suis très content mais j’ignore comment il va exister devant un public. Au lendemain d’une date, je peux très bien supprimer tout un passage si besoin. Un spectacle est une série d’ajustements qui visent à le perfectionner au fil des représentations. 

Propos recueillis par Nathalie Truche

en spectacle, les 20 et 21 octobre 2020, au Centre Pluriculturel et social d’Ouchy (CPO) de Lausanne

Kathy Ager
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