Publié le 15 juin 2020
Samy Belmahdi
Crédit photo : Tony Schepens

Samy Belmahdi

L'Art du déplacement

Interview

Notre corps, cette machine incroyablement parfaite, ce temple où tout a sa fonction précise n’en finira jamais de nous surprendre. Ses limites sont de plus en plus repoussées par des athlètes d’un nouveau genre, qui n’utilisent aucun autre matériel que celui fourni par la nature : leur corps. Ces sportifs pratiquent les disciplines du Parkour, du Freerunning ou de l’Art du déplacement et jouent avec la pesanteur, défiant sans cesse les lois de la gravité, comme Samy Belmahdi, passé maître dans ce sport en pleine évolution.

C’est bien en France et plus précisément en région parisienne que la discipline du Parkour est née, vers la fin des années 80. Une pratique mise en lumière par les Yamakasi, collectif de 9 amis qui lui a permis d’accéder à une certaine notoriété et une reconnaissance à l’échelle de notre pays mais aussi au niveau international. On se souvient tous du film Yamakasi, produit par Luc Besson, sorti en salle en 2001. S’en est suivi une démocratisation du Parkour, propulsant cet art au rang de sport à part entière.

 

Apparentés à de véritables athlètes cascadeurs, les pratiquants - que l’on nomme des traceurs dans le jargon de la discipline - sont amenés à franchir toutes sortes d’obstacles appartenant au mobilier urbain : murs, toits, rampes, bancs, barrières, etc.

Samy Belmahdi, lui, pratique ce qu’on appelle l’Art du Déplacement qui diffère légèrement du Parkour ou du Freerunning, en ce sens qu’il revêt, en plus de la technique, un aspect développement personnel axé sur un état d’esprit spécifique. On est allé à la rencontre de l’annécien, surnommé « la singerie », allez savoir pourquoi…

Peux-tu nous en dire plus sur l’Art du Déplacement que tu pratiques.

L’Art du déplacement engage des valeurs de partage, d’entraide, d’humilité, de courage. C’est un accomplissement personnel. Quand tu le pratiques, il y a vraiment un état d’esprit à développer en parallèle. Il y a un entraînement physique spécifique auquel est rattaché une philosophie propre, que l’on se doit aussi d’appliquer dans notre quotidien. La discipline ne s’arrête donc pas aux mouvements de notre corps mais va bien au-delà. Il s’agit de puiser cette force que l’on emploie dans la pratique et s’en servir dans la vie.  Surmonter les obstacles physiques revient à les surmonter aussi, métaphoriquement, dans la vie. 

C’est donc un apprentissage à transposer à notre quotidien ?

Tout à fait. C’est pour ça que je vois cette discipline comme éducative, en proposant aux jeunes un autre moyen de voir le monde, de s’en sortir et de faire le bien autour d’eux. Cela peut s’apparenter littéralement à un mode de vie. Il y a un côté assez similaire à un art martial dans la philosophie. Celui qui est fort dans notre discipline, n’est pas forcément celui qui va sauter le plus loin, mais plutôt celui qui va aider les autres et partager ces valeurs. C’est ce que j’essaye de transmettre quand je coache des jeunes.

Et comment t’es venue cette passion ?

J’ai commencé il y a 13 ans (ndlr. Samy a 25 ans aujourd’hui). Avant cela, je sautais partout sans arrêt, sans savoir que cela avait un nom ! Je m’en suis rendu compte en tombant sur une vidéo des fondateurs (David Bell / Yamakasi).  J’ai alors réalisé qu’il y avait une méthode précise d’entraînement et je m’y suis mis. Ce qui m’a séduit c’est aussi le partage qui pouvait s’opérer entre pratiquants, au sein d’une communauté assez soudée.

Comment cette communauté est-elle connectée justement ?

Quand j’ai commencé, il y avait des « Parkour Days » qui réunissaient tous les « traceurs » français dans une ville de l’Hexagone. On s’entrainaient alors tous ensemble pendant 2 jours, en échangeant sur nos pratiques, en partageant l’amour de ce sport. À l’époque, tout était centralisé sur des forums  Internet. Et sur place, la convivialité, l’entraide ou même l’hospitalité étaient de mises.

De nos jours, avec les réseaux sociaux, la dynamique est différente. Le contact est plus direct, les échanges plus rapides. De grands événements sont organisés maintenant dans le monde, fédérant toujours un peu plus cette grande « famille » autour d’une passion commune.

Il y a un côté assez similaire à un art martial dans la philosophie.

Crédit photo : Victoria Coloma

Apprendre l’Art du déplacement, est-ce difficile ?

Pour évoluer et être bon, l’entraînement doit être discipliné et il faut être assidu pour avoir de bonnes bases. Aujourd’hui, avec le contenu viral, les vidéos, les jeunes auraient tendance à avoir envie de se lancer sans vraiment se connaître et connaître leurs limites. Or, pour ne pas se faire mal, il est indispensable d’avoir des bases solides. C’est un sport dangereux qui nécessite de savoir s’y prendre.
Là encore, il faut adopter cet état d’esprit d’humilité. Faire les choses dans le bon ordre et bien. Ne pas présumer de ses aptitudes et chaque chose en son temps, pour évoluer en toute sécurité. Si tu ne suis pas ces étapes, ton corps va vite te rappeler à l’ordre. Pour exceller, il faut répéter, s’entraîner régulièrement et acquérir un instinct du mouvement.

Les risques sont présents. Comment les gères-tu ?

Il faut réunir pas mal d’éléments pour minimiser les risques. Ce sont des heures et des heures d’entraînement au sol, avant de pouvoir transposer les mouvements au-dessus du vide. C’est géré, même s’il n y pas de risque zéro.
La peur est, elle aussi, présente mais en ayant réuni tous les éléments pour que cela se passe bien, et en général ça se passe bien ! Là encore, l’état d’esprit est primordial.
Si l’action est faite pour frimer, faire le buzz, par intérêt etc… En d’autres mots, pour de mauvaises raisons, l’énergie n’est pas bonne et c’est là que cela devient risqué. Par contre, si tu le fais pour toi, pour ton propre plaisir, il y a de grandes chances que tu réussisses.

Je fonctionne comme ça. Je n’ai jamais sauté pour impressionner les gens. Je l’ai toujours fait pour mon accomplissement personnel. C’est ce qui est bien dans cette discipline, comme on ne se compare pas entre nous, qui est le plus fort, le meilleur… Chacun évolue à son rythme et l’on n’est pas obligé de se mettre la pression pour être au même niveau que son pote. Et ça aussi, ce sont des raisons qui permettent de minimiser les risques. Pas de pression.

Peut-on considérer l’Art du déplacement comme un sport de rue ?

Oui. Tout d’abord, il est né à Paris, au cœur des cités.
Je n’aime cependant pas qu’on le cantonne à un sport urbain car on peut techniquement le pratiquer partout. Dans la forêt, à la plage, chez toi aussi. Finalement, tu te sers du mobilier et de ce que la vie met sur ton chemin pour créer et imaginer tes mouvements. On est censé s’adapter à ce qu’il y a dans notre environnement. Pendant le confinement, par exemple, j’ai trouvé pleins de stratagèmes pour pratiquer chez moi. Il y a de nombreuses possibilités, les opportunités sont infinies. En ce sens aussi, c’est un sport plus qu’abordable. Une paire de baskets, un jogging et c’est parti !

 

Olivia Bergamaschi

Samy Belmahdi

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