Publié le 4 août 2014

ZEP

Titeuf, un savoureux petit Suisse

Interview

Zep, de son vrai nom Philippe Chappuis est un auteur suisse de bandes dessinées, dont la plus connue est Titeuf. Il prend le pseudonyme « Zep » en hommage au groupe Led Zeppelin qui est son groupe favori. Titeuf, ce sont des millions d’exemplaires vendus à travers le monde. Entretien avec Zep, le créateur du gamin à la houppette blonde.

Hormis l’accent, qu’avez-vous de Suisse ?
Entre le combat et la solution pacifique, je vais toujours chercher la paix. Quand je suis en France, ce côté-là me saute aux yeux. Quand on s’engueule, qu’il faut parler le plus fort possible pour avoir raison, je reste en retrait. J’écoute et j’essaie de trouver la meilleure solution. C’est une sorte de super pouvoir. Mais quand je suis en Suisse, le consensus m’énerve car il dégage une forme de mollesse. Il faut du temps pour tout : consulter, demander l’avis de chacun, même de ceux qui n’ont rien à dire. Cet aspect m’agace en Suisse et me plaît bien quand je suis à l’étranger.

Pour devenir un prince du crayon, il faut un don ou beaucoup de travail ?
Beaucoup de travail, c’est sûr. Quand je revois des dessins de moi enfant, je n’ai pas l’impression d’y déceler un don particulier. Peut-être que je dessinais de manière plus acharnée, presque obsessionnelle. Je passais mes journées à dessiner, à essayer de recopier des bandes dessinées. Je dirai que l’entourage est déterminant car tout le monde a commencé à regarder mes dessins et à me parler comme si j’étais un dessinateur alors que je n’avais que 4 ans. Du coup, je me suis dit que j’étais un dessinateur et j’ai continué. Dessiner des histoires est la place que j’ai trouvée pour exister dans ce monde. Mais cela a été beaucoup conditionné par mon entourage. Si on m’avait dit « ce que tu dessines est affreux » et qu’on m’avait confisqué ma boîte de crayons, j’aurais sûrement fait autre chose.
 

Dans Titeuf, il y a un peu de l’enfant que vous avez été ?
Titeuf est une projection de l’enfant que j’ai été. Il est mon lien à l’enfance qui perdure. Avec des choses que j’ai laissé en plan et que je reprends avec lui. Notamment beaucoup de questionnement, de révolte d’enfant, d’utopie qu’on abandonne au moment de l’adolescence. Ça fait du bien de reprendre ces choses inachevées, ces grands idéaux enfantins, l’envie de changer le monde et les peurs enfouies aussi. C’est cette re-rencontre avec mon enfance qui a donné naissance à Titeuf.
 

Regrettez-vous l’enfance et sa période peuplée de rêve et d’espoir ?  
Oui, mais je continue à être assez utopique. De toute façon, pour être artiste, il faut avoir une part de naïveté et croire à des choses improbables. Je crois avoir toujours une dose de candeur même si aujourd’hui, les choses sont plus faciles pour moi. J’ai acquis une notoriété qui me permet de mener à bien beaucoup de projets. Mais j’y croyais déjà dur comme fer il y a 20 ans. Je garde cette naïveté qui, selon moi, n’est pas de l’innocence. On est dur quand on est enfant. On est injuste et parfois lâche. Dans la littérature jeunesse faite par les adultes, on considère les enfants comme des petits anges, alors qu’ils savent aussi être de petits diables.

 

Quel regard portez-vous sur vos premiers albums ?
Quand j’ai commencé à faire Titeuf, je n’avais pas d’enfant. Aujourd’hui, je suis en famille recomposée, j’en ai cinq. Ma vision de l’enfance a changé. Techniquement et graphiquement, j’ai également évolué. Quand je vois les premiers albums, ils me font un peu mal aux yeux. J’aurais envie de les redessiner complètement. Mais au fond, je les aime bien, même si je serais incapable de les refaire comme ça aujourd’hui.
 

N’y-a-t-il pas de routine entre Zep et Titeuf ?
Il y a une routine artistique en général. Dès l’instant où l’on fait quelque chose pour lequel on est  reconnu, on vous demande de faire toujours la même chose. Les Rolling Stones chantent Satisfaction depuis 50 ans. J’imagine qu’ils en ont marre. Mais quand je crée un nouvel album de Titeuf, mon dessin change avec moi, que je le veuille ou non. Le dessin, c’est un peu comme la voix ou la peau, il  se modifie parce qu’il vieillit, tout simplement.

Comme Titeuf, vous êtes toujours à l’école de la vie ?
Je suis un dessinateur compulsif, je dessine énormément, je noircis des carnets de croquis car j’ai besoin que mon dessin, qui est mon langage, puisse dire toujours plus de choses. Comme si j’apprenais une langue depuis 40 ans, j’ai besoin de toujours apprendre à dessiner. Plus j’avance et plus je me rends compte des choses que je suis incapable de faire. Il y a encore plein d’histoires que j’ai envie de raconter mais que ma technique m’empêche de faire. Et peut-être ma pudeur aussi...

 

Propos recueillis par Nathalie Truche

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