Publié le 28 novembre 2014

POLICES!

5 interprètes, une chorale, une foule

Reportage

Sur un texte de Sonia Chiambretto, POLICES ! relate des témoignages historiques, des minutes de procès, des expériences d’interpellation, des descriptions d’exercices ou d’entraînements des forces de l’ordre. Son originalité ? La scénographie magistrale, mue par un mouvement perpétuel, est portée par des anonymes. Cette foule de volontaires se renouvelle dans chaque ville où se produit le spectacle. La conception est signée du chorégraphe Rachid Ouramdane.

Entre le carnet de bord, le journal d’enfant, et le brûlot politique, le texte POLICES ! se présente comme un patchwork de documents disparates sur les forces de l’ordre et ses méthodes de répression : listes d’objets appartenant aux détenus, instants d’audience, archives du procès Papon, rapports de polices, exercices de résistance au gaz lacrymogènes, vue subjective d’un enfant sur une perquisition…

Ces éléments textuels, une fois cousus ensemble, forment un point d’interrogation poétique sur les notions de justice et de mise en application des lois.

Sur scène, cinquante personnes occupent le plateau, les gestes se dessinent, allant de l’intime au collectif. Dans une scénographie magistrale, les traversées succèdent aux courses, le groupe humain s’organise, le mouvement est perpétuel. Les juxtapositions du texte, de la musique, de la danse, de la scénographie créent des images et des effets de sens d’une intense beauté.

Cette magnifique pièce, d’une richesse visuelle affirmée, vous accompagnera sans doute bien après la représentation.

QUI EST RACHID OURAMDANE ?
Danseur et chorégraphe au travail devenu incontournable dans le panorama européen de la danse contemporaine, Rachid Ouramdane est artiste associé à Bonlieu Scène Nationale depuis 2005. C’est dans le questionnement permanent de l’identité que Rachid ancre sa démarche artistique. Affirmant la nécessité de l’art pour notre compréhension du monde, c’est au travers de ses fictions chorégraphiques qu’il aborde la réalité, avec la complicité subtile de vidéastes, créateurs, musiciens et plasticiens. Annecy est un lieu fondateur pour lui, puisqu’il y trouve son premier contact avec la danse. Avant de créer l’association «L’A.» en 2007, lieu de réflexion artistique sur les identités contemporaines, Rachid Ouramdane a collaboré avec les artistes Emmanuelle Huynh, Odile Duboc, Hervé Robbe, Meg Stuart, Catherine Contour ou Christian Rizzo.

RACHID OURAMDANE
Polices ! prend d’assaut Bonlieu Scène Nationale
Comment s’est déroulée la sélection des volontaires à Annecy ?
Le projet se déploie dans plusieurs villes et à chaque fois, le casting se déroule de façon différente. L’important est de constituer une foule la plus diverse possible. Souvent, elle reflète les habitants, la population d’une ville. Les corps de la banlieue parisienne ne sont pas toujours ceux d’Annecy. Ce qui transpire de certains métissages culturels à certains endroits est moins présent à d’autres. Je veille à ce que l’information soit la plus largement diffusée et à ne pas cibler une communauté plutôt qu’une autre. C’est un appel assez large, toutes générations confondues.

Pourquoi des anonymes ?
Le texte parle de la fragilité des êtres à se laisser embrigader. La vision du spectateur est très différente face à un spectacle mené par ses voisins - donc par lui-même - et dans lequel il voit ces gens se mettre au pas, se révolter. On n’est pas du tout dans la même empathie à partir du moment où il y a un ancrage dans le monde réel.

Comment est né le projet ?
Sonia Chiambretto, l’auteure du texte, m’a contacté après avoir vu certaines de mes pièces. Nous avons parlé de mon travail, à la frontière entre la scène et le documentaire, qui se caractérise par une sorte de poétique du témoignage. Sonia écrit de cette façon-là. Elle s’inscrit dans l’œuvre des poètes objectivistes, qui fait s’entrechoquer des registres d’écriture complètement différents, qui vont des documents d’archives à des articles de presse en passant par sa plume à elle.

Comment s’articule le spectacle ?
Nous travaillons le spectacle comme un puzzle. Il y a d’abord eu le moment de recherche et de création qui s’est déroulé à Rennes pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, le puzzle est là, il est fait d’un décor, de films, d’une foule et d’enfants. Nous avons également cinq interprètes professionnels qui sont davantage là pour mettre en valeur les mouvements de groupe, pour cadrer l’espace. Quand on me demande de résumer le spectacle, je dis toujours : 5 interprètes, une chorale et une foule.

Qu’évoque le texte ?
J’ai dit à Sonia : « Il faut que ton texte devienne un document ». Le document de certains événements qui sont restés trop longtemps sous silence. Le texte Polices ! renvoie à des moments peu glorieux de la police française : des bavures, des moments de collaboration, des actions organisées. On y fait allusion au préfet Papon, à sa double implication en 39-45 et en octobre 1961, lorsque des Algériens ont été jetés dans la Seine. Ce texte n’est pas du tout à charge contre la police. D’ailleurs, il finit par le témoignage d’un policier épuisé qui lâche : « Moi, je n’en peux plus ».

Pourquoi Polices ! s’écrit au pluriel et avec un point d’exclamation ?
Parce qu’il n’y a pas une police mais des polices. Quant au point d’exclamation, il appuie l’idée d’autorité.

Quel est l’objectif du spectacle ?
C’est d’abord interroger, amener le spectateur à se positionner. Je ne crois pas à la notion de message en art. La réflexion qu’il y a en creux, dans ce siècle traversé par les différentes polices françaises, porte sur les limites de nos libertés, de notre démocratie. Sur les Etats qui deviennent de plus en plus sécuritaires face au fantôme du terrorisme. Sur la mise en application parfois abusive de certaines lois. Quand va-t-on trop loin pour préserver nos libertés ? Cette question, on peut se la poser de tous temps.

Appréhendez-vous l’accueil du public annécien ?
Pour l’anecdote, je suis né dans le sud mais j’ai grandi à Annecy, de 3 ans à 17 ans. Puis j’ai eu ma carrière de danseur en France et à l’étranger. Je dis toujours – comme lorsqu’on développe un logiciel – que les Annéciens sont mes bêta testeurs. Ils ont souvent la primeur de mes spectacles, ils font les premiers retours qui vont m’aider à calibrer la suite. Il m’importe toujours de savoir comment le public va réagir, parce qu’on ne fait pas de l’art pour l’enfermer dans un musée. Mais une œuvre n’appartient pas à l’artiste. Pour moi, le spectacle est l’endroit de rencontre entre l’intention de l’auteur et l’imaginaire du spectateur.

Propos recueillis par Nathalie Truche

POLICES!  - 13 DECEMBRE - 20H30 - BONLIEU SCÈNE NATIONALE -  Grande Salle 

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