Publié le 15 mars 2020
Pauline Ferrand-Prévot
Crédit photo : Bartek Wolinski

Pauline Ferrand-Prévot

La résilience est d’or, la médaille espérée également

VTT, Interview

Tout ce que le deux-roues compte de glorieux, Pauline Ferrand-Prévot l’a gagné. Vélo de route, cyclocross ou VTT : la coureuse de 28 ans a triomphé partout où elle a pédalé. Sur asphalte ou sur sentier. Hiver comme été. Un règne d’abord sans partage, suivi de trois années plus tempétueuses. Une simple période de doute avant de reconquérir son trône, plus impérieuse que jamais, au cours d’une saison 2019 éclatante. Puis, de se blesser à nouveau cet hiver. Pour mieux revenir et décrocher enfin, aux JO 2020, la seule consécration qui lui échappe : le titre olympique.

Reboot, récidive et palettes de jardin

Crédit photo : Dom Daher

Ton incroyable saison 2019 a des allures de come-back retentissant après deux années délicates sportivement parlant. Quels sont les ingrédients, les clés, de ce retour au premier plan ?

En janvier 2019, j’ai été opérée d’une endofibrose iliaque. Et paradoxalement, cela a joué positivement. Je sortais de deux années compliquées, marquées par un abandon aux JO de Rio en 2016, plusieurs blessures et cette douceur lancinante à la jambe gauche engendrant une inexplicable perte de puissance au pédalage…

Après l’opération, j’ai pris le temps de me reconstruire petit à petit. Même si la patience n’est pas ma qualité première, j’ai accepté le temps de cicatrisation, le protocole de guérison, la perte de niveau, de tout recommencer depuis le début. J’ai passé beaucoup de temps en famille, avec Julien (Absalon, son compagnon, champion olympique de VTT) et les enfants. Cela m’a ramené à une vie normale et m’a permis de renouer avec ma passion du vélo. Je me suis rendu compte que rien ne me rendait plus heureuse que rouler.

C’est comme j’avais été mis en mode « reboot ». En fait, cette pause, ça m’a régénéré, profondément régénéré !

Crédit photo : Bartek Wolinski

Le plus dur, c’est de savoir ce qui t’attend et de ne pas s’impatienter.

Avoir cette impression de tout recommencer, repartir du début, repasser par les fondamentaux, ne fût pas trop dur ? 

Non. Mon entraineur, Barry Austin, s’est montré totalement à l’écoute de mes sensations, de mes envies et de mon état physique du moment. Il adaptait mon programme en fonction. Ça aussi, c’est l’une des clés qui explique mon retour réussi en 2019. Justement, les performances furent multiples et les victoires nombreuses en 2019.

Laquelle restera ton meilleur souvenir ?

Sans hésitation, mon titre de Championne du Monde de VTT, fin août, au Mont-Sainte-Anne ! Ce titre est venu clore de façon exceptionnelle une saison 2019 très riche en émotions. Au début de l’année, j’ai découvert la nature exacte de ma blessure. Un véritable soulagement car le pire demeurait de souffrir sans parvenir à diagnostiquer la provenance de la douleur. Ensuite, je savais où j’allais : l’opération, la convalescence, la reprise de l’entrainement avec une belle fraîcheur… J’avais un cap ! Sur ces Championnats du Monde, je me suis enfin sentie à nouveau moi-même, physiquement et mentalement. Et cette course résume à la perfection mes dernières années : une chute au départ après un accrochage avec une concurrente, puis je me suis relevée, sans me décourager, puis une remontée, une place après l’autre, jusqu’à la victoire ! Une délivrance !

Crédit photo : Boris Beyer

La saison 2019 annonçait une année 2020 sous les meilleurs auspices, avec les JO de Tokyo en perspective. Cependant, tu apprends en janvier la nécessité de te faire réopérer de la même blessure. Comment as-tu appréhendé cette nouvelle étape ?

J’ai forcément eu cette impression d’être un peu coupée dans mon élan car j’avais prévu de courir la saison de cyclocross et disputer les mondiaux de cette discipline que j’affectionne tout particulièrement. Découvrir la récidive de l’endofibrose a coupé net cette perspective. Depuis 3 courses, je ressentais à nouveau ces sensations bizarres à la jambe gauche, les fourmis, l’impression de froid…

Je savais ce qui m’attendait mais j’ai souhaité agir le plus vite possible ! Moins d’une semaine après le scanner, j’étais sur la table d’opération.

Quel sentiment prédomine à ce moment-là ? De l’abattement, de la déception, du fatalisme ?

Ce n’est pas dans mon tempérament que de me lamenter. Je pars du principe que ce qui est fait est fait. Aujourd’hui, je suis seulement focalisée sur le travail à fournir pour retrouver un bon niveau. On n’a rien sans rien. Heureusement, j’ai cette chance d’avoir toutes ces personnes qui me soutiennent autour de moi : ma famille, mes amis, mon entrainement…

Cette récidive, c’est un simple petit retard à l’allumage qui nourrit une détermination encore plus forte à revenir à ton meilleur niveau…

Clairement, oui ! Dès lors le diagnostic établi, j’ai décidé d’agir au plus vite. Cette année, contrairement à 2019, je suis arrivée à l’opération dans une très bonne forme physique. Je revenais tout juste d’un stage en Afrique du Sud où mes valeurs d’intensité prouvaient que j’étais déjà à mon meilleur niveau de l’année précédente. La récupération fût donc bien plus rapide. Je partais de moins loin. Au bout de deux jours, je pouvais marcher alors que l’an passé, il m’avait fallu 5 jours avant de me lever et j’avais galéré pendant un petit moment ensuite…

Crédit photo : Bartek Wolinski

Comment as-tu occupé cette période de convalescence ?

Le plus dur, c’est de savoir ce qui t’attend et de ne pas s’impatienter… enfin, surtout pour moi dont la patience est loin d’être la qualité première ! Les quatre premières semaines, incompressibles, sont consacrées à la cicatrisation. Après 15 jours, j’ai pu reprendre la marche douce, promener mon chien en famille… Je ne devais réaliser aucun effort physique susceptible de faire monter le rythme cardiaque. Je me suis donc vengée sur le ménage de façon un peu obsessionnelle : tout a nettoyé dans les moindres recoins (sourire) ! Enfin, j’ai profité de ma famille, fêté mon anniversaire à Paris, avec mon frère et ma belle-sœur, ce qui ne m’était jamais arrivé puisqu’habituellement, je suis toujours en course ou en préparation à cette époque…

C’est cet amour profond du vélo qui semble te rendre insubmersible. D’où vient-elle ? Que représente le deux-roues pour toi : un métier, une passion, une quête de performance ?

C’est avant tout ma passion ! Je suis venue au cyclisme par tradition familiale, mon père tenant un magasin de cycles à Reims, où nous habitions. Bizarrement, ma mère ne voulait pas que je fasse de vélo, considérant que ce n’était pas un sport suffisamment féminin, et m’a d’abord inscrite au patinage artistique, à l’âge de 5 ans. Mais je n’ai pas accroché, je ne supportais pas que l’on puisse être jugé par quelqu’un d’autre, je trouvais cela injuste. J’ai alors commencé le vélo. J’ai instantanément adoré. Dès petite, j’étais une teigne, je ne lâchais jamais rien, comme ma mère. Je récupérais des palettes et construisais des parcours de cyclocross dans le jardin…

Tempérament, Motocross, déplacement

Crédit photo : Boris Beyer

Peux-tu nous révéler le plan et le programme que tu as échafaudé pour arriver sur ton pic de forme aux JO ?

Je vais commencer par rouler doucement, au feeling, avant de réattaquer par quelques intensités… Dans l’idéal, j’aimerais reprendre la compétition à Marseille, fin mars, sur une manche de Coupe de France. Je sais pertinemment que je serais alors loin de ma meilleure forme, mais il faut bien se fixer une date de reprise ! Mon tempérament fait que j’ai besoin de courses pour me motiver, pour donner des objectifs concrets à mon entrainement. Au fond de moi, j’ai la conviction que je serai prête pour les JO, en août. Ce qui m’embête, c’est que je le serais peut-être un peu moins pour défendre mon titre mondial, à Albstadt, fin juin. Après, en 2014, j’avais gagné là-bas une manche de Coupe du Monde avec 4 minutes d’avance. Donc ce parcours me convient… Nous verrons bien !

Quel est ton objectif pour les JO ? La médaille d’or est-elle une ambition assumée ?

Ce serait mentir que d’affirmer que je n’y pense pas, bien sûr, car c’est la seule distinction qui manque à mon palmarès. Tout le challenge réside dans le fait de garder cette motivation dans un coin de sa tête sans être paralysée par l’enjeu et l’exposition médiatique. C’est véritablement la course d’un jour. Si l’on n’est pas vigilant vis-à-vis de cela, on peut très rapidement s’éloigner d’un truc très simple : la passion du vélo et de la compétition en VTT. Cette chose simple sans laquelle je ne peux vivre. C’est ce que j’ai retrouvé l’année dernière, à l’issue de trois saisons compliquées, et c’est l’état d’esprit que j’irai chercher au moment d’aborder Tokyo.

Quelle sera selon toi la clé de la course ? Quel sera l’élément indispensable pour réaliser une grande performance ?

Le parcours de Tokyo s’apparente à une piste de cross-country moderne, assez engagée, avec des portions raides et techniques. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, avant l’opération, je me suis entrainée sur motocross, pour travailler l’engagement avec plus de vitesse. Un bon départ sera également primordial ! Lors du Test-Event, sur ce même parcours, à l’automne, je me suis cassé le nez en tombant alors que je cherchais à doubler une concurrente et ainsi compenser le fais que je sois très mal partie… Autant éviter que cela se reproduise !

Crédit photo : Bartek Wolinski

Le parcours vous plait ? Quelles sont les qualités de la coureuse qui y triomphera ?

Oui, c’est un tracé super excitant ! C’est une boucle de 4 kilomètres très cassante et technique. Lors de notre reconnaissance à pied sur le Test-Event, on a emprunté un pierrier dans lequel on était certain que les vélos ne passeraient pas… Finalement si, mais avec beaucoup d’énergie dans les jambes et de maitrise en termes de pilotage ! Les derniers tours risquent d’être très durs à négocier. Il faudra être ultra-précise dans les trajectoires. En fait, la piste de Tokyo couronnera une athlète complète, aussi forte physiquement que techniquement.

Tu es devenue un symbole du sport féminin français. As-tu conscience de ce nouveau rôle ? Sens-tu peser les attentes autour de toi ? Comment les gérer tout en restant focus sur tes objectifs ?

C’est un point assez délicat, que j’avais du mal à gérer et qui me causait peut-être plus de tort auparavant. Pourtant, traverser ces trois années compliquées, ça remet les choses en place ! Le soutien des gens m’a beaucoup touché. Tout comme les messages pour mes titres mondiaux en 2019. Désormais, je tâche d’en profiter, d’apprécier ces encouragements à leur juste valeur et en être digne, tout en me respectant. L’équilibre est parfois difficile à trouver, mais c’est une quête enrichissante !

 

Baptiste Chassagne

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