Publié le 15 septembre 2020
Nouria Newman
Crédit photo : red bull content pool

Nouria Newman

Les rapides comme terrain de jeu

Interview

Rencontre avec une kayakiste de l’extrême

Des rivières alpines aux rapides de l’Amérique latine, Nouria Newman mène sa barque, ou plutôt son kayak, aux quatre coins du monde dans une soif de découverte et d’aventure humaine. La jeune kayakiste de l’extrême comptabilise, à seulement 29 ans, un nombre pharamineux de conquêtes de l’élément eau, dans ce que ce dernier a de plus sauvage et de plus abrupt. Et même si la COVID-19 a mis un coup d’arrêt à son impétueuse envie d’exploration, Nouria vadrouille en France, toujours à la recherche de sensations fortes, le temps que ses escapades avec son kayak reprennent.

Crédit photo : Red bull content pool

Quel est ton parcours dans le kayak?

J’ai un parcours assez classique. J’ai commencé en club avec un entraineur, via les disciplines traditionnelles qui sont le slalom et la descente en compétition. J’ai également la chance d’avoir mon père qui a commencé en même temps que moi et qui lui, a pratiqué le kayak en loisir, avec ses copains. Donc, en parallèle de la compétition, j’ai aussi eu toute cette culture du kayak-plaisir.

Tout ça m’a amené à faire du haut niveau en slalom et en compétition, tout en faisant un peu de descente en rivière et du freestyle pour m’amuser à côté.

 

Qu’est ce qui t’inspire dans cette pratique ?

Je pense que j’ai évolué dans ma pratique au fil du temps. Au début, j’ai vraiment fait du kayak parce que ça ressemblait à un gros Play mobil ! Pour jouer sur le lac, j’avais 5 ans. En grandissant, la compétition a pris le dessus. Ce qui m’inspirait alors c’était plus le côté performance, aller chercher un chrono, des podiums sur des coupes du monde, des championnats d’Europe ou des championnats du monde. Aujourd’hui, j’ai amorcé une transition et mon inspiration vient plus de ce qu’on appelle le kayak de rivière. Cela consiste essentiellement à descendre des rapides complexes, des cascades, en trouvant des solutions à des problèmes posés, à savoir « Comment je passe ce rapide? ».

Et pour aller encore plus loin, le kayak d’expédition, où la démarche ne s’arrête plus à un seul rapide mais à toute la rivière et à l’approche logistique de l’aventure dans sa globalité. J’aime ce côté découverte d’endroits, bien souvent inaccessibles autrement qu’en kayak.

Crédit photo : Red bull content pool

Tu t’es orientée vers le kayak extrême, ce qui implique beaucoup de voyages. Qu’est ce qui te plait dans ces expériences?

On voyage beaucoup parce qu’on est constamment à la recherche de nouveaux projets, en France ou à l’étranger. Durant ces trips, la logistique n’est jamais simple, du fait de la taille de nos bagages ! On est souvent très chargés, le kayak, les pagaies, etc…C’est un peu galère, mais ça permet aussi de ne pas vraiment être un touriste comme les autres, une fois sur place. On suscite énormément la curiosité des locaux et les échanges sont très nombreux avec eux. De là, ils nous offrent leur aide et la rencontre se termine régulièrement par des conseils, ou même des fois l’hospitalité. J’aime ce partage.

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Ton meilleur souvenir de voyage?

 

Je n’en ai pas vraiment un en particulier. J’ai des tas de souvenirs incroyables, tous différents. Le Chili et l’Argentine sont peut-être parmi mes meilleures expériences.  J’y ai passé plusieurs fois quelques mois et ce sont surtout les liens que j’ai tissé sur place qui font que ce sont des destinations que j’affectionne particulièrement.

Cela va bien au delà du kayak et des rivières, ça vient aussi des familles, des gens que j’ai rencontré là-bas, chez qui j’ai bien souvent logé.

Le pire?

C’était au Tibet. Avec l’occupation chinoise, il faut des permis, c’est très contrôlé. Ce qui se résume en obligation de suivre un voyage organisé et c’est tout ce que je déteste ! On était constamment surveillé, les check points, les caméras et les micros dans la voiture, même l’ouverture de nos livres pour vérifier que les écrits n’étaient pas subversifs… Cela m’a beaucoup dérangé. On a également essuyé des refus d’officiers chinois qui jugeaient qu’on ne pouvait pas descendre telle ou telle rivière sous prétexte que c’était trop dangereux, alors que les permis avaient été accordés en amont.

En bref, on était partis pour 3 semaines de kayak et au final ça a presque été 3 semaines de voiture, à se heurter aux autorités. On a seulement dû faire 3 rivières et 4 gros rapides. Au delà de ça, de voir ce qu’il se passe dans le pays, comment tout est détruit, comment la chine impacte l’endroit en bétonnant les villes à perte de vue, en transformant les rivières pour installer de grosses centrales hydro-électriques, faisant perdre toute l’identité au Tibet. C’était assez dur d’assister à ça et j’avais l’impression de ne pas être à ma place.

 

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Est-ce que, pour toi, la pratique, c’est plutôt en solo ou en groupe?

C’est une question toujours assez controversée. En général, le kayak se pratique en groupe, pour la simple et bonne raison qu’il faut pouvoir s’assurer de la sécurité des autres, surtout en kayak extrême. Après, être en solo peut aussi avoir beaucoup de sens, donc les deux pratiques me paraissent être une bonne chose.

 

Comment choisis-tu les rivières que tu rides?

Je regarde dans un premier temps les conditions météo en fonction des endroits dans lesquels on voyage, que ce soit en termes de fonte des neiges ou de pluie.

Cette phase est très importante, je passe des heures à étudier cette météo pour tenter de savoir comment cela influe sur les débits d’eau. C’est comme ça que je définis celui que je veux pour choisir la rivière à descendre.

Pour celles que je ne connais pas, je fais des estimations avec le peu de photos que je peux trouver, ou je recoupe les informations récoltées auprès des pagayeurs locaux. Google Earth est aussi un bon moyen de dénicher ces informations, via les images satellites, telles les profils de dénivelé, les bassins versants, etc… La phase de recherche est très importante, elle me permet aussi de sélectionner plusieurs rivières à proximité, de sorte que si une ne marche pas, j’ai une autre option.

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Ta ou tes meilleures destinations kayak?

Il y en a énormément ! J’aime bien l’Amérique Latine. La côte Ouest du Canada ou même le Québec sont aussi des coins riches, il y a vraiment de belles rivières à découvrir. Plus proche, en Europe, il y a la Norvège. En France, dans les Alpes, on a aussi des sections de rivières incroyables, même si ce sera, plutôt ici, pour des sorties à la journée et pas des expéditions sur plusieurs jours. Sinon, il y a des endroits où on est sûr d’avoir de bonnes galères du type Inde ou Zambie !

Quels sont tes projets à venir? Des expés en solo?

C’est un peu compliqué à cause de la crise sanitaire, concernant les expés notamment. En attendant, on essaie de faire un maximum de choses avec des ressources limitées. Cela nous pousse à être créatifs, réactifs, à s’adapter et surtout être opportunistes pour continuer à pratiquer notre passion.

 

Olivia Bergamaschi

Quentin Fillon-Maillet
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