Publié le 15 juin 2020

Mission Baïkal

Dans les traces de la mer sacrée

Carnet de Voyage

Stéven Le Hyaric et Perrine Fages se sont lancés juste avant le confinement dans la traversée à vélo du lac sibérien glacé. Magie et péripéties au royaume de sa majesté Baïkal.  Le duo rêvait d’accomplir ce périple sans assistance et en une huitaine de jours. Se fixer des objectifs de performance reste encore un réflexe chez ces deux sportifs.

Le lac Baïkal ne se laisse pas dompter. Mais les aventuriers n’ont jamais renoncé et ont effectué environ 500 kilomètres (sur les 636 prévus au départ) et ont trouvé l’aventure qu’ils venaient chercher.

Chaque année, pendant 5 à 6 mois, une épaisse couche de glace recouvre le lac et des fissures se dessinent sur sa surface brillante. Alchimie de matières et de lumières. « C’est surprenant le lac Baïkal. C’est l’aventure dans sa forme la plus pure. Il y a la glace, le froid. C’est puissant. On est isolés. Mais c’était un vrai privilège d’être sur ce lac » confie Stéven.

Son acolyte Perrine, qui accumule des performances dans plusieurs disciplines d’ultra-endurance (elle détient notamment le record féminin en triathlon extrême, l’Enduroman), apprécie les aventures « off ». Expatriée au Qatar depuis 5 ans, cette avocate apprécie les défis sportifs en tout genre, dans le désert, en montagne ou dans le froid, en courant ou sur son vélo.  À une seule condition : ne jamais être certaine d’arriver au bout de l’épreuve.

Cette jeune quadragénaire, qui effectuait son quatrième voyage en Russie, ne pouvait que tomber sous le charme du Baïkal. « Je conseille vraiment cet endroit. C’est beau, s’extasie-t-elle. Un matin, j’ouvre la tente : j’admire les montagnes, la couleur du ciel et sa réverbération sur le lac. C’était juste magnifique. Passer du temps sur le lac, apprendre, faire des erreurs voilà ce qu’on a vécu. Il faudra y retourner dans de meilleures conditions, avec moins de neige et ne pas avoir de contraintes de temps ». Le lac Baïkal séduit par sa beauté, son énergie et son atmosphère unique. Il fait la fierté des Russes. Il est l’objet de toutes les convoitises. Pourtant les aventuriers s’y mesurent assez rarement à vélo.

Dix ans après l’expérience d’ermite de Sylvain Tesson, le duo  se lance dans ce projet complètement givré. Après 2 aventures en haute altitude en 2019, les ultra-cyclistes ont envie de se frotter au grand froid. C’est Perrine qui suggère le projet à son ami. En pleine préparation de son projet 666 (traverser les 6 déserts les plus durs au monde, 6 continents, 6 mois à vélo), l’idée séduit immédiatement l’ancien coureur cycliste : découvrir la Russie, mesurer sa condition physique dans le froid et tester son matériel avant son expédition en Antarctique. La mission Baïkal naît. Perrine revient juste d’un ultra-trail en Laponie (la Rovaniemi 150) où contrariée par une blessure au genou, elle a dû abandonner. « J’ai adoré l’expérience et je voulais repartir dans le froid. Après je ne me voyais pas faire cette aventure seule. » Sur le lac Baïkal, la nature est rude. Chaque expédition est très engagée. Un voyage qui n’est jamais sans risques (les séracs, les fissures) ni sans peur. Optant pour un itinéraire du Nord vers le Sud, l’équipe se fait acheminer au bout du lac pour un départ matinal dès le lendemain. Pour les locaux, cet itinéraire n’est pas la meilleure option à cause de la neige. Comme un signal, dès le premier jour, les aventuriers font demi-tour pour choisir une meilleure trace.

Sur ce chemin, Stéven se fait percuté par une voiture. Il y a beaucoup de trafic sur cette partie du lac où l’on circule librement. Une grosse frayeur d’entrée de jeux ! Des dégâts matériels qui nécessitent un retour à l’hôtel à Severobaïkalsk. Un nouveau départ est pris cette fois côté droit du lac. Tous les jours, Stéven et Perrine se perdent, s’égarent à la recherche d’une trace parfaite qui n’existe pas. L’obstacle majeur est cette neige fraîche et abondante qui ralentit leur progression.

Les blocs de glace se mettent en travers de leur chemin. Côté matériel, Stéven a un fatbike (en aluminium) avec des pneus à clous traînant une pulka (traîneau de transport) avec un chargement très lourd. Pauline a choisi un VTT carbone ultra léger avec un équipement minimaliste. Des choix différents. « Physiquement, c’était plus engagé pour Stéven. Je pars de toujours très léger. Avec mon VTT, j’ai galéré dans la neige, c’était très fatiguant mais j’ai toujours cru à la réussite de notre défi. On savait que lorsqu’on atteindrait la glace, on pourrait enchaîner 300 kilomètres sans dormir.» Les conditions sont loin d’être idéales pour cette traversée à vélo. Le parcours est difficile et le plaisir absent. Les 2 cyclistes font demi-tour. Puis, il y a ce moment hors du temps où le duo e se réfugie dans la cabane d’un pêcheur qui leur offre l’hospitalité. Au départ, ils veulent faire une courte pause mais restent plus de 20 heures ! « Un moment incroyable, un moment de vie » se souvient Perrine.

L’aventure bascule. A cet instant, c’est une évidence : il faut avancer et sortir de cette neige. L’objectif de performance devient secondaire. Ils appellent alors les secours. « Il y a toujours du bon dans le renoncement » confie Stéven, déçu d’affronter son premier échec. Ils refusent d’abandonner en plein milieu du lac. Avec l’aide d’un véhicule, Ils avancent de 200 kilomètres jusqu’à l’île d’Olkhon. Les 2 derniers jours sont inoubliables avec de belles sensations sur glace malgré un vent très fort.

Les kilomètres défilent jusqu’au bout du lac dans une ambiance de fin d’aventure. Des tensions, des peurs, des émotions, il y en a eu beaucoup pendant ces 8 jours. De quoi renforcer encore un peu plus cette amitié qui les lie.

« À chaque aventure, on ne voit plus les choses de la même façon » J’aime aller vite sur un vélo, Perrine est plus dans la contemplation. On n’a pas les mêmes caractères. Elle est rigoureuse,  un peu plus dans le contrôle et moi je fonctionne davantage au feeling ».  On forme un duo complémentaire » souligne Stéven. Chacun trouve son histoire sur le lac Baïkal ou bien en commence une.

Stéven et Perrine ont très envie d’y retourner en se laissant plus de temps pour repartir dans de meilleures conditions et réussir ce défi en autonomie totale ! « Dès que je peux, je retente l’aventure. J’aurai ma revanche » promet Stéven. Le magnétisme du lac rattrape toujours ses aventuriers.

Les chiffres du Lac Baïkal

C’est la plus grande réserve d’eau douce non gelée de la planète (20 %) abritant 2600 espèces animales et végétales. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996.

• Superficie : 31 722 km2, longueur :
636 kms et largeur : 80 kms.

• Le plus ancien lac : 25 millions d’années et le plus profond 1642 mètres.

• Volume d’eau : 23 000 km3
soit 260 fois le Lac Léman.

• Visibilité : jusqu’à 40 mètres de profondeur.

• Températures : entre -10°C et -30°C
pendant la période hivernale.

• Îles : 22 îles dont la plus grande est l’île d’Olkhon.

• Population : 50 000 personnes
vivent sur le bord du lac.

• Zone active : plus de 100 tremblements
de terre tous les ans

 

Hélène Morisseau

MILLO

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