Publié le 26 mars 2019
Mathieu Crepel
Crédit photo : © Perly Photography

Mathieu Crepel

Shaka, la quête d’un champion de snowboard devenu surfeur

Cinéma

Mathieu Crepel a baigné toute sa vie dans la board culture. Sacré plusieurs fois champion du monde en snowboard, il parcourt le monde à la recherche des plus beaux sommets enneigés. Il y a 2 ans, il se lance un nouveau challenge, sur l’océan cette fois, surfer la mythique et redoutable vague hawaïenne, Jaws. Du snowboard au surf, il n’y a qu’un pas que Mathieu franchit avec passion dans son film documentaire, Shaka.

Si le surf et le snowboard ont été le fil rouge de la vie de Mathieu Crepel, c’est surtout le milieu où il a grandi, sa famille, son entourage qui lui ont transmis la passion de la glisse. Le talentueux snowboardeur a enchaîné les titres puis les projets tout au long de sa carrière. Puis, après les compétitions, après les films de snowboard, Mathieu s’est lancé un nouveau challenge, celui de surfer l’une des plus grosses vagues du monde. En compagnie de son ami de longue date, Morgan Le Faucheur qui a réalisé le film, et soutenu par Quiksilver, son sponsor depuis 22 ans, il retrace son incroyable quête, à la recherche de cette communion avec l’élément eau qui le fascine tant, dans une de ses plus pures mais plus dangereuses représentations, Jaws. Ce monstre mythique aura-t-il raison de la détermination de Mat ?  Saura-t-il accomplir son rêve face à cette force de la nature ? Rencontre.

Pourquoi ce challenge ?

J’aime me lancer des défis, c’est un moteur pour moi, ça me permet d’avancer. J’avais envie de faire un film depuis longtemps qui réunirait le snowboard et le surf mais j’avais surtout envie de raconter une histoire. Il y a une vraie ressemblance entre l’esprit du surf et le freeride en snowboard. L’attrait pour les grosses vagues m’est venu tardivement grâce à Stéphane Iralour qui m’a emmené sur les reefs du Pays Basque, puis sur la fameuse vague de Belharra. Et je me suis dit que le vrai défi serait Jaws, la vague la plus emblématique du monde. Ce défi était pour moi une réelle quête initiatique car je n’étais jamais allé à Hawaï. C’est un endroit très particulier pour les surfers, c’est là que les vagues sont les plus puissantes, la communauté locale est très protectrice de ses spots… Tout le voyage fut pour moi un challenge quotidien mais aussi un apprentissage incroyable.

J’avais envie de faire un film qui réunirait le snowboard et le surf.

Comment se prépare-t-on à affronter « Jaws » ?

Pour moi qui ne suis pas aussi expérimenté dans l’océan qu’en montagne, il a fallu que je compense par une préparation plus intense et que je m’appuie sur certaines personnes expertes dans le domaine. C’est pour cela, entre autres, que j’ai voulu me perfectionner quelques jours à l’apnée avec Guillaume Nery, champion de la discipline et spécialiste de la profondeur. L’échange avec lui et la compréhension de certains mécanismes mentaux relatifs à l’apnée m’ont beaucoup apporté. Ensuite, il y a eu une grosse préparation physique, beaucoup de natation, de PPG (= préparation physique généralisée) mais toujours en se projetant à rester de longues secondes sous l’eau.

Enfin, au niveau psychologique, je pense que quand la préparation physique est là, cela nous permet d’avoir confiance en soi. Cette confiance permet ensuite l’engagement suffisant pour avancer. Arrive enfin l’échéance finale où l’on se retrouve au pied du mur. C’est alors une question de dépassement de soi et de se dire qu’on est capable de le faire, en essayant d’oublier tous ses doutes…

Comment appréhende-t-on les risques inhérents à ce genre de tentative ?

Dans un premier temps, il faut avoir conscience des risques pour se préparer en conséquence. Ensuite, quand on est dans le moment présent, pendant la session par exemple, il faut réussir à occulter ces risques pour ne pas qu’ils deviennent inhibants. Il faut se concentrer sur un issue positive.

Cette aventure est une histoire d’amitié et de rencontres, que t’ont-elles apporté ?

Je n’avais pas envie d’être le seul protagoniste du film, j’avais envie de montrer qu’il est vraiment important pour moi d’être entouré, de partager les bons moments, d’être soutenu dans les moments difficiles… Je pense que ça apporte beaucoup de sincérité à cette histoire.

Raconte-nous ta première fois sur cette vague mythique.

Déjà le voyage à Hawaï était une première pour moi. L’endroit représente une étape importante pour les surfeurs. C’est le berceau de la discipline et c’est aussi l’endroit qui regroupe les vagues les plus mythiques, les plus puissantes, les plus dangereuses et là où tous les hivers les meilleurs surfeurs du monde se retrouvent pour faire leurs preuves. Seulement quelques jours après notre arrivée les prévisions ont annoncé un ‘swell’* (mot anglais signifiant houle, il désigne les vagues propices à la pratique) suffisamment gros pour permettre à Jaws de fonctionner. C’était même l’un des plus gros swell de la décennie ! Le stress est bien monté en attendant l’arrivée de ce dernier. La veille nous avions pris l’avion pour l’île de Maui et nous nous étions organisés pour être très tôt le matin sur le spot. La découverte de cet endroit mythique combinée à la taille des vagues et au nombre de surfeurs présents a apporté son lot d’émotions. Je ne vous raconte pas la suite, il faudra voir le film…

Pour toi, quel est le parallèle entre l’océan et la montagne ?

Ce sont deux éléments qui forcent le respect, qui font partie du cycle de l’eau, ce sont deux terrains de jeux et d’expression formidables mais aussi deux éléments très fragiles. C’est pour ces raisons qu’ils me fascinent autant et que ma vie y sera toujours intimement liée.

Comment as-tu vécu cette quête ?

J’ai mis toute mon énergie dans ce projet pendant 2 ans. Ça a été très particulier de ne se consacrer qu’à ça. C’était beaucoup de pression et d’engagement. Je n’avais pas vraiment le droit à l’échec et c’est en ce sens que la pression était double. D’un côté, celle de réussir le challenge sportif et d’un autre, de réussir à faire un film en trouvant les financements, en organisant les tournages, etc. Avec Morgan Le Faucheur, le réalisateur, nous avons tout donné pour ce film, donc il y a évidement beaucoup de  satisfaction de voir le projet terminé et surtout apprécié.

Qu’aimerais-tu transmettre avec ce film ?

Simplement que c’est toujours intéressant d’essayer de se challenger dans un environnement dans lequel on n’est pas expert, c’est cliché de dire de « sortir de sa zone de confort » mais c’est vraiment ça le but. Aussi, de transmettre des valeurs de partage, de voyage… Chacun à son niveau de se fixer des challenges et de tout mettre en oeuvre pour y arriver.

Lorsqu’on regarde ton parcours, la glisse semble être dans ton ADN. D’où te vient cette passion ?

Je pense que c’est familial. Je suis né dans une famille très sportive et proche de la nature et des sports de glisse. Le fait d’avoir grandi dans le sud ouest de la France offre un terrain de jeu naturel magique ! Je pense que j’avais aussi cette passion en moi, elle n’a été que favorisée par cet environnement propice.

C’est toujours intéressant d’essayer de se challenger dans un environnement dans lequel on n’est pas expert.

La protection de l’environnement fait partie de tes combats. Peux-tu nous en dire plus sur ta philosophie et tes actions ?

Je suis l’un des fondateurs et parrain de l’association la Water Family, du flocon à la vague, qui oeuvre à la sensibilisation du cycle de l’eau et au respect de cette ressource auprès des jeunes générations. Je travaille aussi avec mes partenaires pour développer des produits éco-responsables. J’essaie à travers mon activité et mes films d’avoir un message positif et respectueux de l’environnement.

Quels sont tes prochains projets ?

Je suis actuellement en train de travailler sur un film court d’un joli voyage que j’ai fait en Norvège il y a quelques semaines. Après Shaka, j’avais besoin de quelques mois pour réfléchir à ce que j’allais faire après, c’était difficile de repartir tout de suite sur un objectif aussi sollicitant. Mais j’ai de grands projets en tête, donc c’est reparti…

 

 

Interview : Olivia Bergamaschi
Photos : Perly Photography

Production : Almo Film & Quiksilver
Réalisé par : Morgan Le Faucheur
Durée : 01h15min

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