Publié le 15 décembre 2020

MAT SCHAER

Snowboardeur engagé

Snowboard, Interview

Parti d’un constat personnel sur l’impact néfaste qu’il pouvait avoir en vivant de sa passion, Mat a changé de vision il y a quelques années et agit depuis pour réduire autant qu’il le peut ses émissions de CO2. Il espère ainsi contribuer à la préservation de son terrain de jeu qu’il aime tant. Des études en science de l’environnement lui ont permis de parfaire ses connaissances et comprendre un peu plus ce pour quoi il avait envie de se battre. Aujourd’hui ambassadeur pour Protect Our Winters ( POW) et fervent activiste, Mat milite pour une pratique plus consciente et moins polluante au travers de divers projets. Il a notamment sorti un film, SHELTER, l’année dernière dont l’objectif était de parcourir quelques sommets alpins avec le moins d’émissions de CO2 possible. Rencontre.

Crédit photo : SHELTER - @ Jérôme Tanon

Comment est née ta volonté de changer ta pratique ?

C’est un questionnement qui est venu naturellement. En tant que rider pro, j’ai fait le bilan de mon impact en termes d’émissions de CO2 et j’ai voulu changer cela pour être en accord avec mes valeurs et surtout ne plus de me baser sur une pratique où tout ce qui compte c’est la performance. J’ai commencé des études en science de l’environnement, justement parce que toutes ces questions m’intéressaient et j’avais envie de faire plus. C’est à l’époque que j’ai commencé à travailler avec des sponsors qui partageaient cette philosophie. ça fait maintenant 3 ans que je suis cette évolution, en montrant qu’on peut aussi faire de belles images tout en sensibilisant un public de pratiquants et en faisant passer un message. 

Ton engagement est-il aujourd’hui inscrit dans ton mode de vie ?

J’ai vraiment envie de pratiquer le «snowboard du futur» comme je l’appelle. Plus le temps passe et plus nous allons avoir des exigences climatiques qui vont se faire sentir. Plutôt que de voir ça de façon négative, j’ai plutôt envie de voir ça positivement, en continuant de profiter de ma passion tout en ayant conscience du contexte et en faisant le maximum à mon niveau. J’ai envie de porter cet exemple au travers de ce que j’aime le plus au monde, à quelques pas de chez moi. Je ne sens pas le besoin d’aller à l’autre bout du monde alors que ma liste de couloirs et de sommets dans les Alpes est infinie! C’est finalement  ici que j’ai fait mes plus belles descentes.


Quelle est la dimension la plus impactante des sports outdoor sur l’environnement ?

Les sports que nous pratiquons sont des sports où beaucoup d’émissions sont associées, à cause notamment du transport qui représente environ 60% de cet impact. ça fait partie intégrante de ces activités, trouver les terrains où les conditions sont idéales et des nouvelles zones pour faire des images, pour nous les pros. En Suisse, nous avons la chance d’avoir un très bon réseau de trains pour nous déplacer dans le pays, même pour aller en station. C’est donc une habitude que j’ai prise depuis longtemps, autant par sens pratique que par conviction. Il suffit souvent d’aller à quelques kilomètres de chez soi pour découvrir des coins incroyables, notamment dans les Alpes.

 

Je ne sens pas le besoin d’aller à l’autre bout du monde alors que ma liste de couloirs et de sommets dans les Alpes est infinie!

Crédit photo : SHELTER - @ Vernon Deck
Crédit photo : SHELTER - Jérôme Tanon

Peux-tu nous parler du projet SHELTER ?

En étant déjà engagé avec POW, j’ai essayé d’associer ma passion pour le snowboard avec un côté activisme environnemental et climatique. En ce sens, j’avais envie de développer l’idée de réduire les émissions sans réduire les activités sportives, de changer le paradigme actuel, et faire les choses différemment. L’ un des objectifs premiers était de faire un film avec des émissions de CO2 les plus faibles, sans parler de performance. On voulait raconter une jolie histoire tout en faisant passer un message utile. Dans la pratique, on a donc tout fait soit en transport public, soit à pied et en splitboard ! Dormir dans des refuges nous a aussi permis d’avoir accès à un terrain encore plus vaste à portée de split.


Est-ce que tu sens une motivation de la communauté de pratiquants à ce sujet ?

Oui. Il y a 10 ans, un film comme SHELTER serait passé inaperçu. Il est sorti l’année dernière et a été très bien accueilli. Cette année, il y a une explosion de projets de films de ski ou de snowboard freeride à visée environnementale. C’est une tendance que l’on voit aussi chez les athlètes. Il y a donc clairement une prise de conscience et une envie qui vont dans la bonne direction.

Et dans les faits, ça donne quoi ?

Il reste toujours des barrières dans la réalité mais elles sont en train d’être franchies. D’abord, les marques sont de plus en plus concentrées sur des messages environnementaux dans leur communication, ce qui aide les riders à partager également ces valeurs au travers de projets. Plus facilement qu’avant en tout cas. Bien sûr, il y a toujours les compétiteurs qui eux n’ont pas le choix de se déplacer pour participer aux événements et championnats. Mais là aussi, des choses peuvent être enclenchées pour limiter leurs émissions. Le but n’est pas d’être parfait mais de progresser. Pendant des années, j’ai beaucoup voyagé et loin, c’était comme ça que l’on vivait en tant que pros. A faire rêver les gens avec des paysages lointains comme dans la poudreuse japonaise. Quand j’étais plus jeune, j’ai aussi voulu aller à Whistler, au Canada, parce que c’est ce que je voyais dans les films. Je pense que l’imaginaire change, naturellement et de manière collective.
 

Quelles sont les limites à cette évolution ?

Je reviens sur le transport parce que pour moi c’est là que les choses doivent absolument évoluer. Le train peut être envisagé comme une bonne alternative, mais à ce jour, il n’y a pas assez d’infrastructures en montagne pour que ce soit facile d’accès. Certaines stations sont bien équipées, mais cela reste une minorité. Il faudrait des investissements de la part des instances politiques et régionales pour développer et favoriser ces modes de transport écologiques. Les limites viendront peut-être aussi des conditions d’enneigement qui ne vont pas aller en s’améliorant, poussant les passionnés à chercher ailleurs de meilleures conditions. Mais si je suis persuadé qu’aujourd’hui, on peut être amené à rêver différemment en ridant près de chez soi. C’est ce que j’essaye de faire, rendre un peu plus attractive cette proximité, notamment au travers des films.

 

OLIVIA BERGAMASCHI

MAT SCHAER

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