Publié le 1 juin 2015

Marcel Jean

Annecy, la haute couture de l’animation

Interview

Marcel Jean empile les caquettes : délégué artistique du Festival International du Film d’Animation d’Annecy, il est aussi producteur, réalisateur et scénariste. Originaire du Chicoutimi, il a co-écrit le «Dictionnaire du cinéma québécois». Entretien en direct de Montréal. Attention, décalage (horaire) imminent !

On parle d’Annecy comme de la Mecque du cinéma d’animation…
Ce n’est pas exagéré du tout. Si on parle de manifestations strictement tournées vers le cinéma d’animation, il n’y a rien de comparable en termes de dimension. Il existe des marchés, mais pas dévolus uniquement à l’animation. Il y a aussi des colloques ou congrès spécialisés, portant sur les techniques du cinéma d’animation. On voit également des festivals, mais sans marché. Ce qui distingue Annecy est la co-présence du festival et du Mifa dans un lieu très favorable. Cannes ou Annecy ont du succès car ce sont des lieux agréables, qui bénéficient de bons équipements et de proportions facilitant les rencontres. Dans les villes trop grandes, il n’y a pas cette possibilité d’échanges, capables de faire battre le cœur d’une cité. Dans le milieu de l’animation, Annecy est hors catégorie !

La touche féminine du festival 2015, c’est votre idée ?
Cette année, j’ai voulu organiser cette rétrospective autour de la place des femmes afin qu’on se questionne... Pour qu’on se demande s’il y a discrimination. Le monde est en train de changer mais on sait que, historiquement, il y a eu discrimination. Qu’à un certain moment, dans des studios, on disait qu’une femme ne pouvait pas être animateur mais qu’elle pouvait exécuter des tâches un peu secondaires, répétitives qui n’exigent pas de créativité mais plutôt de la minutie. Des tâches qui pouvaient s’apparenter, à l’échelle cinématographique, au tricot et à la couture. J’ai donc voulu poser cette question : « Où en sommes-nous aujourd’hui ? ». Je n’ai pas de réponse mais une volonté de montrer des films réalisés par des femmes, de rendre hommage à des pionnières, d’avoir un jury entièrement féminin.

Quel moment savourez-vous le plus : l’ouverture, les projections ou la clôture du festival ?
Sûrement pas la clôture parce que c’est la fin, l’heure des adieux et des bilans. Le festival est court : il commence lundi et finit samedi. Il atteint sa pleine intensité les mardi, mercredi et jeudi, lorsque le marché est ouvert et qu’un maximum de délégués se trouvent à Annecy. Pendant ces jours-là, le cœur du festival bat véritablement.

Vous qui connaissez le cinéma québécois de A à Z, qu’est-ce qui le différencie du cinéma français ?
C’est la position des Québécois face à leur crise d’identité permanente. Les Français ont une histoire derrière eux qui les conforte dans ce sens. Au Québec, cette crise d’identité est transcendée, utilisée par les créateurs. Nous sommes les francophones d’Amérique du Nord. Des francophones au milieu d’un océan d’anglophones. Nous voulons être Français mais l’image que la France nous renvoie de nous-mêmes et d’elle-même, ne cesse de nous dire que nous ne sommes pas Français. En même temps, nous voulons être Nord-Américains. Dans notre vie quotidienne, nous sommes des Anglais. Au petit déjeuner, nous prenons des œufs et du bacon. Manger un croissant, ça s’acquiert ! Le Québécois entretient une relation d’amour-haine avec la France. Un peu comme un enfant qui est abandonné par sa mère.

Si vous réalisiez un dictionnaire du cinéma français, quel film entrerait d’office ?
D’entrée, je mettrais A bout de souffle de Jean-Luc Godart. Cette histoire parisienne est éminemment française, mais elle évoque aussi la cinéphilie, l’amour du cinéma américain. Il y règne un humour et cet esprit français à ne pas accepter les règles imposées. Ce film montre que des jeunes ont réussi à transformer l’industrie, ce qui s’est fait de manière plus compliquée aux Etats-Unis. Mon triumvirat des cinéastes français, c’est Godard, Resnais, Pialat. Si on veut comprendre mon mode de pensée, il suffit de regarder leurs œuvres.

Dans le dictionnaire de la langue française, quel mot préférez-vous ?
J’aime beaucoup le mot « équilibre ». J’aime sa sonorité mais aussi son image, ce qu’il représente. Je suis un homme de consensus, d’équilibre. Je ne vois pas les choses en opposition simple mais plutôt en équilibre complexe. Cela définit ma pensée et ma pratique.

Propos recueillis par Nathalie Truche

Bruno Sanches
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