Publié le 14 octobre 2015

La Belle Hélène

Nouvelle production au Grand Théâtre de Genève

Reportage

Une nouvelle production de « La Belle Hélène » de Jacques Offenbach sera à l’affiche du Grand Théâtre de Genève du 14 au 25 octobre 2015.

Mis en scène par Robert Sandoz, cet opéra-bouffe, créé à Paris en 1864, n’a plus été presenté sur la scène du Grand Théatre de Genève depuis 1978. La célèbre soprano Véronique Gens interprête le rôle-titre et l’Orchestre de Chambre de Genève, sous la baguette de Richard Daguerre, assure l’accompagnement musical.

La création de « La Belle Hélène » au Théâtre des Variétés en 1864, opéra-bouffe en 3 actes, marque un tournant dans la carrière de Jacques Offenbach (1819-1880). Pour lui, c’est le début d’une période féconde et glorieuse où ses chefs-d’œuvre se succèdent : « Barbe-Bleue » (1866), « La Vie parisienne » (1866), « La Grande-Duchesse de Gérolstein » (1867). Offenbach domine la vie théâtrale française et acquiert peu à peu une célébrité mondiale. « La Belle Hélène » ouvre cette période exceptionnelle, tout comme elle devient rapidement le modèle de l’opérette parisienne.

Michel Pazdro dira plus tard : « Le charme de « la Belle Hélène » a rendu vert de jalousie nombre de compositeurs d’opéras. Classée parmi les opéras bouffes par les rires qu’elle provoque, l’œuvre d’Offenbach surpasse par son invention, par son sens du théâtre et par sa justesse musicale bien des grands opéras. »

Pour cette « Belle Hélène », Robert Sandoz s’est entouré d’artistes de talent avec lesquels il travaille régulièrement : Bruno de Lavenerre pour les décors, Anne Laure Futin pour les costumes et Stéphane Gattoni pour les lumières. C’est dans un port qu’évolueront les personnages de sa « Belle Hélène ». Mélénas sera aux commandes de conteneurs et Hélène rappelera une certaine Jacqueline Kennedy-Onassis. La mise en scène restera fidèle à la volonté satirique de Jacques Offenbach. La parodie de la société bourgeoise du Second Empire fera place à la satire de notre société actuelle.

On ne se lasse pas de l’humour musical d’Offenbach. Malgré plus d’un siècle et demi d’existence, ce rire tantôt subtil, tantôt grinçant est toujours aussi actuel ! Comme à l’image des scènes de ménage du roi Ménélas et de son épouse Hélène : si dans « La Belle Hélène », le couple royal bat de l’aile depuis un certain temps, rien ne va plus lorsque le berger Pâris entre dans Sparte. Celui auquel Vénus a promis la plus belle femme de l’univers, va tout faire pour s’emparer d’Hélène, quitte à engendrer une guerre… Se jouant avec malice de la mythologie grecque pour tourner en dérision la bourgeoisie conservatrice, « La Belle Hélène » est certainement l’un des opéras-bouffes les plus réussis.

Le chef-d’oeuvre de Jacques Offenbach traverse à merveille les années, et réussit toujours à séduire les nouvelles générations grâce à son esprit, sa musique entrainante et l’impression d’euphorie qui s’en dégage.  En nous plongeant dans l’œuvre de ce grand compositeur nous sommes séduits par, comme l’écrit un critique de l’époque : « tant de charme et de belle humeur, d’enchantement et de rire. » « La Belle Hélène » nous semble alors la plus folle, la plus drôle, la plus fantaisiste des œuvres d’Offenbach sans oublier sa dimension poétique.


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INTERVIEW
VÉRONIQUE GENS
RÔLE-TITRE DANS LA BELLE HÉLÈNE
La soprano française répète actuellement au Grand Théâtre de Genève. Ses impressions à l’heure de la pause.

Quel plaisir procure un rôle dans un opéra-comique ?
C’est nouveau pour moi qui suis plutôt spécialisée dans les tragédies, les sacrifices humains, les Iphigénie et autres réjouissances ! Je n’ai pas l’habitude de ce genre de rôle, avec des gags, des textes rigolos et ça me fait du bien. On s’amuse énormément, les répétitions passent à une vitesse folle.

Quelle relation entretenez-vous avec « La Belle Hélène » ?
Pour le moment, on ne se connaît pas bien, on se cherche un peu. Robert Sandoz, le metteur en scène, en fait une reine complètement déjantée, à moitié folle et c’est très amusant à jouer. Elle se retourne comme une crêpe, elle dit rouge, bleu, vert, c’est vraiment drôle d’interpréter ce genre de personnage.

Quels sont les défis à relever dans cet opéra ?
Il y a beaucoup de couplets, de mots et c’est une gageure pour moi car je n’en ai pas l’habitude. Il faut trouver une façon de poser sa voix et surtout, être naturelle et intelligible. C’est du travail mais c’est passionnant. Tout le monde le dit : il est plus difficile de faire rire les gens que de les faire pleurer. Si la réplique de l’un ou de l’autre n’arrive pas au bon moment, ça tombe à plat. Il faut que tout fonctionne au quart de tour. C’est une mécanique qui demande une précision… d’horloger, puisqu’on est en Suisse !

Qu’est-ce qui fait la force de cette version ?  
Robert Sandoz en fait une version dépoussiérée, très moderne tout en restant distinguée car il ne faut pas oublier que la Belle Hélène est une reine. Même si elle évolue dans un olympe où les rois sont à moitié fous et complètement bizarres, elle a des éclairs de lucidité. C’est ce décalage qui est drôle. Le texte est très adapté à aujourd’hui, avec des personnages tout à fait crédibles même dans leur folie.

À la maison, arrivez-vous à sortir du personnage ?
Une prise de rôle est très prenante. La nuit, ça tourne dans la tête, parfois j’allume la lumière pour regarder une partition. Mais c’est bon signe, cela montre qu’on commence à devenir copines toutes les deux. Je m’imprègne d’elle, de ses réflexions. C’est un processus tout à fait normal chez moi et qui va dans le bon sens.

Seriez-vous prête à re-signer pour un opéra bouffe ?
Quand vous répétez pendant six semaines des tragédies et des meurtres, vous êtes presque dépressif ! Parce que petit à petit, vous devenez le personnage, vous vivez avec lui pendant un moment. Alors oui, bien sûr, je re-signerais sans problème !

Y a-t-il un rôle que vous rêveriez de chanter ?
Je suis très pragmatique, je n’ai jamais rêvé de choses impossibles. Je vais jouer Desdémone prochainement, cela faisait longtemps que j’en avais envie. C’est un personnage qui me touche beaucoup. Cela va arriver et j’en suis très heureuse. Je ne vais pas m’imaginer chanter une Reine de la nuit ou la Traviata, tout simplement parce que je n’ai pas la voix. Mais cela ne m’empêche pas de dormir. Je rêve de chose que je sais accessible.

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INTERVIEW
ROBERT SANDOZ
METTEUR EN SCÈNE DE LA BELLE HÉLÈNE
Profitons d’une courte suspension entre les répétitions pour nous approcher de Robert Sandoz et recueillir ses confidences.

Faire rire ou émouvoir le public, où va votre préférence ?
C’est compliqué parce que je suis gourmand. Quand j’ai commencé à faire de la mise en scène de manière professionnelle, il y a une quinzaine d’années, émouvoir ou faire réfléchir le public était ma priorité. Avec la maturité sont apparues deux choses : d’abord que le rire pouvait passer autant de message que la tragédie. Ensuite, l’apaisement et le calme que j’ai acquis me font dire que je n’ai plus besoin de tout faire dans le même spectacle. Alors j’essaie d’équilibrer : la comédie, l’émotion et la réflexion. Chaque spectacle a son caractère.

Justement, quelle griffe avez-vous apporté à « La Belle Hélène » ?
La première a été de prendre Offenbach au sérieux. Cette œuvre a du succès depuis plus de cent ans,  pas uniquement parce qu’elle est divertissante. La musique a du génie et la satire qu’elle raconte a quelque chose de plus profond qu’une suite de numéros. Ma touche personnelle a consisté à travailler soigneusement le fond et, dans un deuxième temps, à placer les gags, à déconstruire, à rigoler de tout ce fond que j’ai bâti, à le tourner en dérision. Sous les paillettes, il doit y avoir une ossature.

L’humour d’Offenbach a su traverser le temps. Comment l’expliquez-vous ?
Parce qu’il touche à l’essentiel de nous.  Sous les anachronismes, les petites piques sur un gouvernement, une façon de diriger, des rois, je trouve qu’il met en couleur le côté bricoleur de l’être humain. Il sous-entend que les grands héros sont comme nous, qu’ils tergiversent entre leur envie de passion et de sécurité. Hélène est prisonnière mais elle vit confortablement, elle aime bien son mari, il est roi, il a une bonne situation. En même temps, ce petit jeune qui lui offre sa flamme lui fait bien envie. Elle jongle entre les deux, elle ment, se trouve des excuses. Cela ressemble à notre vie de tous les jours. Cet humour est intemporel. Il rappelle notre façon à tous d’improviser avec ce que la vie propose. Et d’en conclure que : « Puisqu’on est des sortes de funambules pathétiques, autant s’en amuser ».

Comment avez-vous rendu son humour actuel ?
Quand Offenbach a écrit sa pièce, la mythologie était connue de tous, très prisée. Lui s’est porté à faux contre cet engouement. En cassant une mode, il a fait rire les gens. Cette mode de l’antiquité n’existe plus actuellement. Il fallait donc revenir à la source d’Offenbach, raconter une histoire, trouver des liens avec aujourd’hui. En fait, c’est de nous dont il faut se moquer. Accomplir le même travail de satire et de dérision mais sur les choses de maintenant.

« La Belle Hélène » vous fait rire ?
Trois fois oui ! Je trouve que c’est une œuvre que l’on doit monter avec finesse. Si c’est pour en faire une version plate ou l’on ne garde que les bons mots, ça ne suffira pas à amuser. Il faut un humour qui n’appuie pas trop les gags évidents et qui souligne les petits qui auraient pu passer inaperçu. En faire une œuvre très fine, virevoltante et pétillante, c’est l’objectif que je vise.

Propos recueillis par Nathalie Truche

La Belle Hélène

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