Publié le 31 mars 2021
LA BARKLEY À  LA FRANÇAISE
Crédit photo : Cyrille Quintard

LA BARKLEY À LA FRANÇAISE

Au coeur de la CHARTREUSE TERMINORUM

Trail, Reportage

« Neque porro quisquam est qui dolorem ipsum quia dolor sit amet, consectetur, adipisci velit… ». 

« Il n’y a personne qui n’aime la souffrance pour elle-même, qui ne la recherche et qui ne la veuille pour elle-même… ».

Cette phrase en latin, devise de la Chartreuse Terminorum, résume à elle-seule ce que la course a d’inédit et d’unique. Ces mots, inscrits sur les dossards des participants, sont les témoins de leur engagement dans une expérience où leur mental et leur physique seront mis à rude épreuve. Nous avons interrogé son créateur, Benoit Laval, qui nous en dit plus sur cette course aux limites de la performance, qui n’a, à ce jour encore, connu aucun finisher.

300 km - 25.000m de D+ 80 heures - 5 tours - 3€

« Au départ, on a imaginé faire cela sur les itinéraires classiques que l’on connaissait déjà. Mais ça n’avait pas vraiment de sens, c’était simplement faire un Ultra Trail de plus. Il fallait quelque chose de plus sauvage, de plus austère. On a alors exploré ce que l’on appelle le « désert de Grande Chartreuse » qui semblait être le lieu idéal avec des falaises, de l’ombre, des chemins non tracés sur les cartes. »

Au coeur de la forêt domaniale de Grande Chartreuse, en Isère, 40 coureurs, hommes et femmes, devront braver les éléments le long d’un parcours sans balisage, sans GPS et sans assistance. 

Organisée depuis 2017, la Chartreuse Terminorum est connue comme étant la course la plus difficile de France et l’une des plus dures au monde. À ce jour encore, aucun participant n’a atteint la ligne d’arrivée. Une volonté des organisateurs qui souhaitent que ce défi, contrairement à la plupart des événements de Trail organisés, connaissent le moins de finishers possible. 

Un ovni donc dans le milieu des coureurs, qui tire son inspiration des marathons de Barkley aux États-Unis. Initiés par le très charismatique et non moins original Lazarus Lake, ou Gary Cantrell de son vrai nom, ces challenges, à la limite du supportables ont lieu au fin fond du Tenessee depuis 1986 et ont donné l’idée à Benoît Laval, ancien membre de l’Équipe de France de trail, fondateur de la marque Raidlight, de créer un format français du concept. 

Un parcours sans balisage, sans GPS et sans assistance

Crédit photo : Cyrille Quintard

« Cette course, je l’ai imaginée lorsque j’ai été faire la Barlkey. Même avant, puisque lorsque je m’entrainais en Chartreuse pour me rendre à cette épreuve aux Etats-Unis et que j’étais notamment à la recherche de terrains accidentés, ardus, perdus, j’ai découvert un splendide terrain de jeu, digne d’une course de cette ampleur. J’ai abordé le sujet avec Laz ( Lazarus Lake) qui a été emballé par l’idée ».

À ce jour, 3 éditions ont eues lieues, celle de 2020 ayant, comme beaucoup d’événements, dû être reportée. Affublées de slogans aux noms évocateurs, « La 1ère édition sera la plus facile », « Le retour de la vengeance », « Un tour ça va, trois tours… », les courses ont fait, doucement mais sûrement, parler d’elles, jusqu’à leur donner une place dans le milieu du Trail. Ceci sans stratégie marketing, sans publicité, sans grosses têtes d’affiches. Juste des amoureux de pleine nature et de sport à son niveau le plus engagé… sûrement un peu masochistes également, on n’en est pas sûrs!

« Les participants viennent chercher quelque chose de différent. À la vue du format de la course, ils savent qu’ils ne vont pas finir, qu’ils vont échouer… C’est un état d’esprit particulier. Il faut de l’expérience et il faut savoir apprivoiser la course. Ils viennent aussi chercher le calme et la simplicité de cette épreuve. Il n’y a quasiment pas de public, pas de sponsors, pas d’arche de départ, pas de stands, c’est on ne peut plus sommaire. »

Crédit photo : Cyrille Quintard

Le Saint-Graal n’est pas accessible à qui veut. En effet, on s’inscrit ici comme on passe un entretien ou un examen :  « Pourquoi devrions-nous vous retenir pour participer à la Chartreuse Terminorum ? ». Une sélection draconienne qui se justifie par la complexité du challenge, mais aussi par son nombre limité de participants. Quoiqu’il en soit, pour en faire partie, il faut être motivé! Le texte, une fois rédigé, doit ensuite être envoyé à un contact mail dévoilé à une date bien précise, celle du « seul jour du calendrier qui comportait cinq fois le même chiffre lors de la première édition ». Les candidats sélectionnés reçoivent ensuite attribué le précieux sésame sous la forme d’une « lettre d’acceptance ».

à ce jour, aucun participant n'a atteint l'arrivée

« Sur papier libre, chacun écrit ce qu’il veut ! On cherche évidemment des gens qui ont déjà une certaine expérience en Trail et en ultra Trail. Le niveau n’est pas déterminant mais, bien sûr, plus on est bon, plus on a de chance d’aller loin. Le but c’est quand même que quelqu’un la finisse un jour ! »

Coup de clairon, c’est l’heure. La Chartreuse Terminorum est lancée. Les chanceux ( ou pas..) qui ont été choisis, ont maintenant 1 h pour se préparer avant le départ de la course. Ils ont dû au préalable s’acquitter du montant exorbitant des frais d’inscription de 3 € de participation , puis donné une bouteille d’alcool de leur région d’origine…

En tout, ce sont 5 boucles de 60 km qu’ils vont devoir parcourir, avec une engagement pharamineux total de 25 000 mètres de dénivelé. Le temps maximum autorisé pour réaliser une boucle est de 16h. Ici, exit le balisage, l’orientation avec un GPS, et l’assistance, les coureurs sont livrés à eux mêmes dans le Par de la Chartreuse. Ils doivent maintenant s’orienter avec une carte recopiée à la va-vite et à la main… et n’auront doit qu’à un seul ravitaillement par tour.

Tout au long du parcours, des points de passages obligatoires sont matérialisés par 14 livres qui ont une signification particulière quant à l’histoire du lieu.

« Les moines Chartreux se sont installés ici car c’est un endroit isolé. Au 13ème siècle, l’archevêque de Grenoble a déposée 14 bornes en pierre sur lesquelles était écrit « Sapinus terminorum cartusiae » et qui délimitaient le territoire des Chartreuses. C’est cette histoire et cette ambiance que l’on cherchait pour l’immersion des coureurs. »

Ces derniers, arrivés à chaque étape en question doivent arracher une page du livre déposé sur la borne et l’emmener avec lui comme preuve.

L'inspiration venue des États-Unis

La Chartreuse Terminorum est en quelque sorte la petite soeur d’un événement tout aussi fantasque, si ce n’est plus, qui se déroule depuis 1986 au Tenessee, la Barkley. L’instigateur de cette course se fait appeler Lazarus Lake, « Laz » pour les intimes, et a à coeur chaque année de mettre au point et fignoler une épreuve que peu de « guerriers » seront à même de réussir. 

L’épreuve puise sa source dans l’histoire du fugitif James Earl Ray. Car dernier, connu comme assassin de Martin Luther King, tenta de s’échapper, en 1977, du pénitencier dans lequel il était incarcéré. Il parcouru 13 km en 55 heures de cavale à travers la forêt de Frozen Head, lieu même de la course jusqu’à aujourd’hui. Depuis sa création, le principe de la Barkley reste inchangé  : courir 5 fois la boucle de 20 miles (environ 32 kilomètres) et environ 4 000 m de dénivelé, dans un sens, puis dans l’autre, en 12 h maximum pour chaque boucle. Pour donner une idée, on estime que la faire en entier, soit les 5 boucles, reviendrait à faire l’ascension de l’Everest à deux reprises… Vous voyez le tableau? 

Le parcours compte des étapes où des livres sont disposés, chaque coureur doit en arracher la page qui correspond à son numéro de dossard. La course a lieu le samedi précédent le 1er avril et débute entre minuit et midi. Une conque retentit pour indiquer aux participants que le départ se tiendra 60 minutes plus tard. Puis, Lazarus Lake allume sa cigarette en guise de « top départ ».

D’après ce dernier, le but n’a jamais été d’imaginer la course la plus difficile au monde, mais simplement de tester les limites des participants et jusqu’où ils pouvaient aller. Et force est de constater que même si les conditions sont ardues, voire soufrantes, il y a toujours quelqu’un pour dépasser les limites. C’est au bout de 10 ans que les 5 tours sont bouclés. Une performance historique, qui sera suivie ensuite de 14 autres victoires jusqu’à présent. 

Le record étant détenu par un Américain, Brett Maune, qui termina, en 2012, en 52 heures 3 minutes et 8 secondes. Des succès qui obligent les organisateurs à se réinventer tous les ans en modifiant l’itinéraire avec de nouveaux obstacles ou quelques nouveautés. Une histoire qui ne cesse de se réécrire, au rythme de parcours individuels dans l’effort mais d’un partage collectif au final.

Crédit photo : Cyrille Quintard

Pour donner une idée, on estime que la faire en entier, soit les 5 boucles reviendrait a faire l'ascension de l'everst a deux reprises…

Crédit photo : Cyrille Quintard

« C’est une aventure au long cours qui se prépare, pour certains, sur plusieurs années comme à la Barkley. Un jour, il y aura un vainqueur et nous devrons en modifier des aspects. C’est un peu comme un record du monde, la limite se repousse toujours. C’est une aventure autant individuelle que collective. Pour réussir, il faut se baser sur l’expérience des participants de l’année précédente, il faut savoir s’entraider, partager des informations. C’est sous la forme collective que l’on est capable d’aller plus loin, même si, dans l’effort et à la fin, on sera seul à l’arrivée. »

Ce n’est que lors de la dernière édition, en 2019, que la 3ème boucle fut atteinte par un français, David Barranger et un espagnol, Imanol Alseon Orbegozo. Ce dernier a même été jusqu’au premier livre du 4ème tour. C’est également cette même année qu’une femme, Alexandra Rousset, finit le premier tour. Des records qui seront peut-être battus en 2021. Pour le savoir, rendez-vous pour la nouvelle édition au printemps !

« Nos 40 coureurs sont déjà sélectionnés, ils sont motivés, on attend maintenant l’autorisation. Un événement avec si peu de coureurs et pas ou peu de public, ne peut pas faire mieux en matière de distanciation sociale ! »

Olivia Bergamaschi

MAKATEA VERTICAL ADVENTURE
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