Publié le 15 juin 2019
Kite Surf
Crédit photo : © Charlotte Consorti

Kite Surf

L’aile en vogue, la glisse dans le vent

Focus

1984. 2 idéalistes, voileux, fans de glisse, déposent un brevet et officialisent une nouvelle pratique encore inconnue, le Kitesurf. 35 ans après, la discipline est devenue incontournable dans le paysage des sports extrêmes, convertissant chaque année de plus en plus de pratiquants. Focus sur ce sport entre air et eau.

L'essence du Kite 

Oui, le Kitesurf est bien une invention française. À l’origine, deux frères bretons, Dominique et Bruno Legaignoux qui réadaptent un premier brevet déposé en 1977. Pour cela, il a d’abord fallu mettre au point un cerf-volant particulier, appelé aile de traction, avec une structure gonflable et un système de fils qui permettent à l’aile de redécoller une fois tombée dans l’eau. Ceci associé à une planche spécifique, pieds attachés, et le kitesurf moderne tel qu’on le connaît était né.

Liberté, adrénaline, vitesse, le sport séduit les amateurs de sensations fortes et continue son ascension dans les hautes sphères de la glisse avec toujours plus de convertis chaque année. On estime aujourd’hui à 60 000 le nombre de pratiquants de ce sport aérotracté, toutes disciplines confondues, qui proviendraient pour une grande majorité du milieu de la planche à voile. Plus fun, moderne et financièrement plus attractif, le kite s’impose. On débourserait environ 2 500 € pour un pack de matériel neuf contre 3 000 à 3 500 € pour une planche à voile, une différence non négligeable.

Côté institutionnel, le kitesurf est passé de la FFVL (Fédération Française de Vol Libre) à la FFV (Fédération Française de Voile) au terme de maintes batailles pour récupérer ce sport en croissance continue depuis sa création. Cette décision du Ministère des Sports datant de janvier 2017 permet à la France de s’aligner avec les décisions internationales, et particulièrement celles du Comité International Olympique et de World Sailing qui considèrent le kite comme une discipline de la voile. Celle-ci était par ailleurs inscrite officiellement aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2018, d’où l’urgence de la situation à l’époque. Sans cette décision, il n’aurait pas été possible de présenter une équipe française à ces jeux.

Le matos du kitesurfeur

Une aile de traction dont la taille dépendra de la force du vent sur le spot pratiqué

Une barre et des lignes dont taille et longueur dépendront du cerf-volant

Une planche twintip, directionnelle ou foil

Un harnais ceinture

Un leash et un couteau de sécurité

Un gilet de flottaison Un casque

Une combinaison si vous évoluez en eau froide

Les styles 

Fruit d’une évolution rapide et sans précédent dans le monde des sports nautiques, le kitesurf classique dit « freeride » a doucement laissé la place à d’autres genres d’expériences. D’une pratique pure, sans compétition ni record, où l’on se laisse glisser sur l’élément au gré du souffle du vent et des mouvements de sa voile, à la recherche de liberté, on a progressivement vu apparaître d’autres tendances « kite » chez les adeptes du sport. Le Freestyle (1) est l’une d’entre elles. Pratiqué par des riders confirmés qui évoluent sur l’eau avec une certaine fibre artistique. S’exécute alors une suite de figures libres, de contorsions contrôlées, de sauts vertigineux, le tout dans une limite de temps imposée. Le Freestyle reste sans doute la discipline la plus spectaculaire du kitesurf, et par conséquent aussi la plus médiatisée.

Puis il y a les vagues et leur éternelle inconstance, certains riders s’y confrontent dans le kitesurf dit « de vagues » ou « Kite Wave (2) ». À l’instar des surfeurs, les kiteurs tentent de dompter la houle et ses dangereux sursauts. Il s’agit alors de remonter les vagues, et, une fois à leur sommet, choisir les trajectoires les plus belles le long de l’onde. En compétition, les plus  aguerris tracent des courbes interminables, en osmose avec la force des éléments.

Aussi appelée Waveriding ou Surfkite, la discipline compte de plus en plus de fidèles, car c’est, après le Freestyle, la plus spectaculaire du kitesurf.

Le KiteFoil (4) est la dernière des tendances apparue récemment. Il est à la mode. Aidée d’un immense aileron (le foil) et avec la vitesse, la planche décolle de la surface de l’eau. Véritable révolution dans le sport, on aperçoit de nombreux riders équipés de cet aileron en compétition. Il faut dire qu’il propulse littéralement les kiteurs à des vitesses vertigineuses ! Le Foil se pratique plutôt par temps calme, lorsque le vent est faible. Selon la forme de l’aileron, la portance sera différente. L’essor de cette discipline doit beaucoup à Marc Blanc, champion de France 2009 de kitesurf, qui l’utilisa en compétition lors de son sacre.

Certaines disciplines ont été pensées spécialement pour la compétition. C’est le cas de la Longue Distance et de la Vitesse (ou « Speed » en anglais). La Longue Distance, aussi appelée « Race », est en réalité une course entre kitesurfeurs qui se pratique sur une boucle délimitée par des bouées. Le tracé est en général un triangle, voire une forme de W sur lequel il faut faire un aller-retour. Les concurrents doivent partir face au vent et concourir selon un temps limité. Le Speed (3), quant à lui, consiste à surfer le plus vite possible sur une distance balisée de 500 mètres. En général, le plan d’eau choisi est très plat avec beaucoup de vent de façon à optimiser les performances. Les concurrents atteignent des vitesses pouvant aller jusqu’à 50 nœuds (environ 93 km/h) pour les hommes et 40 nœuds (environ 74 km/h) pour les femmes.

Fun, libre, artistique, grisant, le kitesurf séduit, convertit, amuse ceux qui le maîtrisent. Varié et en constante évolution, le sport est loin de battre de l’aile et fera son entrée aux JO de Paris en 2024, dont les épreuves sur l’eau devraient se dérouler à Marseille. Nos rideurs frenchies ne sont pas en reste côté performances et la discipline est fièrement représentée par de nombreux talents issus de l’Hexagone qui brillent en compétition.

Sport plein de surprise, le kitesurf semble par ailleurs ne pas avoir livré encore tous ses secrets avec l’émergence, encore aujourd’hui, de nouveaux styles comme le Boardercross, le SUP Kite ou encore le record de hauteur de saut. De belles années de pure adrénaline, c’est tout ce que l’on peut encore lui souhaiter.

Et lorsqu'on veut débuter

Du fait de son côté relativement impressionnant, le kitesurf peut paraître inaccessible à certains. Pas nécessairement d’après les pratiquants. Une chose est sûre, les stages ou les cours sont indispensables pour ceux qui souhaitent s’y mettre. Ces derniers formeront une base solide pour votre future pratique. Ils vous apprendront, entres autres, à évaluer une zone pour des conditions de kite sûres, comprendre la direction du vent, la force et les rafales, déchiffrer les marées, les courants et les dangers, choisir le bon équipement en fonction des conditions, déballer, mettre en place et régler votre équipement, contrôler votre vitesse. Sans parler des règles de sécurité sur l’eau qui sont bien évidemment indispensables dans ce sport de glisse. Il faut pour la moyenne des gens entre 15 et 20 heures de pratique. Ceci afin de gérer complétement son nouvel « instrument » et être capable de le manipuler seul sans appréhension et en se faisant plaisir. Bien entendu snowboardeurs, wakeboardeurs et autres surfeurs s’en sortiront probablement mieux que les autres du fait de la similarité entre ces sports. Ceux-là peuvent donc se lancer dans le challenge, les autres auront un peu plus de pain sur la planche !

Le choix du matériel pour un débutant se fera à la suite de cet apprentissage, afin de déterminer correctement ce qu’il souhaite et ce qui lui convient. Pas besoin d’investir dans du neuf tout de suite donc, une location ou un prêt paraîtront être les meilleures alternatives du début. Pour la planche, on optera pour une taille plus grande pour plus de portance et d’équilibre. De nombreuses ailes conviennent à tous les niveaux. Les plus courantes sont les ailes à boudins gonflables qui disposent d’une bride sur le bord d’attaque. Pas besoin, en tant que débutant, de se soucier du design spécifique de l’aile. Que ce soit en forme d’arche ou en ailes plates (delta), les deux types conviendront aux non-initiés.

Où pratiquer ?

Les spots locaux

Bien que le Languedoc-Roussillon reste le premier spot de kitesurf en France du fait des conditions de vent idéales à la pratique, quelques endroits proches de chez nous invitent également débutants et confirmés à se faire plaisir. Certes avec la Bise, certes sur des lacs, mais avec en décor de fond, nos superbes montagnes ! Il n’y a donc en effet pas forcément besoin d’aller loin pour se permettre de rider un bon spot local. Par contre, si vous comptez prévoir votre session entre 14h et 16h ce dimanche, il est fort à parier que cela ne se passera selon votre volonté ici ! En effet, pour rider dans la région, mieux vaut avoir un emploi du temps assez flexible car les opportunités dépendent de deux vents principaux qui soufflent de manière aléatoire sur notre territoire. Le premier de ces phénomènes est la bise qui est un vent relativement stable, en général annoncé quelques jours avant et qui peut être de toutes les forces, de 10 nœuds à plus de 40 nœuds. Dans une journée, elle varie assez peu. Le sud-ouest est un vent qui apporte souvent le mauvais temps, il rentre avec de la pluie et des grains. Lui aussi peut varier d’un petit 10 nœuds à plus de 50 nœuds et est souvent plus technique. Si vous naviguez en sud-ouest, il faut toujours avoir un œil au vent pour voir ce qui arrive pour éviter de se retrouver dans la tempête.

Lac de Monteynard

De manière générale donc, du fait de la spécificité des conditions, une certaine expérience en kitesurf est nécessaire afin de maîtriser la glisse lacustre. Exception faite du plus connu et reconnu des spots de nos régions alpines, le lac de Monteynard en Isère. Retenue d’eau artificielle située au milieu des montagnes, ce lac jouit d’une exposition exceptionnelle à la brise thermique qui se crée suite à une différence importante entre air chaud et air froid. Il est le deuxième plan d’eau le plus venté d’Europe. Quand il fait beau et chaud, les riders débutants peuvent espérer un vent thermique idéal de Nord de 10 à 15 nœuds. Celui provenant du sud est quant à lui souvent fort et s’accompagne de grosses rafales, à éviter donc pour les non-initiés. Entre la couleur presque irréelle du lac, la vue sur les massifs de Belledonne, de l’Oisan et du Vercos, la végétation omniprésente, le gigantisme des falaises et l’architecture naturelle entre fjord et canyon, le site fait le bonheur de tous les amateurs de nature.

Lac d’Annecy

C’est toujours un spectacle étonnant que de voir les kiteurs expérimentés sortir leurs ailes et déambuler aux pieds de la Tournette et du Semnoz. Expérimenté, oui il faut l’être sur le lac annécien, la bise soufflant ici rarement de façon régulière et les nombreux courants étant variés et tournants, de 10 à 14 noeuds et jusqu’à 25 parfois. Côté saisonnalité, exit l’été où baigneurs et embarcations flottantes sont légion sur le plan d’eau, à moins qu’une bonne bise les aient tous fait fuir ! Du coup, la glisse n’y est pas chose aisée. D’autant plus que les zones de sécurité, la présence d’arbres et d’habitations, ainsi que de voies de circulation laissent peu de choix et de place disponible aux riders. Les spots de départ connus et autorisés sont la plage d’Albigny, Sévrier et Saint-Jorioz (plusieurs zones) et la plage de Doussard. Il n’y a pas d’école sur place mais une association motivée, Semnoz kitesurfing, qui s’occupe du Snowkite au Semnoz en hiver et par ricochet la pratique sur le lac le reste de l’année.

Lac du Bourget

Le lac savoyard est également un spot exigeant notamment en matière de vent. Il est finalement sur la même lignée que celui d’Annecy, donc praticable par temps de bise et conseillé plutôt aux experts. Pas d’école sur place mais une association dynamique qui regroupe la quasi-totalité des kiteurs locaux sous le nom de Kite Club du Lac du Bourget.

Lac Léman

À l’instar d’Annecy et Aix les bains, le lac léman présente grosso modo les mêmes conditions de vent et de pratique soit instabilité, niveau convenant à des rideurs expérimentés s’ils se lancent seuls et proximité avec d’autres utilisateurs du lac. À cela s’ajoutent de nombreuses zones de réserves naturelles que les kitesurfeurs doivent respecter. Il semblerait toutefois que les débutants puissent également se faire plaisir sous l’égide d’une école. En effet, de mai à septembre, plusieurs structures offrent des cours aux plus téméraires, notamment à Estavayer, Saint-Prex ou encore Excenevex. L’Association Romande de Kitesurf offre en outre conseils et informations afin d’aiguiller les rideurs en herbe ou confirmés.

Ailleurs

Il existe bien des milliers de spots de Kitesurf à travers le monde. Des destinations toutes aussi paradisiaques et enchanteresses les unes que les autres. Le Brésil, l’Australie, les Caraïbes, Madagascar, le Vénézuela, les adeptes de la planche aérotractée n’ont que l’embarras du choix. Toutefois, pour déterminer leur prochaine expédition, les kiteurs ont besoin de connaître les statistiques de vent des spots concernés, avec d’une part la fréquence, d’autre part la puissance. Il faut donc savoir anticiper ces conditions météo pour son voyage mais aussi en fonction de son style de kite. En effet, un freerider ne choisira pas le même spot qu’un kitesurfeur de vagues ou celui qui ride un foil qui se pratique plutôt par vent faible.

Pourquoi alors ne pas carrément s’appuyer sur l’expérience des pros pour trouver son itinéraire idéal ? Charlotte Consorti, rideuse professionnelle, donne par exemple tous ses conseils avisés sur les spots qu’elle a visités sur son blog voyages et grâce à sa web série Kitesurf paradise.

Dans tous les cas, l’équation est simple : soit on se fixe un trip dans le spot le plus venté pour naviguer et là on adaptera sa pratique aux conditions sur place ; soit on recherche le séjour le plus approprié pour le type d’engin que l’on souhaite rider. Ceci sera à l’appréciation de chacun !

Texte : Olivia Bergamaschi

Les spots de kite dans le monde

Charlotte Consorti

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