Publié le 15 septembre 2019
Keep it Real
Crédit photo : Jérémy Pancras

Keep it Real

La réalisation comme thérapie

Cinéma, Ski Freeride, Ski Freestyle

Après un premier film réalisé en 2018, Would You, Jérémy Pancras, skieur professionnel, passe à nouveau derrière la caméra avec Keep it Real. Plus qu’un film de ski, plus qu’une vidéo de performances, le film est intimiste et révèle une partie de l’âme du rider. Entre interviews et images à l’esthétique soignée, Jérémy nous parle de sa nouvelle réalisation.

Nous sommes le 7 octobre 2017, Jérémy s’élance sur le Sosh Big Air du High Five Festival à Annecy et loupe sa réception… Des vertèbres fracturées, une opération et des heures de rééducation plus tard, il souffre toujours beaucoup physiquement. Mais, au-delà de cette douleur, c’est tout son monde qui s’est écroulé. Une blessure, une rupture difficile ont conduit le jeune rider à la dépression : « Dans ces moments là, tout ce qui fait que tu penses t’accepter tel que tu es s’effondre. » Jérémy ne peut plus skier et réalise alors que la vie qu’il s’était construite n’était pas celle qui lui convenait. Il fait aussi un autre constat : pour les autres, les skieurs pro ont une vie parfaite.

Or, la réalité est beaucoup plus nuancée. Selon lui, la culture de la glisse est une culture « underground » et donc torturée qui fait face aux mêmes difficultés que tout le monde comme les problèmes de drogue et d’acceptation de soi. Keep it real c’est ramener le star système du ski à une dimension humaine, c’est montrer ce que sont les pointures de ce sport en dehors de celui-ci et mettre en valeur les influences dont s’est inspirée la culture et auxquelles elle est intimement liée comme l’art, la musique ou d’autres sports de glisse comme le skate, le snowboard et le surf.

« Je n’ai jamais voulu être un donneur de leçons, je ne dis pas aux gens ce qu’ils doivent faire, je leur laisse juste l’opportunité de voir ce qu’il y a derrière l’image des pros skieurs et comment est leur vie quand ils ne sont pas sur leurs spatules. »

Est-ce que ton accident a été un déclencheur, un tournant pour te permettre de t’exprimer ?


J’avais toujours eu cette façon de penser mais cet accident m’a mis sous les spotlights et m’a permis de porter ma voix dans l’industrie de la glisse. Avant, les gens ne voyaient de moi que le côté performance du ski. Avec ma blessure, j’ai gagné ce statut de « héros de guerre ». Je suis revenu d’entre les morts car j’ai vraiment failli y passer, et j’en suis revenu plus fort. Les gens ont plus tendance à m’écouter lorsque je prends la parole maintenant. Ces créations sont une thérapie. Je ne vais pas voir un psy, je fais des films. Je m’intéresse aux autres pour pouvoir l’appliquer ensuite dans ma propre vie. Après, tout ça c’est beaucoup de stress que l’on n’a pas d’habitude en tant que skieur, mais la facilité ne m’intéresse pas.

Ces créations sont une thérapie. Je ne vais pas voir un psy, je fais des films.

Dans Would You, tu dis « j’ai passé une des meilleures saisons de ma vie » à propos du fait d’être passé à la réalisation. Est-ce que c’est ce qui t’a poussé à recommencer ?


Je n’avais jamais percuté avant l’influence que pouvait avoir l’image. Je savais que les images de ski donnaient envie aux gens d’aller skier mais je me suis aussi rendu compte que si tu filmais des belles femmes, de l’art, le public s’y intéressait aussi… Je passe ma vie à filmer, je prends des photos, des vidéos de tout et de rien. Je garde des tas d’images sur mon ordinateur dont je ne sais pas quoi faire. Je me suis servi de ces extraits filmés autour de moi pour en faire un medley et les intégrer dans mes productions. Ce que je pensais être un passe-temps est en fait devenu une réelle passion, j’adore faire ça.
Le fait de faire un film m’a aussi obligé à sortir de ma zone de confort. Faire du freeride, de la moto neige, oser contacter des gens que je n’aurais jamais contactés, créer de vraies connexions avec des personnes que je n’aurais pas forcément connues en temps normal… Faire un deuxième film, c’était encore repousser mes limites,  faire les choses différemment et aller plus loin par rapport au premier. Ça m’a ouvert à un monde que je ne connaissais pas et ça m’a fait du bien.

Il y a un réel côté intimiste dans le film, peux-tu nous en parler ?


J’ai 27 ans et je ne regarde plus de films de ski, je regarde juste ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux. Quand j’en visionne un, s’il n’y a que du ski, je me lasse. Quand tu as 16 ans, c’est ce que tu recherches, tu veux voir des tricks en tous genres, or ce n’est plus ce qui m’intéresse aujourd’hui. Les parties les plus intimistes sont les miennes, c’est là où on va rentrer dans le cœur du sentimental parce que je sais que je vais pouvoir le faire. J’ai passé énormément de temps avec les « gars », des semaines entières, à les écouter, à enregistrer constamment ce qu’ils disaient. Rien n’était programmé, les séquences sont le résultat de discussions que j’ai pu avoir avec eux, pour rentrer dans leur vie la plus intime.

J’ai vraiment failli y passer, et j’en suis revenu plus fort.

Riders, Bande originale, lieux, comment se sont fait les choix?


Pour les riders, j’ai surtout cherché des personnalités fortes. Peu importe qu’ils sachent parler devant une caméra ou non. Je voulais avant tout des personnes capables de susciter une émotion qu’elle soit triste ou joyeuse. Ce ne sont pas forcément des gens qui évoluent dans ma sphère d’amis, il y a d’autres riders influents qui pouvaient apporter une impulsion différente à la vidéo comme Henrik Harlaut ou Jacob Wester.
Je passe énormément de temps à chercher des musiques. Dans le film, il y en a beaucoup qui sont libres de droits et d’autres qu’on a créées. La musique d’intro a été enregistrée dans un studio à Marseille. Tous les morceaux de rap ont été faits par des artistes américains que j’ai contactés. J’ai des fois eu à repayer des heures de studio car il y avait des sons qui ne m’allaient pas, j’avais envie qu’ils retravaillent dessus. Je voulais que chacune des « parts » ait une âme et qu’elle corresponde à la personnalité des riders.
Ce sont les opportunités qui ont déterminé la trame de fond des images. Je suis allé là où les riders étaient pour les interviews. Je ne pense pas que ce soit l’endroit qui fait l’esthétique. J’essaye de faire fonctionner la magie des lieux peu importe où l’on se trouve. Le but était plutôt de concentrer l’attention sur les personnages, contrairement à mon premier film.

Qu’as-tu envie de transmettre avec ce film?


Soyez-vous mêmes. Vous pouvez bien être ce que vous avez envie tant que vous le faites bien. Donnez-vous la chance d’y arriver. Arrêtez de douter de vous.
L’un des plus gros problèmes de notre société, c’est d’arriver à être soi même et à s’accepter tel que l’on est.

 

Interview : Olivia Bergamaschi

Photos : Jérémy Pancras

 

 

Production et réalisation : Jérémy Pancras Visuals - Durée : 60 mn
Disponible gratuitement sur la chaîne Youtube de Jérémy dès le Lundi 25 Novembre 2019 et diffusé en avant-première au High Five Festival le Vendredi 4 Octobre 2019.

Mattias Fredriksson
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