Publié le 15 juin 2020

Justine Dupont

Dompteuse de vagues

Portrait, surf

À bientôt 29 ans, Justine Dupont peut se vanter d’avoir surfer l’une des plus grosses vagues du monde, Nazaré, mais les talents de l’athlète ne s’arrêtent certainement pas là. Championne du monde en Stand Up Paddle, surfeuse hors pair, la bordelaise est en train de révolutionner le monde du surf féminin. Portrait.

L'âme d'une waterwoman

On la qualifie souvent de surfeuse de « big waves », mais Justine ne se limite certainement pas à cela. Née à Bordeaux, elle a grandit à Lacanau, au bord de l’océan et ne cesse depuis de lui rendre hommage en affrontant ses lignes. Elle frôle pour la première fois les vagues à l’âge de 11 ans et se découvre une réelle passion pour la pratique du surf sous toutes ses formes.

« Quand j’étais jeune, j’allais faire du skimboard, du bodyboard, du surf et du longboard avec mes parents. Je ne voulais pas choisir. Je choisissais la planche qui correspondait le mieux aux conditions. »

À 15 ans, quand d’autres se mesurent aux tourments de l’adolescence, Justine elle, décroche une seconde place au Mondiaux de Longboard. Sa carrière est lancée.
Elle aligne depuis les performances dans plusieurs disciplines et impose son nom au palmarès des meilleures surfeuses du monde. C’est d’ailleurs en 2013 que la française frappe fort en s’attaquant, à deux reprises, à la mythique vague basque de Belharra et ses 15 mètres de haut. Une première pour une femme.

Justine joue sur sa polyvalence, comme si finalement chaque discipline maîtrisée, chaque sport dompté, nourrissait les autres.

Crédit photo : Léo Francis

« Le longboard m’a appris à travailler mes appuis sur de grandes planches, ce qui me sert dans les grosses vagues. Sinon, le paddle m’aide pour le surf tracté, parce que ça me fait bosser mon équilibre. En sortant de sa zone de confort, et en multipliant les types d’entrainement, on améliore sa technique globale. C’est crucial pour s’amuser dans les vagues. Mais aussi pour être plus en sécurité. »

Un parcours pavé de succès pour la jeune surfeuse qui, en 2018, se verra freinée dans son élan par un accident lors d’une compétition à Hawaï, le JAWS Challenge. Habituée aux conditions dantesques de l’océan, Justine affronte ce jour-là une houle particulièrement déchaînée sur un des spots les plus mythiques au monde mais aussi, des plus dangereux. Une épreuve pour l’athlète, mais plus de peur que de mal, compte tenu de la violence du choc. Elle souffrira d’une luxation à l’épaule et d’une blessure au genou. Sa convalescence de 5 mois ne fera que renforcer sa motivation et, animée par une rage nouvelle, elle se remettra à l’eau, plus déterminée que jamais. Déterminée à réaliser ses rêves et prouver qu’elle aussi, a sa place au panthéon des « big waves sufers ».

Big wave riding

Crédit photo : Bastien Bonnarme

Il est évident que le surf de grosses vagues n’est pas forcément le rêve de toutes les petites filles. La dangerosité et la technicité demandée font certainement de la pratique l’une des plus risquées et des plus spectaculaires au monde. Il n’est donc pas commun de voir des femmes s’attaquer à ces monstres d’eau, qui engloutissent tout sur leur passage.

Justine Dupont gère ses peurs et ose leur faire face pour donner le meilleur d’elle même sur l’eau. Comme tout athlète qui se respecte, rôdé à son sport et pétri d’une sagesse que seule l’expérience sait forger, elle a ses secrets. Apprendre à repousser ses limites, mentales et physiques, d’abord. Puis ne jamais oublier que face à la mer, l’humilité est la meilleure des sécurités.

« Est-ce que j’ai peur d’affronter cet élément ? Oui, et c’est normal, parce que c’est un environnement assez violent. Même si on se prépare énormément, on peut être ridicule face à sa puissance ».

Dans chaque sport extrême, la part de risque est omniprésente. Pour Justine, le but c’est de la minimiser au maximum car se préparer mentalement ne signifie pas combattre la peur, c’est apprendre à la maitriser. L’athlète sait bien que même préparée à 200%, le risque zéro n’existe pas. Cette recherche d’adrénaline fait aussi partie de sa vie et l’anime, mais elle doit savoir contrebalancer avec des exercices de contrôle.
C’est souvent en piscine que la surfeuse s’entraine. Notamment avec l’apnée qui, en plus de lui permettre de faire travailler son souffle, lui permet de pratiquer le « lâcher prise » en se recentrant sur elle-même, en coupant avec l’extérieur et en se concentrant sur l’intérieur de son corps.
Des techniques indispensables face à la violence des éléments. Cet entraînement dans l’eau lui permet d’être prête. Prête à encaisser une, deux ou trois vagues successives, prête à ne pas respirer pendant un temps, prête à nager pour survivre. Justine est une guerrière et elle est toujours prête.

Crédit photo : Léo Francis

Pour la bordelaise, il y a le mental mais il y a aussi tous ceux qui l’entourent et qui lui permettent d’aller jusqu’au bout de ses rêves. Son compagnon d’abord, Fred David, qui conduit le jet ski qui l’emmène dans le meilleur endroit pour prendre sa vague. Il la soutient et l’encourage constamment à se surpasser. Mais aussi tous les autres, coach, préparateur physique, public, sponsors…

« Le surf de grosses vagues, c’est une activité en groupe, collective. On est en équipe. Le préparateur physique s’implique à fond, le coach en apnée aussi, la personne sur la falaise, la personne pour réparer le jet-ski… Il y a plein de gens qui gravitent autour et qui aident énormément ».

Une histoire d’équipe donc qui permet à Justine Dupont de gravir tranquillement les marches des podiums internationaux. Et de se mesurer à des monuments du surf comme Nazaré…

Crédit photo : Dom Daher

Face à face avec Nazaré

La communauté du surf était en ébullition le 13 novembre 2019, lorsque Justine a descendu cet impressionnant mur d’eau… 20 mètres dévalés sur le sport portugais légendaire de Nazaré.

« C’était la plus belle vague de ma vie ! Je suis super heureuse d’avoir fait ça ! »

Officiellement cette performance pourrait lui permettre de battre, après homologation, un record du monde actuellement détenu par Maya Gabeira, qui avait surfé un titan de 20,72 mètres en 2018 au même endroit.

Ce jour-là, la surfeuse, à bout et fatiguée, venait de décider de sortir de l’eau après 4 heures passées dans une eau glacée : « On était gelés et on voulait rentrer. Mais André, notre pote sur la falaise, nous a dit par radio que de gros morceaux arrivaient. On a donc décidé de rester un peu. Fred m’a tracté sur une belle vague, j’ai fait une super ligne et j’étais contente. Je me suis reposée une minute, mais Fred m’a tout de suite dit d’y retourner parce qu’une grosse vague arrivait… ».

Crédit photo : Rafael G. Riancho

Puis Justine a assuré. Jusqu’au bout, jusqu’à la fin de cette interminable et titanesque vague, elle a tenu sur sa planche et forcé ce jour-là l’admiration de toutes les personnes présentes pour cet exploit.

« Quand j’ai lâché la corde, j’ai senti que j’allais plus vite que d’habitude. Ma GoPro m’a même flashée à 66 km/h. C’est comme si je volais. J’étais super bien sur ma planche. Le sentiment d’avoir quelque chose d’énorme dans mon dos était hyper étrange. L’ombre de la lèvre était vraiment devant moi. J’ai tout fait pour tenir jusqu’à la fin. »

Un rêve réalisé, un succès mérité après les blessures, une belle revanche sur sa chute à Jaws, une consécration pour la téméraire Justine Dupont qui voit encore et toujours plus loin…

Regarder toujours plus loin

« J’ai encore plein de sports à tester et de championnats du monde à gagner ».

C’est dit. Justine ne recule devant rien pour poursuivre ses rêves et imagine s’essayer à de nouveaux sports, afin de, pourquoi pas, battre encore quelques records. Record féminin, toutes catégories, plus belle vague à la rame… Ses objectifs sont nombreux et l’athlète met toutes les chances de son côté pour les atteindre, comme s’entraîner avec des hommes. Autour d’elle, Fred son compagnon, mais aussi Pierre Rollet et Julian Reichman qui surfent les grosses vagues de Nazaré à ses côtés. Ces « co-équipiers » la tirent vers le haut, la poussent toujours plus loin dans le dépassement de soi. Ils se connaissent par cœur, se motivent et avec eux, elle a l’impression de repousser les limites de son sport.

Limites qui, depuis longtemps, sont dépassées par la surfeuse. Pour preuve, elle vise les qualifications pour les prochains Jeux Olympiques de Tokyo (ndlr. initialement prévus en 2020 et reportés en 2021). Elle ferait ainsi partie de l’équipe française de surf et pourrait, cette fois, montrer ce qu’elle sait faire en shortboard. Justine, qui a été nommée présidente de la commission des athlètes de l’International Surfing Association, prend très au sérieux ces jeux en endossant ce rôle à responsabilités.

« J’ai encore plein de sports à tester et de championnats du monde à gagner »

Crédit photo : Xabi Barreneche

« La fédération a fait un gros travail pour amener le surf aux Jeux pour la première fois, mais maintenant, il faut se battre pour qu’il soit reconnu en tant que sport officiel.
Pour l’instant, il est en démonstration. On sait désormais qu’il sera présent à Paris en 2024. Donc je suis au cœur de ce projet, et c’est passionnant. »

Mais finalement, outre les compétitions et la reconnaissance qu’elles procurent dans le milieu du surf, ce que Justine Dupont pourchasse vraiment, ce sont moins les titres que les plus belles vagues du monde. La tête pleine de projets et de motivation, la jeune surfeuse française aspire à sillonner le monde à la recherche d’un plaisir que seules les étendues d’eau salées lui apportent.

« J’aimerais surfer des tubes à Teahupo’o ou des slabs en Australie, et j’aimerais un jour rider les grosses vagues de Jaws en SUP. »

Puis, de vivre sa passion en suivant un seul mantra :

« Je fais du surf pour cette liberté, ce lien avec la nature, ce dépassement de soi ».

 

Olivia Bergamaschi

Justine Dupont

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