Publié le 26 mars 2019
JO-WILFRIED TSONGA
Crédit photo : © Open Parc

JO-WILFRIED TSONGA

Rencontre avec un champion

Interview

Jo-Wilfried Tsonga est un géant à la frappe de plomb, une montagne à la volonté de fer, mais également un colosse aux pieds d’argile. Alors qu’il a construit sa carrière sur une puissance de feu, le meilleur tennisman français de la décennie sort d’une saison 2018 tronquée par les blessures, perdant ainsi sa place dans les hautes sphères de la hiérarchie mondiale. Pourtant, à 34 ans, il revient humble, serein et déterminé. La force de l’âge, un peu. La force tranquille, surtout.

Au sortir d’une année 2018 morose, pour ne pas dire quasi-blanche, la faute à un corps qui grimace, Jo-Wilfried Tsonga affiche en ce printemps 2019 la couleur de l’espoir et des ambitions. Reverdi par un hiver prometteur, marqué notamment par un titre au tournoi de Montpellier, « Jo » espère avoir mangé son pain noir. Alors que tous les feux semblent au vert, il confie s’être réfugié dans un travail de l’ombre pour retrouver la lumière et affirme avoir fait fonctionner sa matière grise à défaut de son corps endolori pour progresser et reprendre le fil rouge de sa carrière. L’Open Parc de Lyon de juin prochain dans le viseur. Car c’est bien connu, « Jo » ne s’exprime jamais aussi bien que lorsqu’il s’agit de porter haut l’étendard tricolore, à la maison, sur les courts de l’Hexagone.

Partie 1 - J’ai faim de tennis !

Comment se passe ton retour sur les courts après une saison 2018 placée sous le signe de la frustration ?

Je suis assez content de mon début de saison, au sens où je ne m’attendais pas forcément à revenir aussi vite en termes de niveau de jeu. J’ai commencé par une bonne tournée australienne avant de remporter dans la foulée un titre, en France, à Montpellier. Les tournois de Rotterdam et Marseille furent ensuite plus compliqués car j’étais encore un peu juste physiquement pour un tel enchaînement.

Comment aborde-t-on une nouvelle saison après une longue absence ?

Avec beaucoup de motivation. J’ai faim de tennis ! (Un temps) Après, je suis dans une logique de court-terme. C’est à dire que j’enchaîne les matchs sans trop me projeter, pour prendre des points au classement ATP et retrouver mes repères. Pour l’instant, je suis en phase avec le plan de route fixé, avec les temps de passages envisagés. J’ai imaginé mon année comme un chemin au bord duquel je coche de petites cases au fur et à mesure des objectifs remplis. Disons que je suis plutôt satisfait à l’heure de conclure le premier chapitre de cette saison et très impatient d’ouvrir le deuxième.

Qu’est-ce que tu ressens au moment de marquer la balle de match qui t’offre le titre à Montpellier, en février ?

Beaucoup de choses défilent dans ma tête à ce moment là, les émotions se bousculent... Je repense à tous ces instants passés à douter, lors de ma rééducation. À me demander si je retrouverais un jour mes sensations. Mais je revois aussi tous ces bons moments partagés avec mon équipe, à se dire qu’on allait le faire, qu’on allait réussir à revenir. Ce trophée est arrivé relativement tôt dans la saison mais ce fût une aubaine pour refermer la parenthèse de l’année passée, et pouvoir avancer.

J’ai trouvé les réponses assez facilement. Elles venaient du bide, du plus profond de moi.

Est-il possible de mettre à profit une année blanche pour progresser ? C’est-à-dire travailler d’autres aspects de la performance malgré le fait que l’on ne puisse s’entraîner ?

Oui, je pense ! Du moins, pour ma part, c’est vraiment ce que j’ai essayé de faire... Au début, je me suis posé des questions : « Est-ce que je continue ? Est-ce que j’arrête ? » Finalement, j’ai trouvé les réponses assez facilement. Elles venaient du bide, du plus profond de moi : j’avais encore faim, j’étais encore animé par cet esprit de compétition, cette envie de progresser... Le fait de m’arrêter m’a permis de prendre du recul, d’identifier les différents leviers que je pouvais activer pour devenir un meilleur joueur et continuer mon évolution. À partir de là, je me suis mis au boulot !

Et justement, quels sont ces aspects extra-tennis sur lesquels tu t’es appliqué ?

En fait, on ne se rend pas forcément compte de l’importance de tous ces petits détails extérieurs, mais qui sont finalement primordiaux pour s’améliorer. Les à-côtés font partie intégrante du jeu. Dans cette optique, je travaille depuis l’année dernière avec un préparateur mental. Je tâche vraiment d’être le plus précis et le plus consciencieux possible dans tout ce qui touche à « l’extra-tennis », que ce soit en termes de nutrition, de récupération ou dans la gestion de mon calendrier.

Si tu n’évolues pas, tu stagnes... Et un joueur qui stagne, c’est un joueur qui recule !

Revient-on comme un joueur différent sur le circuit ATP après une si longue absence, même lorsque l’on a pour soi l’expérience de plus de 10 ans au plus haut niveau ?

Forcément ! Et c’est factuel, puisque le classement est différent. J’étais installé depuis longtemps dans le top 15 et en quelques mois, je me suis retrouvé au-delà du 250ème rang mondial. Certes, le classement n’est qu’un chiffre mais il a un impact direct et non-négligeable sur la compétition,  désormais, je ne bénéficie plus de ce statut de top player qui me permettait d’être relativement « protégé » jusqu’à un certain stade des tournois. Maintenant, je peux affronter les meilleurs joueurs du monde dès les premiers tours... Dans ces conditions, il est plus compliqué d’atteindre le dernier carré, de prendre beaucoup de points d’un coup. Il faut donc aller au charbon, enchaîner les matchs, affronter la réalité du terrain.

T’es-tu fixé des objectifs pour la saison 2019 ?

L’objectif premier est clair : retrouver un classement correct ! Mais pour cela, il faut s’agencer un calendrier adéquat. Je ne peux plus me réserver pour le Grand Chelem et les Masters 1000, où je suis désormais susceptible d’être confronté très rapidement aux favoris. Mon objectif est donc de multiplier les rencontres, récupérer des points et remonter petit à petit dans la hiérarchie.

Si on suit cette logique, qu’est-ce que serait pour toi une saison 2019 réussie ?

(Sans hésitation) Retrouver un statut de tête de série dans les tournois du Grand Chelem. Autrement dit : intégrer le top 30 mondial. À la vue du rang auquel je suis tombé pendant mon absence, ce serait un beau petit saut au classement !

Pour se faire, as-tu la volonté de faire évoluer ton jeu, de travailler sur des points spécifiques qui auraient pu conduire justement à ton indisponibilité ?

(Piqué au vif) Mon jeu va évoluer oui, mais au quotidien, comme depuis toujours ! Il ne faut pas se leurrer, tous les joueurs sur le circuit évoluent en permanence, tentent de nouvelles choses, sinon tu n’évolues pas, tu stagnes... Et un joueur qui stagne, c’est un joueur qui recule ! Après, le problème c’est que quand Novak Djokovic évoque son régime sans-gluten ou une nouvelle prise de raquette au service, on a l’impression qu’il a trouvé le petit détail miraculeux. Malheureusement, ce n’est pas comme cela que ça se passe, il n’y a pas de recette magique.

C’est donc plus une évolution globale ?

C’est ça. Même lorsqu’on travaille un point précis, on n’oublie pas de s’appliquer sur les autres coups... Si je veux progresser en revers, je ne vais pas m’empêcher de perfectionner mon coup droit en même temps. Ce que je veux faire comprendre, c’est que l’évolution est globale. Et surtout, que ces changements s’inscrivent sur le long terme, qu’ils deviennent visibles après plusieurs semaines, voire parfois plusieurs mois. Après, si tu veux des exemples précis, j’essaye actuellement de descendre mes mains sur mon manche en revers, de monter mon coude un peu plus haut au service et de prendre la balle encore plus tôt à la volée… (Un temps) Je fais évoluer mon jeu, mais sans le révolutionner.

Le tennis, c’est un sport dans lequel j’ai mis toute ma vie…

Partie 2 - Les tournois sont la vitrine de notre discipline

Tu es ambassadeur de l’Open Parc de Lyon. Qu’est-ce que ce rôle signifie et implique pour toi ?

Pour moi, il s’agit d’abord d’un enjeu de transmission. Au sens où ce n’est pas magique : les tournois ne subsistent pas sans que des gens s’investissent, des passionnés convaincus par le fait qu’il est important d’avoir des compétitions de haut niveau en France. Si on veut offrir du beau tennis au grand public, partout en France, il faut que chacun, dans la mesure du possible, s’implique et fasse le nécessaire pour que ces tournois existent.

Au-delà d’un tournoi, ce parrainage s’inscrit donc dans une vraie démarche de transmission ? La volonté de démocratiser encore plus le tennis ?

Oui. Le tennis, c’est un sport qui me tient à coeur. C’est un sport dans lequel j’ai mis toute ma vie... Il véhicule des valeurs que je trouve magnifiques.

Quelles sont ces valeurs ?

L’investissement personnel, d’abord. Sur le court, on est seul, face à soi-même. Or, être capable de s’investir pleinement, c’est selon moi crucial pour se réaliser en tant qu’individu lorsqu’on est jeune. Il y a ensuite une notion de discipline. Tu dois te dépasser, mais dans un cadre régit par des règles plus grandes que toi, auxquelles tu dois te soumettre. L’humilité, aussi ! La remise en question est perpétuelle. On enchaîne les tournois. Moi, par exemple, le dimanche je remportais le tournoi de Montpellier mais quelques jours après je m’inclinais à Rotterdam. Enfin, le vivre-ensemble. Pendant le match, j’affronte un adversaire, pourtant, après la partie, nous partageons le même vestiaire... Il y a énormément de respect entre les joueurs.

Être ambassadeur de l’Open Parc de Lyon c’est donc contribuer au rayonnement de ces valeurs ?

Exactement. Je me répète, mais c’est un sport magnifique. C’est donc ma façon de contribuer à sa promotion. Les tournois sont la vitrine de notre discipline, il faut donc qu’ils perdurent en France.

Tu as remporté la 1ère édition de l’Open Parc de Lyon. Cette victoire restera-t-elle comme un moment à part dans ta carrière ?

Pour moi, cette victoire restera un souvenir unique, à part. Elle représente mon premier titre sur terre battue. De ce fait, à Lyon, j’ai coché une petite case dans mon palmarès. D’autant plus que ce trophée est venu ponctuer une semaine de rêve ! Un court niché en plein milieu du Parc de la Tête d’Or, une ferveur incroyable, un court à guichets fermés... J’ai joué chaque match devant un stade plein, acquis à ma cause. Pendant la finale, je me suis senti porté par le public. L’ambiance était magique !

Qu’est ce qui fait selon toi l’attractivité de ce tournoi?  Quelles sont les singularités qui pourraient lui permettre de se construire un avenir radieux dans le panorama tennistique mondial ?

L’argument numéro 1 de l’Open Parc de Lyon, c’est qu’il se déroule sur terre battue. Mis à part le Grand Chelem, en France, c’est la seule compétition de ce niveau qui se joue sur cette surface. Ensuite, il a lieu juste avant Roland Garros, à un moment où le pays tout entier s’intéresse de près ou de loin au tennis, passionnés ou simples curieux. C’est une super période car on sent l’engouement populaire monter.

Cette 3ème édition constituera une préparation idéale pour Roland Garros, la semaine suivante ?

(Un temps de réflexion) Je suis dans une période de reconstruction, par conséquent, j’essaye de ne pas trop me projeter. Si je fais une bonne quinzaine Porte d’Auteuil mais que le reste de la saison est mitigé, je ne serai pas satisfait ! Par contre, il est certain que ce tournoi est idéal en vue de Roland Garros. En témoigne le palmarès : Dominic Thiem qui gagne à Lyon l’année dernière va ensuite en finale à Paris... C’est un tournoi de très haut niveau qui n’a pas à rougir de la qualité de son plateau. Il va grandir, c’est indéniable. Il a tous les ingrédients pour !

Dernière question. Tu es un joueur qui a construit une partie de ses succès sur cette capacité à se transcender lorsque tu joues pour ton pays ou sur le court d’un tournoi hexagonal. Tu ressens ce petit supplément d’âme à Lyon ?

C’est vrai que dans ma carrière, j’ai toujours très bien joué sur le sol français. Pourquoi ? Certainement parce que je ressens ce petit truc en plus, cette pression positive... En France, le public a toujours été extrêmement bienveillant à mon égard, il a envie de me voir gagner, il me pousse. C’est une source de motivation très puissante puisque la moindre des choses, c’est de lui rendre ce soutien, de l’honorer en mouillant le maillot. Or généralement, quand tu mouilles le maillot, que tu vas encore plus loin dans tes retranchements, il se passe des choses sympas…

C’est un tournoi de très haut niveau qui n’a pas à rougir de la qualité de son plateau. Il va grandir, c’est indéniable. Il a tous les ingrédients pour !

Interview : Baptiste Chassagne

Jo-Wilfried Tsonga

Mathieu Crepel

Les évènements associés

u
Vous voulez des cookies ?

Ce site utilise des cookies pour garantir la meilleure expérience de navigation.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales

Paramétrage de mes cookies

Au-delà des cookies de fonctionnement qui permettent de garantir les fonctionnalités importantes du site, vous pouvez activer ou désactiver la catégorie de cookies suivante. Ces réglages ne seront valables que sur le navigateur que vous utilisez actuellement.
1. Statistiques
Ces cookies permettent d'établir des statistiques de fréquentation de notre site. Les désactiver nous empêche de suivre et d'améliorer la qualité de nos services.
2. Personnalisation
Ces cookies permettent d'analyser votre navigation sur le site pour personnaliser nos offres et services sur notre site ou via des messages que nous vous envoyons.