Publié le 26 mars 2019
Itinéraire d'un mordu du bitume
Crédit photo : Romain Bessière

Itinéraire d'un mordu du bitume

20 000 KILOMÈTRES AUTOUR DU MONDE EN LONGBOARD

Carnet de Voyage

Découvrez l’histoire d’une performance, d’un challenge qui a débuté sur un coup de tête et qui est peu à peu devenu une bouffée d’air dont il ne pourrait plus jamais se passer. Entre 2004 et 2018, Romain Bessière alias ‘Globe Skater’ a roulé sur les 5 continents avec son fidèle longboard. 20 000 km de bitume chaotique et de routes escarpées pour vivre sa passion du skate et poursuivre à chaque voyage son parcours initiatique débuté il y a 14 ans, en Normandie.

Le skate comme vocation

Tout commence par un reportage vu à la télé, alors que Romain n’était encore qu’un gamin. Des skateurs s’attaquent à une rampe juste pour le plaisir de rider, l’enfant est subjugué. Ses parents voient d’un mauvais œil cette nouvelle lubie qu’ils jugent dangereuse, mais face à l’insistance du garçon, lui offrent quand même son premier skateboard. Il ne peut pas vraiment expliquer d’où lui vient cet attrait pour ce sport alternatif, cette discipline underground à l’époque. En 1995, deuxième révélation avec les X-Games et les courses complètement décadentes de Longskate et de Street-luge, où des athlètes se lançent à des vitesses vertigineuses sur des pentes inhospitalières, risquant à chaque seconde la chute fatale. Quelques années plus tard, au lycée, Romain s’achète son premier longboard, persuadé qu’il partagera un jour quelques ‘grinds’ avec les pros de la vidéo qui l’avaient tant fait rêver. L’obsession ne faiblit pas avec les années, au contraire. À 17 ans, il se lance un défi, un premier Road-trip test entre la station de Chamrousse et la ville d’Annecy. L’élite du skate de descente est sceptique mais la marque championne du monde à l’époque SC8, elle, voit le potentiel d’une telle initiative et le prend sous son aile. Pari réussi pour le jeune longboardeur qui en profite pour identifier les difficultés et épreuves d’une telle aventure, mais découvre également l’hospitalité et la curiosité amusée de ceux qu’il croise sur sa route.

C’est en 2005 que le skateur normand entame son premier grand voyage sur roues en partant en Espagne. Il voulait réaliser un tour de force et le réussit avec pas moins de 1260 km en 16 jours…Là encore il découvre un moyen d’affiner sa technique de baroudeur du bitume en se questionnant sur la rapidité de ce trip, ‘après coup je me suis fait la réflexion que je n’avais pas pris assez de temps pour réellement visiter et partager avec les locaux.’

Depuis lors, les vacances de ce prothésiste dentaire de 32 ans deviennent l’occasion de parcourir une nouvelle destination selon ses envies et son inspiration.

À 17 ans, il se lance un défi, un premier Road-trip entre la station de Chamrousse et la ville d’Annecy.

L'aventure comme mode de vie

Romain ne peut plus revenir en arrière désormais, il est accro. Accro aux kilomètres parcourus, à la beauté d’autres paysages, à la rencontre des populations locales, au bonheur de vivre sa passion librement. Au fil des années, il prend le temps sur son skate pour partager avec les habitants des villes et villages qu’il traverse. Il ne prévoit pas son trajet à l’avance, seules ses villes de départ et d’arrivée sont déterminées, le reste se fait au gré du chemin, au hasard de ses rencontres. Romain aime ça, ‘un vrai voyage c’est bien ça pour moi, l’imprévu, la découverte, l’échange. Avoir le temps de se retrouver seul, de s’ennuyer, de s’émerveiller de petites choses’. Et c’est évidemment pour toutes ces raisons qu’il vit seul son séjour sur place. Cela lui permet d’être invité chez l’habitant pour dormir ou manger et d’établir plus facilement un contact humain, sans barrières. Le drôle d’engin qui l’accompagne dans tous ses déplacements éveille toujours la curiosité des gens, certains l’accompagnent même sur plusieurs bornes, amusés par ce qu’ils ont sous les yeux ! D’abord moyen de locomotion, le longboard est aussi devenu peu à peu un moyen de retenir l’attention et d’instaurer une certaine proximité avec les locaux.

Lorsqu’on lui demande quel a été son voyage préféré, il est incapable de le dire. Chaque continent l’a marqué, chaque pays lui a fait ressentir des émotions différentes. ‘Mon meilleur souvenir…Impossible à dire ! Je n’aime pas quantifier les choses ou noter les souvenirs. Un campement imprévu à Glencoe en Écosse entre les sommets de montagnes enneigées et un ciel étoilé, une soirée dans une famille japonaise, ou encore une descente à plus de 75km/h au Sri-Lanka lesté d’un sac de 15kg sur le dos et la montée d’adrénaline qui l’accompagne, je n’avais pas droit à l’erreur…Cette sensation de risque qui rend vivant. En écrivant cela, j’en ai de nouveau des frissons et le sourire aux lèvres. Le vrai, le meilleur souvenir, n’est ce pas cette sensation ?

Un vrai voyage c’est bien ça pour moi, l’imprévu, la découverte, l’échange.

La photographie comme témoignage

Après 27 pays et plus de 20000 km, Romain « prend encore des claques » comme il le dit lui-même. La liberté et le respect de l’autre, omniprésents en Suède, la nature sauvage et la chaleur des habitants d’Irlande, les côtes escarpées de Taïwan, les paysages à couper le souffle d’Ecosse…Il ne pourra jamais tout résumer en quelques mots. C’est pour cela aussi qu’à chacune de ses expéditions, il emmène avec lui un autre fidèle ami, son appareil photo. Les sujets et images à retenir sont innombrables et Romain aime les immortaliser avec son appareil. À chaque voyage c’est 6 kilos de matériel qu’il trimballe sur son dos. Il imprime sur sa pellicule les visages qui lui ont souri, les yeux des enfants émerveillés, la beauté de l’humanité et la richesse de nos différences. Là est toute la poésie de ce parcours, prendre des clichés de ce que la vie met sur son chemin, de ceux qu’ils croisent sur son passage, pour en retirer le meilleur, le transmettre et le partager avec le reste du monde. En ce sens, Romain a l’ambition de mettre ses photos sur papier glacé pour les révéler au public très prochainement dans une exposition photo mais également au travers d’un carnet d’aventures.

Avec des futures destinations comme les Îles Féroé ou l’Éthiopie, berceau du monde, Romain Bessiére continue de vivre son rêve sur sa planche et bien éveillé. L’amour pour ses semblables, la singularité ainsi que la richesse de sa démarche font de cette aventure une belle leçon de vie et nous prouvent que l’on peut vivre ses passions si l’on s’en donne les moyens. ‘Il faut apprendre à décevoir ses proches car on ne vit pas pour eux. Aimer ‘rater’ sa vie en vivant ses propres rêves, c’est ça réussir quelque part.

Il imprime sur sa pellicule les visages qui lui ont souri, la beauté de l’humanité et la richesse de nos différences.

 

 

Texte : Olivia Bergamaschi
Photos : Romain Bessière

 

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