Publié le 11 janvier 2019

Green Book

Road-movie initiatique et humaniste

Cinéma

Sur fond de ségrégation raciale, Green Book retrace le périple de Don Shirley, un pianiste afro-américain de renommée mondiale et de son chauffeur, Tony Lip, sur les routes américaines au début des années 60. L’histoire est inspirée de faits réels et basée sur un guide-référence à cette époque, le Negro Motorist Green Book qui permettait aux voyageurs africains-américains de se déplacer sûrement dans le pays. 

Le réalisateur Peter Farrelly, habitué aux comédies, signe ici un road-movie empreint de sincérité sans toutefois tomber dans les clichés du genre. Un voyage avec deux personnages que tout oppose et le portrait d’une amitié naturelle qui se crée, dans une époque essayant de s’affranchir de ses préjugés. 

En 1936, un postier militant de Harlem, Victor H. Green, décide de s’atteler à la rédaction d’un guide aidant les Afro-Américains à voyager dans leur pays de façon sûre et confortable. Son « Negro Motorist Green Book » listait des endroits où les gens de couleur étaient les bienvenus, à une époque où les lois ségrégationnistes et les risques de violences racistes compliquaient leurs pérégrinations nationales. Le manuel répertoriait des commerces et autres points d’intérêts. Pendant quasiment trois décennies, les voyageurs pouvaient le commander auprès de l’auteur. C’est de cet ouvrage et d’une des rencontres qu’il a engendré que Peter Farrelly s’est inspiré pour son film.

À l’image du contexte de l’époque, la rencontre entre les deux protagonistes principaux est houleuse. C’est celle de Tony Lip, brute aux origines italiennes vivant depuis toujours dans le Bronx à la diction familière, et d’un roi du piano, Don Shirley, génie musical afro-américain, au comportement précieux. Le sujet de fond pourrait paraître lourd à adapter sur grand écran, pourtant le réalisateur intègre une touche d’humour avec une confrontation brutale entre deux egos, offrant ainsi son lot de décalages savoureux et hilarants à l’histoire dramatique. 

Ce qui est intéressant avec « Green Book », c’est le jeu avec les stéréotypes, semblant les invoquer tout en les contredisant sans cesse. On sort du cliché du Noir issu des classes populaires et sans avenir, et du Blanc instruit qui le prend sous son aile, pour inverser les rôles et, d’emblée, s’affranchir de ce schéma bien trop souvent utilisé. Pour les deux hommes, la route est celle de la prise de conscience, où chaque arrêt se retrouvera porteur d’une nouvelle leçon. 

Peter Farrelly change de registre

Si Peter Farrelly est mondialement connu pour ses débordements comiques co-réalisés avec son frère Bobby (Dumb & Dumber, Mary à tout prix, Fou(s) d’Irène). Le duo Farrelly, à la fois réalisateur, scénariste et producteur de ses films, rencontre vite le succès en imposant sa marque de fabrique : un humour potache, volontiers provocateur et vulgaire, qui puise partiellement sa force dans les faiblesses de chacun.

C’est ici la première fois qu’il se risque à la réalisation en solo au cinéma. Il est assez étonnant de le voir livrer un film exempt de gags et de situations outrancières et plutôt se concentrer sur une histoire vraie suffisamment forte et émouvante pour se passer de tout effet appuyé. Après 30 ans de carrière et pas moins de 23 films, Peter Farrelly sort de sa zone de confort. Le réalisateur met en scène une histoire biographique avec en toile de fond un contexte historique où jugements et racisme ont la peau dure. Heureusement, étincelle au milieu de la noirceur du monde, l’humanité de deux âmes que tout oppose illuminera le long métrage, grâce notamment à la prestation impeccable de ses acteurs.

Un duo d’acteurs irrésistible

Viggo Mortensen et Mahershala Ali, deux grands acteurs aujourd’hui reconnus, incarnent respectivement le chauffeur et l’artiste. Les deux hommes rivalisent de charisme et de présence dans ce road trip mêlant avec brio éléments comiques et situations dramatiques, imposées par une thématique traitée avec recul et second degré. C’est une histoire touchante qui s’appuie sur la force de l’interprétation de ses comédiens éblouissants de conviction et de sincérité. L’amitié qui naît entre les deux hommes tout au long du film sera ponctuée par de savoureux moments de complicité. 

Le rapprochement entre deux mondes différents devra se heurter à toute une montagne de préjugés, véhiculés par la société et l’histoire du pays. Des croyances bien ancrées dans le paysage américain et qui, à cette époque, posaient la question de la position de chacun dans un monde en pleine évolution. Don Shirley a beau être reconnu pour sa musique, riche et magnifiquement vêtu, il n’est plus « un Noir » pour ses confrères, et ne sera jamais « un Blanc » pour ceux qui paient une fortune pour le voir en concert. Malgré le talent ou les contrats juteux, les « amoureux de sa musique » lui refuseront pourtant l’accès à leurs restaurants ou leurs toilettes. Face à lui, un Tony Lip intègre, sans faux semblants ni artifices, peu soucieux des apparences et des statuts de classe.

L’osmose est totale entre Mortensen et Ali. Elle donne au film la crédibilité d’une histoire qui a réellement existée, faisant de ce récit une aventure touchante, quelquefois drôle en dépit des difficultés rencontrées, mais surtout terriblement attachante. Green Book vient tout juste de remporter le prix du public au Toronto International Film Festival, une récompense qui en fait un candidat sérieux pour les Oscars 2019. Le long métrage a également raflé 3 titres lors des Golden Globes, meilleur acteur secondaire, meilleur film musical et meilleur scénario. C’est un « feel good movie » sans aucune mièvrerie, juste le récit d’un parcours qui met le doigt sur l’ignorance et la bêtise qui forgent le racisme ordinaire. Au delà d’une simple histoire, ce biopic véhicule le message que le monde se porterait sûrement mieux si tout le monde pouvait aller au delà des apparences et des idées préconçues pour trouver le vrai sens du mot « humanité ». 

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