Publié le 15 janvier 2020
Gaël Leiblang
Crédit photo : © Véronique Fel

Gaël Leiblang

Uppercut théâtral

Focus

Auteur, réalisateur et producteur de documentaires, Gaël Leiblang a perdu son fils Roman à l’âge de 13 jours. Tu seras un homme papa déroule le journal de bord de ce père meurtri à travers l’allégorie du sport : sur le ring de la vie, il s’entraîne, saute, boxe pour affronter l’épreuve. Il imagine le meilleur pour son bébé et ses autres enfants, malgré le drame qui s’annonce. Un récit bouleversant.

Crédit photo : © Véronique Fel

Vous avez tout noté au jour le jour. Pourquoi ?

Juste après le décès de Roman, j’ai eu la sensation qu’il fallait faire quelque chose. Je ne pouvais pas me résoudre à rester les bras croisés. Je comprends parfaitement que d’autres parents ne fassent rien mais pour moi, c’était vital. Les jours et l’enchaînement des examens sont allés tellement vite que je voulais garder une trace écrite pour plus tard, pouvoir raconter à mes filles – alors âgées de 4 et 7 ans - ce qui c’était passé, comment et dans quel ordre. J’étais déjà soucieux d’avoir une mémoire. À partir de ce récapitulatif, j’ai étendu le travail de manière plus littéraire et au fil du temps, il s’est transformé en pièce de théâtre.

Y-a-t-il des écueils que vous souhaitiez éviter dans l’écriture ou le jeu ?

Le risque était de tomber dans le pathos. Raconter une histoire personnelle liée à un deuil aurait pu être sordide, à côté de la plaque. Finalement, on est resté sur un fil de crête qui nous a permis d’éviter ce risque. La longévité de la pièce démontre, d’une certaine manière, qu’on n’est pas tombé dans cet écueil.

La métaphore du sport a sonné comme une évidence ?

Complètement. Elle s’est imposée tout de suite pour, si je puis dire, slalomer, contourner les épreuves, les prendre de façon moins frontale. D’autre part, le sport est un univers que je connais bien : mon père était journaliste sportif et je l’ai été moi-même pendant longtemps. J’avais la sémantique et la gestuelle me permettant de proposer un spectacle juste, théâtralement parlant. J’ai aussi considéré qu’une telle épreuve avait une dimension physique et mentale qui se rapproche de celle du champion.

Crédit photo : © Véronique Fel

Comment ressentez-vous le fait de vous exposer, vous qui consacrez des documentaires aux autres ?

D’une certaine manière je suis passé de l’autre côté et ça me fait du bien de partager ce spectacle, de le faire vivre, de le faire tourner dans les salles. Cette part d’énergie forte que je donne et que je reçois est très riche. On partage quelque chose de puissant avec le public. Il y a un échange de qualité, très simple et très sain.

Que vous disent les spectateurs ?

Après le spectacle qui dure une heure, on organise souvent un petit bord de scène où on prend le temps de parler. C’est un moment touchant. D’abord car il y a fréquemment des gens qui, comme nous, ont vécu la perte d’un enfant, que ce soit récemment, il y a vingt ans ou trente ans en arrière. Ils viennent me voir et on refait le voyage. J’essaie aussi de parler des associations, de l’hôpital. Car sans le vouloir, le spectacle s’est imposé comme un hommage au personnel soignant. À une époque où l’hôpital est en train de mourir, c’est incroyable de voir la façon dont sont accompagnés les parents et les moyens déployés pour eux. C’est précieux mais bien sûr, on ne s’en rend compte que quand on y est.

AVOIR TOUCHÉ À UNE FRAGILITÉ DE LA VIE REND PLUS FORT ET PLUS FRAGILE EN MÊME TEMPS

Crédit photo : © Véronique Fel

Ce drame a-t-il changé votre vie ?

Je râle toujours autant dans les embouteillages ! Alors en surface, je dirai non mais en profondeur oui, forcément. Cette expérience met un tel coup sur la tête qu’on en sort inévitablement changé. C’est difficile d’exprimer de quelle manière ce changement s’est opéré. Cela m’a permis de faire du théâtre, de me révéler à moi-même. Avoir touché à une fragilité de la vie rend plus fort et plus fragile en même temps. Par la force des choses, cela a agrandi la palette des émotions.

Crédit photo : © Véronique Fel

Tu seras un homme papa est votre premier texte. Un deuxième en projet ?

J’y pense souvent. La scène est un lieu d’une telle intensité qu’elle donne envie de renouveler l’expérience. Pour le moment, mon travail de producteur ne me le permet pas et je continue avec grand plaisir, à jouer ma pièce. Mais dans les années à venir, je me remettrais peut-être à l’écriture...

Et jouer pour d’autres, au théâtre ou au cinéma ?

Ça me plairait bien. Il y a une recherche introspective dans le jeu que je n’avais pas perçue avant. J’ai fait plus d’une centaine de représentations et il y a toujours quelque chose de nouveau à aller chercher : un instant, une sensation, une émotion... c’est une nouvelle expérience qui enrichit à chaque fois.

Propos recueillis par Nathalie Truche.

Gaël Leiblang

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