Publié le 15 septembre 2020

Forever Young. Forever Wild. Forever Free(Ski).

3 générations sur les bancs de l’éternelle école.

Focus

D’une jeunesse éternelle.

À jamais sauvage. Libre pour toujours. Ainsi pourrait se définir la philosophie du Freeski. Cette discipline qui semble avoir déniché la pierre philosophale. Ce sport qui, depuis les années 1990, s’affranchit des règles sans jamais prendre une ride. Cet univers qui, depuis ses premiers virages, glisse à contre-courant, en se réinventant sans cesse, mais sans jamais déroger à ses valeurs fondamentales.

Qu’il soit freestyle ou freeride, le « ski libre » évolue, un peu, mais demeure immuable, beaucoup. Grâce aux grands frères qui conservent leur âme d’enfant, un peu. Et grâce aux minots qui détonnent par leur maturité et leur professionnalisme, beaucoup. Si bien qu’il n’existe ni ancienne ni nouvelle mais une seule et éternelle école.

Pour le prouver, embarquez dans un ride intergénérationnel avec trois figures de la discipline : Enak Gavaggio, Hugo Laugier et Max Palm.

PHOTO DE CLASSE. SUR LES BANCS DE L’ÉTERNELLE ÉCOLE, NOS 3 BONS ÉLÈVES

Enak Gavaggio 44 ans Freeskieur professionnel. Vice-champion du monde de skicross. 7 titres aux X-Games. Co-réalisateur de la websérie à succès Rancho, où il explore l’univers du « ski dans toute sa largeur ».

 

Max Palm

17 ans. Champion d’Europe et Vice-champion du monde du Freeride World Tour Junior 2020. Rider de la Freeski Academy aux Arcs. Diamant brut du ski freeride français.

 

Hugo Laugier

24 ans. Membre de l’équipe de France de ski freestyle pendant 5 ans. Spécialité Slopestyle.  Génie d’Instagram et virtuose de Tik Tok.

PREMIERS VIRAGES

Pouvez-vous, chacun, nous raconter en quoi le freeski est au centre de votre vie ?

Enak : J’ai fait mes gammes en ski alpin, puis, pendant 10 ans, j’ai concilié deux carrières à haut-niveau : en freeride et en skicross. Je revendique cette polyvalence puisque j’ai toujours considéré le ski comme un seul et même sport, un gigantesque univers, où se côtoient différentes spécialités, un peu comme en athlétisme.

Hugo : Je sors de 6 années au sein de l’équipe de France de ski freestyle, où j’étais spécialisé en slopestyle. Cet hiver, suite à une légère lassitude, j’ai lâché la compétition pour me consacrer pleinement à ces projets de film qui me trottent inlassablement dans la tête depuis quelques années. Je suis porté par une véritable volonté de créer, de croiser les disciplines, d’amener toujours plus de ski freestyle dans le ski freeride !

Max : Je suis membre de la Freeski Academy, aux Arcs, une structure qui m’accompagne dans ma démarche de performance vers les plus hauts sommets de mon sport. Je vis et m’entraine exclusivement pour la compétition ! Mon objectif, c’est d’un jour accéder au FWT (Freeride World Tour) et soulever un trophée !

LES PRINCIPALES ÉVOLUTIONS

Quelles sont les principales évolutions entre le freeski d’hier, dans les années 1990, et celui d’aujourd’hui ?

Hugo : Enak me reprendra si je me trompe, mais j’ai l’impression que la principale évolution demeure dans le fait qu’avant, le freeski était plus affaire de spectacle que de compétition… C’était moins codifié, beaucoup plus rock n’roll ! Les X-Games existaient déjà bien évidemment, cependant, il s’agissait plutôt de gros évènements, de fêtes, de prétextes pour se rassembler et rider ensemble.

Enak : Je suis d’accord avec Hugo ! J’y ajouterais trois principales évolutions constatées depuis mes débuts en 1995. La première, c’est le « matos » ! D’un point de vue purement matériel, les skis d’aujourd’hui n’ont absolument rien à voir avec nos lattes de la fin du millénaire passé. Maintenant, on peut skier vite, sauter gros et plaquer la réception ! La deuxième différence, c’est la présence de grands frères. Les petits jeunes bénéficient de conseils alors que nous, on défrichait, on avançait sans point de repère… Enfin, et c’est là pour moi l’évolution majeure, la nouvelle génération s’inscrit dans une démarche de performance. Ce sont de vrais athlètes de haut-niveau alors que nous, nous n’étions que des petits cons qui s’amusaient une fois la poudreuse tombée. En 2020, tu es obligé de claquer de gros résultats en compétition pour acquérir une certaine crédibilité alors qu’avant, tu pouvais te faire un nom grâce à l’image !

Max : Je me retrouve dans ce que dit Enak. Pour ma part, j’axe vraiment tout sur la compétition. J’accorde beaucoup d’importance au résultat ! Je suis trop jeune pour pouvoir y déceler une différence avec les précurseurs mais il est vrai que ce côté très professionnel peut, dans une certaine mesure, édulcorer l’esprit rock initial du freeski.

ESSENCE et VALEURS

Crédit photo : LUKA LEROY

Comment définiriez-vous le freeski ? Qu’est-ce qui compose l’essence même de cette discipline ?

Max : Le freeski porte parfaitement son nom. C’est être libre, totalement libre ! Même en compétition. Car certes, il y a des règles, mais celles-ci définissent un cadre au sein duquel nous avons tout le loisir de nous exprimer. Un peu comme un peintre qui laisserait vagabonder  sa sensibilité sur une toile blanche, sauf qu’en guise de pinceaux, nous, nous avons nos skis !

 

Hugo : Pour moi, il s’agit de passer là où tu veux, comme tu veux, comme tu peux ! Jouer avec le terrain en laissant parler ta créativité. C’est aussi une manière de s’éprouver soi-même, puisqu’en l’absence de véritable règle, c’est toi qui te fixe les objectifs que tu souhaites atteindre, les challenges qui te font vibrer : sauter telle barre rocheuse, rentrer telle figure…

 

Enak : Le freeski, c’est une culture à part, qui se rapproche assez fortement de l’école du snowboard dans ses codes. La valeur socle, au-delà de la liberté, c’est la créativité ! Sur une face, certains athlètes peuvent effectivement prendre la même ligne, mais aucun ne l’exécutera de la même manière. Là réside l’essence même du freeski, adosser une véritable dimension artistique, une recherche du beau, à la simple performance sportive.

LA CULTURE FREESKI

D’une certaine façon, le freeski est né pour s’affranchir des carcans assez rigides du ski alpin. En se structurant ainsi, avec les différents systèmes actuels de compétition, ne s’éloigne-t-on pas de cette quête initiale de liberté ?

Enak : Je ne suis pas du tout en phase avec cette opposition ! C’est une erreur assez largement commise que de confronter les velléités libertaires du freeski au supposé rigorisme du ski alpin. Emile Allais, l’un des plus éminents champions que la piste ait connue, avait pour habitude de défier ses potes en improvisant des courses où il fallait couper à travers champs et emprunter l’itinéraire le plus court possible pour rejoindre le restaurant situé au pied de la station. Réciproquement, la majorité, pour ne pas dire la totalité, des meilleurs freeskieurs mondiaux ont une excellente base technique, acquise entre les piquets.

Hugo : Je rejoins Enak sur la popularité de cette opposition qui n’a pas forcément lieu d’être ! Néanmoins, le fait que le freeski se structure ainsi m’apparait à double tranchant. D’un côté, cela s’inscrit dans un processus assez naturel de développement du sport, qui gagne forcément en légitimité et en notoriété avec une entrée aux Jeux Olympiques par exemple… Par contre, il est vrai qu’on peut y perdre un peu de cette culture underground, de ce côté un peu core propre au freeski. Le dilemme est d’ailleurs assez similaire à celui connu actuellement par nos amis du skate !

Max : Pour ma part, je suis né avec cette structure. J’ai construit mes rêves en regardant le FWT. Forcément, je suis animé par cet amour de la belle ligne, cette dimension esthétique, évoqués par Enak et Hugo. Mais si je suis totalement honnête, ce qui me fait vibrer, c’est la perspective d’un jour gagner des titres. Je trouve cela génial qu’une structure nous permette de nous confronter aux meilleurs internationaux. Cela tire notre sport vers le haut, cela nous oblige à ne jamais nous reposer sur nos lauriers. Et selon moi, ce n’est pas incompatible avec les valeurs originelles de la discipline dans la mesure où les grands frères sont là pour nous montrer la voie à suivre et nous rappeler où se trouve le droit chemin (sourire) !

Le niveau

Le niveau a-t-il augmenté ? Le cas échéant, selon quels critères objectifs ? Qu’est ce qui a changé d’un point de vue purement sportif, en termes de physique et de technique ?

Max : Je regarde beaucoup de vidéos pour enrichir ma culture ski et m’inspirer. De ce que j’ai pu constater, il est clair que le sport a évolué. Mais en même temps, nous, les petits frères, on a tout à disposition pour progresser ! Avant, sur le Bec des Rosses, la face mythique de Verbier où se déroule chaque année la finale du FWT, les anciens sautaient les barres rocheuses en restant droits, sans tenter de figure. Ils recherchaient la vitesse, la puissance et l’efficacité, comme si l’objectif était d’arriver en bas le plus rapidement possible. A contrario, aujourd’hui, ce sont plutôt les runs originaux et les transferts audacieux qui sont valorisés.
 

Enak : Max a raison ! Et cette évolution est à mettre en lien avec les moyens qui sont mis à la disposition des riders de sa génération. Max, à 6 ans, il avait un trampoline dans son jardin. À la différence, nous, on a attendu nos 22 ans pour s’entrainer dessus, et on devait faire l’aller-retour jusqu’à Grenoble pour la moindre session ! Désormais, ce ne sont plus seulement des freeskieurs, ce sont de véritables athlètes… Que dis-je des machines (sourire) ! Un exemple parmi d’autres : j’adore ce que déploie Léo Slemett. Il communique beaucoup sur sa préparation physique et selon moi, montrer ainsi tout le travail de l’ombre nécessaire pour s’immiscer à la table presque inaccessible des meilleurs mondiaux, c’est donner de la crédibilité à notre sport.Hugo : Je suis en phase avec cette forte progression d’un point de vue physique. L’exigence ne fait qu’augmenter. Je l’ai vécu pleinement en tant qu’athlète de la fédération française, pendant près de 6 années. Le seul bémol, selon moi, c’est la surenchère technique ! Maintenant, les gars font 5 tours sur eux-mêmes et 4 la tête en bas, mais sans véritable grâce ou fluidité. Il y a parfois un déséquilibre puisque l’on a tendance à valoriser la technique au détriment de l’élégance. Certains sont impressionnants quand d’autres sont beaux à voir. Et bien moi, je préfère les seconds ! 

Enak : Je vais me permettre de compléter pour une fois qu’Hugo propose une réflexion intéressante (sourire complice) ! Cette dérive est surtout présente dans le freestyle, embarqué dans une quête de performance physique et de prouesse technique. En freeride, on laisse encore une place à la singularité. Il est toujours important d’avoir ce style, ce que l’on appelle « l’attitude » ! Nous n’avons pas oublié l’esthétique !

LES RÉSEAUX SOCIAUX

Quel impact les réseaux sociaux ont eu sur votre discipline ?

Hugo : Je considère que les réseaux sociaux ont eu un impact ultra-positif sur le freeski car ils l’ont justement ramené vers sa logique esthétique initiale ! Ils permettent d’exprimer sa créativité, de créer du beau, en s’affranchissant du cadre plus rigide établi par la compétition. J’en suis également assez friand pour la proximité qu’ils génèrent. On en revient à l’essence même de notre sport : le partage, s’éclater entre potes, profiter de l’émulation collective pour se challenger, se dépasser… Le seul écueil selon moi, c’est que l’on sous-estime le travail que sous-entend la construction puis la gestion de son image sur les réseaux sociaux. Créer du contenu original et de qualité, c’est beaucoup d’investissement. Certains trucs paraissent faciles, presque innés, alors qu’en réalité, la partie immergée de l’iceberg est énorme. Entre la maturation de l’idée, le tournage, le montage, la diffusion… Savoir communiquer, c’est un talent, un talent qui se construit, comme en sport !

Enak : Selon moi également, l’impact est positif. Mais pour un tout autre aspect : la possibilité de créer au quotidien, l’opportunité de déployer sa créativité tous les jours. En 1995, à mes débuts, nous avions seulement 2 ou 3 jours de shooting calés avec un photographe durant l’hiver. Il fallait donc faire coïncider un pic de forme avec ces dates-clés. Le Jour J, tu avais l’obligation d’être bon, tu te devais d’être beau, et faire preuve d’un gros niveau d’engagement ! Désormais, avec les smartphones, c’est la fiesta tous les jours ! S’il tombe 80 centimètres de fraîche pendant la nuit, le lendemain matin à l’aube tu es sur le ski à envoyer du gros, pour capter des images qui te permettront de communiquer et satisfaire tes partenaires.

Max : J’adore les réseaux sociaux ! Ça aussi, je suis né avec ! Je les considère surtout comme une inépuisable source d’inspiration et un moyen de faire des rencontres. Cela m’arrive régulièrement de solliciter des potes pour aller rider car je viens de voir passer une vidéo qui m’indique qu’ils sont dans le coin…

C’est quoi selon vous du bon contenu « freeski » sur les réseaux sociaux ?

Enak : Je vais te donner la recette magique, celle qui fonctionne à tous les coups : il faut être authentique ! Si tu essayes de montrer ce que tu n’es pas, il est impossible que cela fonctionne. Cela se voit directement que tu tentes de jouer un rôle qui n’est pas le tien.

Hugo : Moi, ce qui me plait, c’est de voir quelque chose de nouveau, de différent, qui sort de l’ordinaire. Peu m’importe le format, ce qui m’importe c’est l’originalité, la créativité !

Max : J’approuve totalement la préférence d’Hugo. J’y ajouterais que j’adore pour ma part les vidéos qui incorporent une petite dose d’humour, car notre sport, c’est avant tout du fun…

Les réseaux sociaux ont-ils également eu, dans une certaine mesure, un impact négatif sur le freeski ?

Hugo : A priori, il y a quand même beaucoup plus de positif que de négatif. À la limite, le seul effet délétère, c’est la prise de risque inconsidérée à laquelle cela peut conduire. À force de surenchère, pour faire plus de buzz, tu tentes de plus en plus gros, et forcément, à un moment, tu te mets en danger…

Enak : Je suis d’accord ! À un détail près ! En effet, on jette souvent la pierre aux marques dans cette escalade au sensationnalisme alors qu’en réalité, elles sont beaucoup plus intelligentes et pondérées que cela… Au contraire, les marques ont tendance à filtrer le contenu produit par leurs athlètes pour ne pas choquer leur public ou les inciter à une quelconque prise de risque. Si demain Max tente la photo du siècle en risquant sa vie, en plaquant un saut de barre rocheuse de 30 m de haut, le tout par une météo capricieuse avec une réception sur une langue de neige glacée entre deux cailloux bien pointus, tu peux être sûr que ses sponsors vont lui taper fort sur les doigts !

Le 7ème art

Le freeski s’est popularisé grâce à l’image, et notamment les films. Ont-ils toujours la même aura à l’heure des réseaux sociaux ? Qu’est-ce qu’un film permet au contraire des vidéos sur les réseaux sociaux ?

Enak : Finaliser un projet de film, c’est avant tout une immense satisfaction personnelle ! C’est une aventure de fou ! Une magnifique expérience humaine, faite de hauts et de bas, de surprises, d’imprévus, de galères, de moments inoubliables… C’est une prise de position très forte que tu as maturé sur le long terme. C’est enfin une vraie démarche puisqu’il s’agit de concilier l’artistique et le sportif ! Un bon film de freeski, c’est un scénario original, un message authentique, une signature esthétique, un style à part mais également de la performance technique, car on ne va pas se cacher qu’il faut envoyer du gros pour scotcher tout le monde à son siège.

Hugo : Les projets cinématographiques, c’est ce qui m’a poussé à mettre en parenthèse ma carrière à haut-niveau pour pouvoir pleinement m’y consacrer. Pourquoi ? Car au même titre qu’une médaille olympique, ils portent en eux cette éternité. Ils sont immuables, ils résistent au temps qui passe. C’est en ce sens qu’ils diffèrent du contenu propre aux réseaux sociaux : ils ne s’inscrivent pas dans la même temporalité ! Un film, c’est exiger du temps à celui qui le produit mais également à celui qui le regarde…

Max : Je sais bien que je suis encore très jeune pour émettre ce souhait mais l’un de mes rêves consiste bien sûr à réaliser un film… C’est selon moi point de passage obligatoire dans la carrière d’un athlète accompli ! Un jour, une fois que j’aurai accompli mes objectifs en compétition, je m’y attèlerai !

 

BAPTISTE CHASSAGNE

LES RECETTES DE GRAND-MÈRE
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