Publié le 15 septembre 2019

Félix Lambey

Au pays du rugby vit un chat qui danse avec le LOU

Rugby, Interview

À 25 ans, Félix Lambey, colosse à la poigne de fer et aux mains de velours, s’impose comme l’une des figures montantes du jeu à XV. Rusé comme le renard, fauve sur ses appuis et doté de l’œil du tigre, l’international français déploie sur le terrain une grâce féline que son double-mètre et ses 106 kilos laissent difficilement soupçonner. Promu capitaine d’une équipe ambitieuse devenue l’une des places fortes du rugby français, il rêve maintenant de voir son club de coeur se payer la part du Lyon. Dans une ville où l’Ovalie raffute désormais sérieusement l’hégémonie du sport-Roi, son cousin le ballon rond. 

JE CROIS AU CONCEPT DE PERFECTIBILITÉ. CE PRINCIPE SELON LEQUEL ON PEUT TOUJOURS PROGRESSER

Un chat retombe toujours sur ses pattes. Felix en est la preuve vivante. Dix jours après avoir appris faire partie des deux joueurs qui ne monteraient finalement pas dans l’avion conduisant le XV de France au Japon, pour la Coupe du Monde de rugby, le deuxième-ligne est debout, solide sur ses appuis. D’abord plaqué par la déception, dépité de ne pas fouler les pelouses du Soleil-levant, le joueur a ravalé son amertume. Il s’est relevé. Comme pour mieux regarder au loin. Comme pour mieux se projeter avec rage et ambition sur la saison de Top 14 qui se profile, portant fièrement le maillot du LOU, sur ses larges épaules. Évincé aux portes de la grande finale nationale lors des deux années précédentes, le club lyonnais veut voir plus haut et décrocher le Graal : le fameux Bouclier de Brennus récompensant l’équipe championne de France. Pour se faire, le LOU, appétit carnassier, compte s’appuyer sur ce qui fait sa force : une philosophie de jeu résolument offensive. Préférant le mouvement à l’affrontement et l’intervalle au choc frontal, le jurassien d’origine est l’âme et le fer de lance d’une équipe adepte d’un rugby instinctif et flamboyant. Rencontre avec le capitaine indompté d’une équipe indomptable. Comme Felix. Comme le Chat.

POIDS PLUME, CHAUVINISME & « BEAU RUGBY »

À 25 ans, tu t’imposes aujourd’hui comme l’un des visages de la relève du rugby tricolore. Certains ont été plus précoces. Comment expliques-tu cette maturation tardive ?

Disons que j’ai pris mon temps. Ma trajectoire n’est pas aussi linéaire que certains autres joueurs dont la voie était toute tracée. J’ai débuté le rugby à 5 ans, en voulant imiter mon grand-frère, dans une région, le Jura, pas nécessairement réputée pour être une terre d’Ovalie. Ce sport m’a passionné dès mes premiers plaquages, pourtant lorsque j’étais petit, il était impossible de me prédire un avenir professionnel. Je n’ai jamais été le meilleur joueur de l’équipe, la star qui gagne le match à lui tout seul. J’étais plus besogneux que talentueux. Par contre, j’ai toujours beaucoup travaillé. Ce qui m’a souri puisque j’ai passé les étapes les unes après les autres, même ric-rac. J’ai pris quelques chemins de traverse mais à chaque fois j’ai su élever mon niveau. 

Quand le déclic a-t-il eu lieu ? L’instant précis où tu te dis que tu as peut-être le potentiel pour devenir le joueur que tu rêves d’être ? 

Je ne serais jamais le joueur que je rêve devenir, car je crois au concept de perfectibilité. Ce principe selon lequel on peut toujours progresser. D’autant plus que pour ma part, même si j’ai toujours travaillé pour, je n’ai cru qu’assez tardivement en ma capacité à devenir professionnel, lorsque je rejoins le LOU chez les Espoirs, en 2012, à 18 ans. Même à ce moment-là, rien n’était joué, j’avançais en demi-teinte. En 2015, je suis prêté à Béziers, en Pro D2. J’effectue une saison pleine, constante. Cette année-là, j’ai vraiment passé un cap et prouvé aux yeux de pas mal de monde que j’avais le niveau pour me faire une place en Top 14. 

Avant cette saison charnière, tu ressentais des doutes et quelques regards perplexes quant à ta capacité à percer au plus haut-niveau ? 

Oui ! Les connaisseurs ont toujours eu un petit a priori à mon égard puisque j’ai un physique un peu atypique pour mon poste de deuxième-ligne. Malgré mon mètre 96 et mes 105 kilos, je ne fais pas partie des plus grands et peux être considéré comme léger. Je n’ai pas un morphotype qui attire l’œil. Par conséquent, j’ai constamment dû faire mes preuves sur le terrain pour que l’on me juge à ma juste valeur.  

BRENNUS, CAP & PLANISPHÈRE

J’AI PRIS QUELQUES CHEMINS DE TRAVERSE MAIS À CHAQUE FOIS J’AI SU ÉLEVER MON NIVEAU.

Ce physique atypique t’a justement permis de développer des qualités assez singulières pour un deuxième-ligne… 

Cela m’a permis ou cela m’a obligé à développer d’autres qualités oui ! Cela dépend le point de vue selon lequel on se place (sourire). 

Dans l’imaginaire collectif, le rugby est un sport de contact, de chocs parfois extrêmement violents. Toi, au contraire, tu mises sur des qualités d’évitement… 

En effet, j’ai toujours privilégié la passe, les intervalles. Ce n’est pas forcément moi qui vais faire avancer l’équipe directement, cependant, je vais mettre mes coéquipiers dans les meilleures dispositions pour que, eux puissent faire la différence. Vous connaissez l’adage non ? Les qualités de mes défauts et les défauts de mes qualités ! C’est exactement ça... Étant plutôt léger, je bénéfice d’une bonne capacité de déplacement, d’une grosse activité, notamment en défense. Ce que l’on appelle le volume de jeu. 

Ton jeu est-il en phase avec le rugby que tu aimes ? Une équipe t’inspire tout particulièrement ? 

Au risque de paraître chauvin, j’aime beaucoup ce que le staff de Pierre Mignoni, notre coach, tâche de mettre en place au LOU. C’est une philosophie de jeu basée sur le mouvement, le déplacement des uns par rapport aux autres... C’est assez complexe et l’équilibre est difficile à trouver mais l’idée est de nous octroyer une certaine forme de liberté dans un cadre bien défini, de laisser libre cours à l’intuition et à la créativité, mais dans un schéma tactique réfléchi, rigoureux. Moi, c’est ce qui me plait : le « beau rugby » ! Après, je ne saurais dire si c’est le rugby le plus efficace pour gagner. Certaines équipes imposent leur domination par une emprise physique, un jeu très frontal… 

J’ai pris quelques chemins de traverse mais à chaque fois j’ai su élever mon niveau

Au-delà de la philosophie de jeu, on a également l’impression que la similitude avec ton club passe par vos trajectoires respectives : comme si tu grandissais en même temps que le LOU ? 

Clairement. Je me considère comme un enfant du club, j’éprouve pour ces couleurs un attachement profond. Je suis arrivé à 18 ans en même temps que le Président actuel, Yann Robert, alors que nous redescendions en Pro D2. C’est à cet instant qu’une nouvelle dynamique, très ambitieuse, fût insufflée. Certainement que le club aurait souhaité aller plus vite, mais au final, comme moi, il a pris son temps, ce fût un peu plus long que prévu… 

Vous restez sur deux demi-finales lors des deux saisons précédentes. Qu’est-ce qui vous a manqué pour grimper cette petite marche qui mène au 
titre national ? 

La première année, en 2018, je dirais que la défaite était logique. Nous étions encore un peu loin en termes de niveau intrinsèque. Nous avions déjà réalisé une grande performance en quart de finale contre Toulon, or il est très difficile de réussir deux exploits consécutifs. La saison dernière cependant, nous avions les armes pour rivaliser. Raison pour laquelle l’élimination fût d’autant plus frustrante. En analysant cette défaite à froid, nous avions peut-être un effectif un peu juste. Les saisons sont longues et éreintantes. Tu peux facilement arriver au printemps amputé de plusieurs titulaires. Cet été, l’équipe s’est vraiment enrichie. Le groupe est hyper dense ! Nous avons plusieurs joueurs de talent à chaque poste. Nous pouvons remplacer un mec par un autre sans que la qualité de l’équipe en pâtisse… C’est peut-être cela qui va nous faire passer un cap. 

En tant que co-capitaine du LOU, peux-tu nous afficher les ambitions de ton équipe pour cette année ? 

Désormais, il est impossible de se cacher. Nous restons sur deux demi-finales donc pour que notre saison soit réussie, il faut que nous allions voir plus haut. (Un temps) Notre objectif, c’est le titre ! Rien d’autre. (Un autre temps) Jouer notre carte à fond en Coupe d’Europe fait également partie du plan. Après avoir montré nos couleurs au niveau national, ce serait bien que de gagner le respect de nos paires à l’échelle continentale. Placer le LOU sur le planisphère du rugby international. 

NOTRE OBJECTIF, C’EST LE TITRE ! RIEN D’AUTRE.

CICATRICE, SOLEIL-LEVANT & SUPPLÉMENT D’ÂME

Titulaire pendant le Tournoi des 6 Nations, tu fais pourtant partie des 2 joueurs évincés du XV de France en partance pour la Coupe du Monde au Japon. Dix jours après avoir appris cette difficile nouvelle, le soufflet est-il retombé ? 

Oui, car au moment où je l’ai appris, même si j’avais quelques doutes, j’ai ressenti beaucoup de colère et d’incompréhension. Je m’y voyais vraiment. La cicatrice n’est pas totalement refermée et restera ouverte un certain temps, mais retrouver ce cadre lyonnais dans lequel je suis pleinement épanoui me fait énormément de bien... Ma famille, mes coéquipiers, mes amis, tous m’aident à relativiser : il y a bien plus cruel dans la vie ! À vrai dire, j’aime tellement ce club et cette ville que j’arrive à me projeter avec beaucoup d’envie sur d’autres objectifs. Le rythme du top 14 est de toute manière si intense que tu dois nécessairement passer à autre chose, de gré ou de force. Moi j’aime gagner, je nourris de grandes ambitions avec ce groupe donc je suis à présent hyper focus sur la suite. 

La préparation de l’équipe de France pour ce mondial japonais a duré pendant 6 semaines. Tu as vécu pendant 1 mois et demi au sein de ce groupe. Le penses-tu capable d’accomplir de grandes choses au Pays du Soleil-Levant ? 

Oui, je suis convaincu que cette équipe a le potentiel pour réaliser une Coupe du Monde majuscule. Tout d’abord parce que le groupe vit réellement bien. Ce sont de super mecs. L’ambiance est au beau fixe. De plus, nous avons vraiment bien bossé pendant ces six semaines. C’est certainement la préparation la plus dure, la plus exigeante que j’ai pu effectuer jusqu’à présent. Nous avons eu le temps de construire des automatismes, de gagner en maturité d’un point de vue tactique. Si l’on relève le premier défi que représentera le match d’ouverture contre l’Argentine, cela peut créer un déclic, faire office d’élément déclencheur. Pour moi, un beau parcours jusqu’en demi-finale deviendrait alors envisageable. 

La déception et la colère ressenties face à cette décision peuvent-ils constituer une force pour l’année à venir ? 

Je ne parlerais pas d’esprit revanchard. Je serais le premier supporter des Bleus car tous sont des mecs que j’apprécie. Par contre, ça me motive ! Au fond de moi, je sais que j’avais le niveau, que j’aurais dû y être. Cela peut m’apporter un petit supplément d’âme que de vouloir leur prouver qu’ils se sont trompés. Représenter son pays lors d’une Coupe du Monde, c’est le rêve de tout athlète de haut-niveau. En être ainsi privé, ça m’a piqué, ça m’a touché. Mais en tant que joueur, ça va forcément me faire grandir.

Texte : Baptiste Chassagne

Au pays du rugby vit un chat qui danse avec le LOU

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