Publié le 1 mars 2021
Falco
Crédit photo : Falco - Jusqu'à ce que l'amour nous sépare

Falco

l'art urbain subtile et engagé

Street Art, Interview, Portfolio

Falco jongle entre images universelles et actuelles. À travers ses créations, ce jeune graphiste de 22 ans partage des messages simples qui percutent. Originaire d’Annecy, baignant dans la culture glisse depuis son plus jeune âge, une licence en art et communication en poche, il se lance le défi de vivre de sa passion, le street art. Plus que des grafitis, ses oeuvres sont un moyen de réagir au monde et s’exprimer sur la société.

Son style, proche de celui de Banksy, interroge et provoque par ses traits comme par les messages qu’il transmet. Avec précision, il choisit le lieu et la manière dont il amène son œuvre au public. On retrouve la plume de Falco dans les rues d’Annecy, mais il travaille également avec des galeries en France, des collectionneurs, des festivals. Il perfectionne son style en cherchant son inspiration chez des artistes comme Maurizio Cattelan, Joseph Beuys ou Marcel Duchamp.

Un style percutant et engagé. Sa devise : « Express what words can’t say ».

Crédit photo : Falco - Big Brother

Quel est ton parcours et comment as-tu commencé ?

J’ai découvert photoshop quand j’étais en première, à la base je faisais des t-shirts et des stickers pour « Falco », qui était déjà mon nom à l’époque. Avec mon bac, j’ai pu aller en licence d’art et de communication. C’est vraiment ces trois années qui ont conforté mes choix et mon envie de créer. Elles m’ont également permis de me créer une identité graphique, d’avoir des références, de modifier mon rapport aux images. Je ne me suis pas rendu compte que je commençais le street-art. À la base, je faisais mes illustrations sur mon écran et je les partageais sur Instagram. Puis, j’ai eu besoin de passer de l’autre côté de l’écran et c’est comme ça que je me suis mis à faire du street-art. C’était surtout une réponse au besoin que j’avais : partager ce que je faisais dans l’espace public.

Te consacres-tu uniquement au street art ?

J’ai beaucoup enchaîné les projets, avec des professionnels comme des particuliers. Je développais mon street-art pour mon plaisir, puis ça a bien marché et pris de plus en plus temps dans mon quotidien. Aujourd’hui, la base de mon travail c’est le street-art. À côté, je design pour une marque de vêtements pour un Youtubeur mais le street-art reste ma priorité. Je fais des projets de mural pour des gens ou des festivals, de la vente de toile/print et je travaille également avec des galeries et des collectionneurs.

J’AIME L’ART QUI PROVOQUE, QUI POINTE DU DOIGT, ET QUI QUESTIONNE

Comment te démarques-tu ?

Le concept et le message passent bien avant l’esthétique dans mon travail. Je ne fais pas des choses pour qu’elles soient jolies, en tout cas, ce n’est pas ma première intention. J’aime l’art qui provoque, qui pointe du doigt, et qui questionne. Il y a toujours une pointe d’humour et d’ironie, même si je dénonce et que c’est assez satirique. Je n’ai pas envie de proposer des images violentes, et je trouve qu’utiliser la subtilité permet d’amplifier la force du message. Je joue beaucoup avec l’actualité, je rebondis dessus, pas pour le buzz mais pour que l’œuvre soit dans un contexte. Par exemple, quand je peins dans la rue, je choisis un endroit qui a un lien avec le message de l’œuvre. Lorsque c’est un détournement, j’agis directement sur quelque chose que j’ai vu dans la rue et je viens le redéfinir. Je n’hésite pas à m’exprimer personnellement dans mon travail. C’est mon cœur et mon esprit qui parle, et ma main qui le traduit.

Crédit photo : Falco - Broken Cam

Quelles sont tes inspirations ?

C’est très large. Quand je me déplace, mes yeux se baladent partout, en quête d’un nouveau spot à investir, d’un message à détourner, de couleur à utiliser. L’actualité m’inspire beaucoup, et représente la base de mon travail. Du côté des artistes : Christian Boltanski, Maurizio Cattelan, Norman Rockwell, CB Hoyo et Thierry Jaspart.

Quel impact a eu la crise sanitaire sur ton travail ?

Le plus compliqué c’est avec les couvre-feux et les confinements car je ne peux pas aller peindre dans la rue, comme je le fais d’habitude. Pas de nouvelles peintures, donc pas de nouveaux contenus à proposer. Pendant cette période, les gens ont commencé à s’intéresser à mon travail. Puis, est arrivé le premier confinement, où du matin au soir je n’ai fait que m’entraîner pour progresser. J’ai utilisé ça comme une porte de sortie, en me disant qu’avec ça je pouvais continuer à faire ce que j’aime. C’est comme ça que j’ai commencé à peindre des toiles, sur des supports de récupération pour en quelque sorte, ramener la rue à la maison. Après c’est sûr que de peindre au calme chez moi, en prenant mon temps sur des petits formats, c’est complètement différent que de peindre dans la rue. J’aime aussi pouvoir m’appliquer et travailler des pièces plus abouties. Je ne pourrais pas faire que de la toile ou uniquement de la rue. Il me faut les deux pour trouver le bon équilibre.

Pourquoi restes-tu anonyme ?

J’ai décidé de rester anonyme, non pas pour faire mon banksy ou me protéger de la police, la raison est que je souhaite qu’on m’apprécie, ou non, pour mon travail et non pour qui je suis.

Pour finir, peux-tu nous parler un peu du projet « Joconde » sur le pont de la vieille prison d’Annecy ?

J’ai suspendu cette oeuvre, de 2m50 de haut, sur le pont le plus touristique d’Annecy. Le but était de faire quelque chose d’imposant et intrusif. C’était impossible de l’éviter. Je souhaitais qu’elle reste deux ou trois heures maximum, et finalement elle est restée 15 jours. J’ai étudié le lien entre le message que je voulais faire passer, le lieu d’exposition et le message lié à l’actualité. C’est pour ça que l’oeuvre avait parfaitement sa place ici. Elle permettait également de sensibiliser sur le port du masque, obligatoire dans cette zone.

Crédit photo : Falco - Protect Yourselfies
Festival Archipel

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