Publié le 15 décembre 2020
Fabien Maierhofer
Crédit photo : Fabien Maierhoffer

Fabien Maierhofer

Du pain sur les planches. Ou sur les lattes.

Ski, Interview, Portfolio

C’est derrière les fourneaux que Fabien Maierhofer s’exprime le mieux. À cuisiner, pendant près de 10 ans, Bon Appétit, la web-série de ski devenue culte. À assaisonner nos hivers de ses projets photos ou vidéos. À épicer l’imaginaire des passionnés de montagne avec des images d’une simplicité percutante et d’une authenticité touchante.

Crédit photo : Fabien Maierhofer

À 36 ans, sa vie ressemble à une bambée haut-perchée où il avance avec gourmandise, motivé par un féroce appétit de pentes vierges et un bon coup de fourchette en ce qui concerne les nouvelles aventures.
Rencontre avec celui qu’il vaut mieux avoir en photo qu’en pension. Et ça tombe bien car, cerise sur le gâteau, il nous régale ici de ses meilleurs clichés.

En 2001, à l’âge de 17 ans, lorsque tu deviens pro-skier Salomon, quel est ton rôle auprès de la marque, sachant que tu ne fais pas de compétition ?


Réaliser de belles images et donner, grâce à elles, de la visibilité à mes partenaires. Apparaître dans de gros films de freeski et faire des parutions dans des magazines de référence ! Le tout en essayant de « perfer » sur les compétitions de freestyle. Le sport-marketing à l’ancienne quoi, avant l’ère des réseaux sociaux…


Cela dure 10 ans, jusqu’en 2011, année de parution du premier épisode de Bon Appétit, une web-série qui va marquer toute une génération. Peux-tu nous raconter la genèse de ce projet ?


Mon hiver 2007 se révèle assez compliqué puisque je m’esquinte les cartilages de la cheville puis passe 2 mois aux états-Unis à mes frais en 2008, pour le tournage d’un film dans lequel je n’apparais finalement même pas, car mes sponsors n’alignent pas l’argent demandé par les réalisateurs. Bref, je me retrouve alors dans un mood pas incroyable… Jusqu’à ce que ce que le média Skipass nous propose un trip au Japon avec Victor Galuchot, mon acolyte de toujours, rencontré à la maternelle, devenu par la suite mon binôme sur Bon Appétit. On décide de documenter notre voyage à travers de petites vidéos brutes et immersives. Et là, on prend conscience que ce concept de film, qui consiste à raconter une histoire et pas uniquement à balancer de grosses images de ride sur une bande-son rap ou reggae, est assez rare et peut séduire… En 2011, on sort donc un premier épisode qui nous emmène du Liban jusqu’en Norvège en passant par la Corse… Et là, tout de suite, les retours sont ultra-positifs !

CANDIDE THOVEX, REGGAE et SPORT-MARKETING

Crédit photo : Fabien Maierhofer

Ton parcours de vie, c’est comme un plat généreux, riche de de saveurs surprenantes et différentes… Peux-tu nous raconter les quelques étapes-clés qui le composent ?


Pour commencer, tu prends un petit gars des Ménuires, dans les 3 Vallées. Tu l’inscris d’abord en ski-études à Moutiers, jusqu’à ce qu’il se rende compte, à l’âge de 16 ans, lors d’une compétition organisée à Tignes, que ce qui le porte vraiment à ébullition, c’est le ski freeride.

Tu l’envoies ensuite sur la tournée « Snow & DJ » de Salomon où il s’agit de réaliser des « démos » dans les plus grosses stations françaises, pendant toutes les vacances d’hiver, à une époque hyper enthousiasmante de transition qui signe la fin du règne d’Edgar Grospiron et le début de celui de Candide Thovex !

Enfin, une fois qu’il a un peu macéré dans le milieu et s’est imprégné de quelques codes, avec un premier contrat de pro-skier à la clé, tu lui fais rencontrer Julien Régnier, l’une des sommités du freeski, qui lui accorde sa confiance en le recommandant sur plusieurs projets, notamment aux États-Unis… Là, tu as déjà une super base d’ingrédients pour ta recette (sourire) !

SCHÉMA NARRATIF, SPONTANÉITÉ et CHANT DU CYGNE

Crédit photo : Fabien Maierhofer

À nouveau on va parler cuisine ! Quels sont les ingrédients qui fondent selon toi la recette du succès pour Bon Appétit ?


D’abord, un positionnement accessible. On n’est pas dans la recherche de performance à tout prix. On skie des faces sur lesquelles notre public peut rider quelques jours après la parution de l’épisode ! Deuxièmement, on tâche d’être aussi créatif et inventif que possible, pour sortir de l’ordinaire. Ensuite, on essaye de raconter une histoire, avec un fil conducteur, un schéma narratif. Enfin, on donne rendez-vous à notre communauté en « ritualisant » la sortie de nos épisodes avec une certaine récurrence, toujours au même moment, pour générer de l’attente.


Comment vous est venu le nom de cette web-série ?


On cherchait un nom qui soit à la fois français, pour ne pas dire franchouillard, et compréhensible à l’étranger. Bon Appétit s’est alors imposé assez naturellement… Un titre qui sous-entend un côté gourmand, qui présage d’un bon moment, tout en laissant une liberté d’interprétation à chacun !

Pourquoi y avoir mis fin ?


Ce serait prétentieux de nous comparer à ces grands champions qui ne souhaitent pas faire l’année de trop et préfèrent partir au sommet de leur gloire. Pourtant, à notre échelle, toutes proportions gardées, il y a un peu de cela… Les 6 premières saisons, c’était vraiment top. Nous étions portés par un élan incroyable. Par la suite, nous nous sommes inscrits dans plus de réflexion, on avait plus tendance à écrire nos scénarios. On intellectualisait alors que notre ADN, c’était la spontanéité. Dès lors, nous avons préféré tourner la page pour que Bon Appétit demeure une belle réussite !


Ne ressent-on pas un vide lorsque l’on a structuré son quotidien autour d’un tel projet de vie pendant toutes ces années ?


Forcément un peu, mais c’est le propre des freeskieurs, ils ont cette capacité à assurer de belles réceptions et retomber sur leurs pattes. Aujourd’hui, même si je ne me sens pas encore esthète, et plus trop athlète, j’ai cette volonté de créer de l’image, de la belle image… Ceci à travers mon expérience mais aussi en croisant mes compétences en photo et en vidéo, car pour moi, la photo a énormément à apporter à la vidéo en termes de cadrage… Sinon, tout l’été, j’ai été très occupé par mon activité de moniteur de canyoning. Enfin, je suis devenu papa. Autant dire que les occasions de s’ennuyer sont très rares !

BON APP'  AU FAST FOOD DES QUESTIONS VITES RÉPONDUES !

Crédit photo : Fabien Maierhofer

La meilleure session de ta vie sur les skis ?


Mes premières lignes en Alaska. J’avais 24 ans. Je découvrais le mythe. Et la réalité fût à la hauteur de ce que j’avais imaginé. La qualité de la neige y est incroyable. La poudreuse tient si bien dans le raide que c’en est parfois troublant !
 

La plus grande peur de ta vie ?


Toujours en Alaska. Lorsque l’hélico nous a déposé sur une corniche qui s’est effondrée…

Le projet dont tu es le plus fier ?


Bon Appétit. Sans hésitation. Car nous avons réussi à amener un angle qui soit autre que celui de la performance pour raconter de belles histoires de ski…

L’épisode Bon App’ dont tu ne te lasses pas ?


Tous les épisodes où l’absence de neige nous a obligé à compenser le manque d’images de ski par de la créativité !

Un conseil pour la nouvelle génération de freeskieurs ?


Trouver une ligne directrice et s’y tenir. Comme une signature. Un peu comme si tu étais un média et que tu souhaitais prendre la parole à travers une ligne éditoriale qui te soit propre, qui soit à la fois singulière et authentique !

Ton immuable compagnon de cordée ?


Victor Galuchot. Mon tandem de Bon Appétit. Mon pote depuis la maternelle. On fait moins de trucs ensemble désormais, mais ce que l’on a partagé nous a marqué au fer rouge.

Ce qui te rassasie lorsque tu as un Bon Appétit ?


La raclette. Réponse classique. On est encore au mois de novembre, mais j’en ai déjà 3 ou 4 au compteur !

 

BAPTISTE CHASSAGNE

CGH Résidences & Spas
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