Publié le 26 mars 2019

EUGÉNIE LE SOMMER

Rencontre avec la capitaine de l’équipe de france féminine de foot

Interview

L’été prochain, la France accueillera la 8ème édition de la Coupe du Monde de football féminin. Eugénie Le Sommer, numéro 9 des Bleues, se confie sur ses ambitions sportives et ses espoirs d’une plus grande égalité des chances que font naître cette compétition. Après avoir vu leurs comparses masculins ramener la Coupe à la maison en juillet dernier, il s’agit désormais de soulever le Graal à domicile, pour que toutes les petites filles qui rêvent en crampons plutôt qu’en talons puissent défiler sur les Champs !

Le compte-à-rebours est lancé… Dans moins de 100 jours, le 7 juin 2019, à Paris, l’équipe de France de football féminin ouvrira, contre la Corée du Sud, le bal de sa Coupe du Monde. Pays hôte, la sélection tricolore devra revêtir le bleu de chauffe pour recevoir comme il se doit les 24 meilleures nations du globe. Une occasion rêvée de voir l’Hexagone s’embraser à nouveau, seulement un été après l’épopée russe victorieuse de l’espiègle bande à Deschamps. Mais cette Coupe du Monde, c’est également une opportunité unique de tacler les préjugés sexistes, de faire du ballon rond un vecteur d’égalité et de transformer le rectangle vert en vitrine magnifique du sport féminin.

Comment se sent-on à moins de 100 jours du début d’une Coupe du Monde à domicile ? On se projette ? On calcule ? On joue avec le frein à main ?

On est forcément très excitée, impatiente que le coup d’envoi retentisse. D’autant que l’on sent qu’une émulation commence à poindre. Les gens en parlent de plus en plus. Par contre, même si la compétition campe dans un coin de notre tête, on reste focalisée sur les échéances à court-terme avec notre club. On ne calcule pas, on ne joue pas avec le frein à main, on vit notre saison à fond. C’est ainsi que l’on arrivera dans les meilleures dispositions le Jour J : en ayant engrangé un maximum de confiance.

Tu portes le maillot bleu depuis près de 10 ans. Quelle est la force de cette équipe de France 2019 ? 

Je crois que l’une des forces de cette équipe est d’être composée de jeunes joueuses qui ont déjà gagné des compétitions internationales dans des catégories d’âge inférieures. Elles ont donc déjà toutes une expérience de la gagne au niveau mondial. Le groupe est également construit autour d’athlètes plus chevronnées, qui ont connu la défaite, qui ont appris de leurs erreurs et qui n’ont surtout pas envie de revivre cela… De cette combinaison est née une alchimie qui peut nous amener loin. Nous sommes toutes tournées vers le même objectif : être prêtes le 7 juin !

Avez-vous évoqué un objectif de résultat avec vos coéquipières, dans l’intimité du groupe ? Ce serait quoi une Coupe du Monde réussie ?

Une Coupe du Monde réussie, ce serait de se qualifier pour les demi-finales ! Lors des précédentes éditions, nous avons toujours buté sur cette marche des quarts de finale. À chaque fois par des courtes défaites : 1 à 0 ; match nul puis élimination aux pénaltys… Là, nous avons la volonté d’aller voir plus loin. Il faut être ambitieuses. Moi je pars du principe que lorsqu’on débute une compétition, c’est pour la gagner ! Après, à nous de rester hyper-concentrées et travailler pour éviter les mésaventures passées…

Qu’attends-tu de cette Coupe du Monde en France ? Penses-tu qu’elle peut faire souffler un vent d’enthousiasme sur le foot féminin en France ?

Effectivement, j’espère que cela va donner un vrai boost au foot féminin français. Nous avons besoin de cet élan. Car même si l’on sent bien que notre discipline progresse, que la médiatisation est croissante, des choses qui ne devraient pas exister subsistent encore en 2019. Moi, ce que je souhaite, c’est que cette Coupe du Monde pousse les petites filles qui aiment taper dans un ballon à croire en leurs rêves ! Qu’il n’y ait plus de barrières.

Quelles sont ces choses qui n’ont pas lieu d’être ?

J’entends encore des réflexions de parents qui revendiquent le fait que leur fille ne fera jamais de foot, que c’est un sport masculin… Ou pire, des petites filles qui me disent que les garçons refusent de jouer avec elles dans la cour de récré. Franchement, certains préjugés ont la peau dure et je trouve ça vraiment dommage.

TF1 diffusera 25 matches de la compétition cet été. Lorsque tu étais petite, imaginais-tu voir un jour du football féminin en direct, en prime-time, sur la plus grande chaîne de télévision française ?

Non, absolument pas ! Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de football féminin à la télé. Je n’imaginais même pas que la France puisse organiser la Coupe du Monde. (Un temps de réflexion) Je mesure le chemin parcouru, c’est extraordinaire… mais c’est encore un peu tôt pour crier victoire : les choses doivent et vont encore évoluer.

Tu t’apprêtes à jouer la Coupe du Monde chez toi, dans des stades pleins acquis à ta cause. C’est un rêve qui se réalise ?

Petite, dès 2 ans, je voulais juste jouer au foot. Mon rêve, c’était de vivre de ma passion, d’être professionnelle. Sauf que ça n’existait pas… On dit que certains rêves sont accessibles et d’autres non. Pour moi celui-ci était de l’ordre de l’inaccessible. Certes, j’affirme que certaines choses doivent encore évoluer, cependant, je dois reconnaitre qu’en 20 ans, le chemin parcouru est très positif.

Petite, qui étaient tes idoles ?

(Sans hésitation) Les garçons ! Mon idole, c’était Zidane. Le foot féminin ne passait pas à la télé, donc je me berçais de Ligue des Champions. Aujourd’hui, la plus grosse différence se situe à cet endroit précis : les petites filles peuvent s’identifier à nous et prendre des joueuses pour modèle. Lors des stages que j’organise en Bretagne, elles me demandent comment devenir professionnelles parce que désormais, elles savent que c’est possible…

Ce que je souhaite, c’est que cette Coupe du Monde pousse toutes les petites filles qui aiment taper dans le ballon à croire en leurs rêves !

Quel est le discours que tu tiens à ces apprenties footballeuses ?

De croire en leur rêve, de continuer à travailler pour l’atteindre, mais surtout d’être heureuse et se faire plaisir, car le foot c’est une passion avant tout.

Tu as toujours pratiqué le foot de manière décomplexée ou tu as dû affronter certains regards désobligeants, remarques déplacées… ?

J’ai toujours voulu jouer au foot, tout le temps, partout. C’était vraiment ma motivation première. Mais on ne peut pas dire que cela fût « facile ». C’est certainement ce qui a forgé mon caractère. J’ai souvent affronté des remarques blessantes : « Tu joues au foot ? C’est bizarre pour une fille non ? »  Du coup, je me mettais à jongler car je n’avais qu’une envie : leur prouver le contraire ! Mon combat, il était sur le terrain. Je voulais être la meilleure pour faire taire les stéréotypes. 

Je mesure le chemin parcouru, c’est extraordinaire…

Le nombre de licenciées est en augmentation constante. Comment expliques-tu le développement de la discipline ?

D’abord, par la médiatisation, car ces jeunes joueuses ont vu du football féminin à la télé et ont pu s’identifier. Ensuite, le rôle de la Fédération est non-négligeable. Ils ont encouragé la pratique dans les écoles, facilité l’accès… Enfin, je pense que la réussite sportive de l’Olympique Lyonnais à l’échelle européenne n’est pas étrangère à ces prémisses d’engouement populaire.

Tu as débuté ta carrière il y a 10 ans. Quelles sont les principales évolutions que tu constates dans ton quotidien de joueuse ?

Déjà financièrement. Depuis 2009, nous avons le statut professionnel. Aujourd’hui, c’est notre métier alors qu’avant, une activité annexe était indispensable. Or pour moi, tu ne peux pas être performante en t’entrainant uniquement le soir, après une journée de travail. Le professionnalisme a ainsi permis d’élever le niveau global. Les entraînements sont plus intenses, les matchs plus âpres… (Un silence) La médiatisation s’est également accrue, c’est indéniable. Jamais je n’aurais imaginé que l’on puisse m’arrêter dans un supermarché pour faire un selfie… (Rires)

Quelle est la principale différence entre les footballs masculin et féminin ?

Ce n’est pas forcément à moi d’en juger, mais quelques bruits de couloir murmurent que nous sommes moins souvent par terre, que l’on est moins truqueuse… en fait, l’inverse de toutes ces petites critiques que l’on entend très souvent prononcées à l’égard du football masculin. Aussi, le jeu est moins intense, moins athlétique et de fait, cela permet d’observer plus de choses, de mieux apprécier un schéma tactique, un geste technique, une fluidité collective. Après c’est assez paradoxal car je regarde beaucoup plus de football masculin. La Ligue des Champions des garçons, c’est ce qui se fait de mieux !

Mon combat, il était sur le terrain. Je voulais être la meilleure pour faire taire ces stéréotypes.

Quels seraient les différents leviers qui permettraient au foot féminin de passer encore un cap ?

Un bon résultat à la Coupe du Monde ! Je suis convaincue que cela créerait un superbe élan. Ensuite, au quotidien, il faudrait plus de moyens car les clubs avec une véritable politique de développement du foot féminin sont encore trop peu nombreux, même parmi l’élite. Aussi, certaines infrastructures sont vraiment vétustes et souffrent de la comparaison avec les standards établis par le foot masculin… Enfin, il faudrait que l’augmentation du niveau de performance et d’exigence ruissèle sur la formation. L’accent qui est mis à l’OL sur cet aspect-là est formidable. Les jeunes sont accompagnées, ont tout pour s’épanouir… Malheureusement, ces structures sont encore trop rares. Construire un environnement de haut niveau dès les premières années de pratique : pour moi, c’est la clé pour continuer à progresser !

Interview : Baptiste Chassagne

EUGÉNIE LE SOMMER
29 ans. À l’Olympique Lyonnais depuis 2010.

UNE MACHINE À MARQUER
250 buts en 278 matchs pour l’Olympique Lyonnais. • 73 buts en 157 sélections pour l’équipe de France.

L’UN DES PLUS BEAUX PALMARÈS DU FOOTBALL FRANÇAIS
5 Ligues des Champions (2011, 2012, 2016, 2017 et 2018)
8 Championnats de France (2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018) • 6 Coupe de France (2012, 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017)

Mais encore 0 titre avec les Bleues…

COUPE DU MONDE 2019
UNE MÉDIATISATION RECORD POUR LE FOOTBALL FÉMININ

1,3 million d’entrées
C’est le nombre total de billets qui seront mis en vente pour l’ensemble de l’évènement. L’humeur est plutôt à l’optimisme quant au fait de voir des stades garnis puisque nombreux sont les sésames qui ont déjà trouvé preneurs.

25 matchs
TF1 a annoncé la diffusion en direct des 25 rencontres jugées les plus intéressantes. L’assurance d’une belle visibilité pour la compétition et d’une audience de masse pour la chaîne, surtout si les Bleues réalisent un parcours étoilé.

Texte : Baptiste Chassagne

Eugénie LE SOMMER

JO-WILFRIED TSONGA
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