Publié le 15 juin 2019
Debout
Crédit photo : © Stéphane Haskell

Debout

Voyage au cœur du yoga thérapeutique

Cinéma

C’est l’histoire d’un homme brisé, rongé par la douleur, qui va découvrir le Yoga et renaître. À l’issue d’un long parcours initiatique, difficile mais aussi profondément salvateur, le journaliste Stéphane Haskell a fait face au combat le plus important de sa vie. Dans sa quête, qui l’a menée aux quatre coins du monde, il a recueilli les témoignages de ceux qui pratiquent pour comprendre le sens que celui-ci peut donner à nos vies.

Lorsque tout s'écroule 

Stéphane Haskell parcourt le monde pour son travail de photojournaliste depuis 1991. Il a notamment travaillé sur des reportages culturels ou de société ainsi que sur des documentaires et des long-métrages. Conséquence d’une vie d’excès en tous genres, un soir en 2006, il est victime d’une crise paralysante qui le conduit tout droit à l’hôpital. Sa vie est à l’époque sens dessus dessous, il boit beaucoup, trop. Son corps, meurtri, tire alors la sonnette d’alarme de la façon la plus abrupte qui soit, une paralysie foudroyante due au syndrome dit « de la queue de cheval ». Suite à ce diagnostic effrayant, il subira de nombreuses opérations qui le laisseront à terre, diminué. Les médecins lui disent qu’il ne pourra plus pratiquer aucun sport et qu’un bon rétablissement est incertain. Débute alors une lutte, ponctuée de mois de rééducation pour retrouver des sensations et un peu d’autonomie. Puis un jour, comme un coup de pouce du destin, il découvre le Yoga. Intrigué, curieux et prêt à tout pour s’en sortir, il accepte de suivre les cours de Thérèse Poulsen, professeure dans la discipline. Il s’exile alors pour un temps en Allemagne où elle donne des cours dans un centre spirituel. Au fur et à mesure des jours, postures et enchaînements le soulagent et l’aident lentement à se réapproprier son corps au-delà de la souffrance. Après quelques temps au centre, il se sent mieux. Le constat est là, le Yoga a aidé son corps à guérir. La route est encore longue mais les bienfaits se font déjà sentir. Il se souvient alors d’une promesse faite à sa professeure. S’il arrive à retrouver ses facultés physiques, il réalisera un film documentaire sur son expérience. C’est là que débutera sa quête, à la rencontre de ceux qui, tout comme lui, ont transformé leur existence grâce au Yoga.

Ils retrouvent par le yoga, espoir, équilibre et souvent un travail. 

Une quête universelle 

« Ma quête est universelle. Elle semble se jouer des barrières que les hommes érigent ».

Nord de San Francisco, la prison de San Quentin, une des plus violentes du pays. C’est ici que commence le périple de Stéphane, parmi les prisonniers, parfois incarcérés pour des faits graves. Certains d’entre eux ont trouvé la force, malgré les moqueries et les menaces, de participer aux cours donnés par un professeur volontaire. Une sorte de parenthèse de sérénité au milieu de l’univers carcéral, glacial et cruel. Il est assez surprenant de voir ces hommes, tatoués des pieds à la tête, condamnés pour la plupart à de lourdes peines, s’abandonner à la posture du « guerrier ». Derrière les barreaux de leur prison et sous les provocations des autres détenus, ils pratiquent, impassibles et déterminés. « Ça apporte une paix intérieure. Ça permet de déstresser et de ne pas déprimer » explique l’un d’eux. Un autre dira, à propos de la ségrégation raciale, « dans ce cours, toutes les origines sont représentées. On travaille tous ensemble, on fait les exercices ensemble ». Ces âmes perdues semblent avoir trouvé la paix avec la pratique du Yoga et ressortiront sans doute différents grâce à cette expérience, le « Prison Yoga Project ». James Fox, à l’origine de ce projet, aide les prisonniers à gérer le stress de leur condition et faire baisser les risques de récidives depuis 10 ans. Il tente aujourd’hui de créer un système de bourses qui aiderait les détenus à enseigner et préparer leur réinsertion.

Direction l’Afrique, où une américaine, Paige Elenson, qui a quitté l’univers de Wall Street, a fondé le Africa Yoga project. Dans le slum de Kibera (le second plus grand bidonville d’Afrique), elle enseigne le yoga aux populations auprès des victimes des émeutes post-électorales de 2007 et aux femmes de la prison de Langata où le SIDA est généralisé. Une intégration qui n’était pas acquise dans une société spirituellement conservatrice. Femmes traumatisées, adolescents du bidonville, « ghetto girls » : ils retrouvent par le yoga, espoir, équilibre et souvent un travail. Paige a également amené la discipline au pied du Kilimandjaro, en pleine brousse, en la transmettant aux Masaïs. Elle y a fait construire des écoles où ces guerriers endossent le rôle de professeurs à leur tour et l’apprennent aux enfants et aux hommes du village. Aujourd’hui près de 40.000 kenyans pratiquent le yoga et Paige Elenson compte bien étendre son association aux autres pays d’Afrique. L’américaine montre par son action l’impact positif énorme que celui-ci peut avoir sur les traumatismes et les violences subies dans notre société.

Le détour du journaliste à Jérusalem est édifiant. Il y rencontre une femme, musulmane, qui n’hésite pas à faire des kilomètres depuis un camp de réfugiés, à passer des « check point », à braver les difficultés… ceci afin de suivre les enseignements de sa professeure, Ephrat, de confession juive. Stéphane témoignera à propos de cette histoire : « le Yoga transcende les interdits et les liens entre les êtres se resserrent. » Car oui c’est de cela qu’il est question ici, de braver les interdits et les habitudes qui voudraient qu’arabes et juifs ne se rencontrent pas. Une belle histoire d’amitié au delà des guerres de religions.

Retour aux Etats-Unis, à Los Angeles, où l’on fait la connaissance d’Eric Small, 80 ans dont 60 avec la sclérose en plaques. L’homme est incroyable, son témoignage stupéfiant. Grâce au Yoga, il a su dépasser les crises de sa maladie et lui faire face en toute confiance. Là où beaucoup seraient handicapés et dans un fauteuil roulant, lui se tient debout, fier d’avoir pris le pas sur cette terrible maladie. Il enseigne sa méthode à d’autres malades, déterminé à les aider à soulager leurs symptômes et les amener vers une guérison.

Des Etats-Unis à l’Afrique, d’Israël à l’Indonésie, le réalisateur a croisé sur sa route des êtres passionnés, quelques uns meurtris par la vie, tous liés par une même philosophie, celle du Yoga. Toutes ces rencontres, ces individus incroyables, ont persuadé le réalisateur qu’au delà d’une pratique ancestrale, au delà d’un phénomène de mode, le Yoga était un langage universel capable de se confronter à d’autres cultures et de les intégrer. La sagesse de ceux rencontrés sur sa route lui façonnera une toute autre vision de la vie qu’il intégrera à sa guérison.

Le Yoga transcende les interdits et les liens entre les êtres se resserrent.

Le Yoga et les Hommes

Nos sociétés d’aujourd’hui auraient-elles oublié ce qui signifie réellement le Yoga ? Les cours tendances dispensés par des enseignants très « photogéniques », les nouveaux styles de pratique qui fleurissent et dont on ne comprend pas toujours la signification ni même le but, les photos des poses les plus incroyables sur un fond de paysage paradisiaque inondant les réseaux sociaux… Tout cela nous a-t-il finalement fait perdre le sens de cet art ancestral ?

Pourtant, au départ, tout est question d’humilité, de respect, d’acceptation de soi et de non-violence. Des préceptes fondamentaux dans la philosophie yoguique que le monde moderne a quelque peu laissés de côté. « Debout » pointe du doigt ces dérives en les dénonçant mais surtout en mettant l’accent sur ceux qui suivent ces fondements humblement et qui font le bien autour d’eux.

Tout au long du documentaire, il est question de Yoga Iyengar, un type de Yoga issu de l’enseignement de BKS Iyengar, pionnier de la discipline en Occident. Désigné par le Time Magazine comme l’une des cent personnes les plus influentes au monde, il a été considéré de son vivant comme l’un des derniers maîtres spirituels de notre époque. Né en 1918 en Inde du sud, il survit de justesse à 16 ans à la typhoïde et la tuberculose. Il est ensuite initié au Yoga par le premier des yogis modernes Sri Krishnamacharya. Son enseignement a été porté à travers le monde. Moderne, avant-gardiste et raffiné, son Yoga est aujourd’hui transmis par des milliers d’enseignants qui se sont formés à ses préceptes, notamment grâce à son ouvrage « Lumière sur le Yoga ». Aujourd’hui disparu, il continue d’influencer de nombreux pratiquants à travers le monde. Stéphane Haskell, qui a eu la chance de le rencontrer et de l’interviewer pour son film, est l’un d’entre eux.

Au-delà de la pratique, c’est un mode de vie qui doit s’opérer. Un retour à ce qui est essentiel, à une connexion avec soi-même et les autres. Et tout cela devrait s’apprendre dès le plus jeune âge. Selon le maître BKS Iyengar, « le yoga devrait être enseigné à tous les enfants. » C’est un fait, lors de l’apprentissage de la langue, de l’écriture, de l’histoire ou de la philo, pourquoi ne pas inculquer également des valeurs de tolérance, des techniques de réduction du stress et de prise de conscience de son corps. C’est en se rendant à Gardanne, près d’Aix-en-Provence que le journaliste découvrira l’action d’une jeune enseignante d’anglais dans un collège. Sylviane Vincent milite pour l’intégration du yoga à l’école et fédère les réflexions sur l’apport pédagogique de ces pratiques en milieu scolaire. Un témoignage instructif et plein de sagesse de plusieurs de ses élèves bénéficiant de ce projet finira sans doute de nous conforter dans le fait qu’il n’y a pas d’âge pour commencer le Yoga et comprendre les bienfaits que celui-ci peut avoir dans nos vies actuelles.

Au terme de son pèlerinage, au cours duquel il croisera la route de protagonistes exceptionnels, vrais, forçant notre respect à tous, Stéphane Haskell s’interroge: notre mode de vie occidental, a-t-il la capacité de répondre aux questions fondamentales que pose l’existence? Chacun se fera sans doute sa propre opinion et il est à parier que nos mentalités modernes auront encore du chemin à faire avant d’intégrer les enseignements du Yoga comme un mode de vie, un moyen de vaincre la maladie ou les adversités. Il est toutefois certain que de voir autant de projets, autant d’initiatives liées au Yoga à travers le monde donnera envie à certains de s’y intéresser et même pourquoi pas d’en faire autant. A méditer.

Au-delà de la pratique, c’est un mode de vie qui doit s’opérer.

Production : Septieme Factory - Réalisé par : Stéphane Haskell - Durée : 01h25min

Kilian Bron
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