Publié le 15 mars 2020

De New-York à Ushuaïa

Récit d’un road trip hors du commun

Carnet de Voyage

Enfourcher sa moto, partir à l’aventure, tailler la route avec son meilleur ami, beaucoup en rêvent, très peu le réalisent. Matias et Joel, eux, l’ont fait. Ils ont traversé les Amériques, des Etats-Unis à l’Amérique du sud, en compagnie de leurs fidèles BMW vintage. Une histoire riche de rencontres, de rires partagés, de galères, de paysages, un rêve réalisé à deux sur une route semée d’embûches mais aussi remplie d’humanité.

 

6 mois. 13 pays. 32 000 km. 66 pleins d’essence. 5 crevaisons. 1 accident. Tel est présenté le livre de Matias Corea, l’Aventure à Moto.

Cet espagnol d’origine a rallié Brooklyn, quartier de la capitale new-yorkaise à Ushuaïa, en Argentine, lieu considéré comme étant « le bout du monde », lors d’un road trip à moto avec l’un de ses amis du lycée, Joel. Tous deux amoureux des 2 roues, ils ont bravé des milliers de kilomètres à la poursuite d’un rêve et d’une promesse qu’ils s’étaient faits des années auparavant.

C’est à la suite du décès prématuré de sa sœur Soledad, que Matias repense à cette promesse. Il veut s’évader, fuir cette douleur qui le tenaille et comprend que ce voyage, c’est maintenant qu’il doit le faire.

 

 

« À ce moment-là, j’ai compris que l’idée selon laquelle nous avons toute la vie pour réaliser nos rêves est une illusion. Après presque vingt années à me focaliser sur ma carrière, je savais que la vie devait m’offrir autre chose. Pourquoi travailler, si je ne pouvais faire des expériences au-delà de la routine ? Il était temps de réaliser mon rêve. »

Immersion au cœur des Amériques

Le choix de l’itinéraire, pour les deux routards, est passé par un large sondage auprès de leurs proches. Ils souhaitaient, avant tout, ne rien rater des points d’intérêt de chaque pays et ont concocté, à l’aide de Google Maps, un projet bien plus fourni que ce qu’ils pensaient au départ. Mais peu importe, le but était de découvrir et s’immerger un maximum dans la culture locale et, cela passait par rouler sur des routes secondaires, à la rencontre directe des peuples et des paysages. Et puis, trop planifier un trajet comme celui-ci, c’est aussi perdre de son charme.

« Durant un tel voyage, il est important de laisser de la place pour la spontanéité et l’improvisation. »

 

Et c’est ce qu’ils ont fait pendant ce road trip. Un séjour à Utopia, sorte de communauté hippie moderne, leur réservera un moment paisible et une bouffée de sérénité au cœur de la jungle guatemaltèque. Une étape à Unicornio Azul, posada rurale tenue par une française, Pauline Décamps et son mari Fernando, encore au Guatemala, les plongera dans une vie simple, proche de la terre et des animaux. Un repas partagé avec une famille au fin fond de la cambrousse colombienne. L’hospitalité et la gentillesse d’Abraham à 3962 mètres d’altitude au Pérou.

Autant d’expériences et de souvenirs impérissables, ancrés dans la mémoire des aventuriers, qui n’auraient pas été possibles sans sortir des sentiers battus.

Un parcours au hasard qui ne cesse de les émerveiller, tant les paysages qu’ils traversent sont époustouflants et sans cesse différents.

 

« Un périple à moto ne consiste pas à rouler sur de longues distances, mais à sonder le cœur de chaque territoire du parcours. L’humidité dense de la jungle guatemaltèque, le brouillard épais qui nous collait au visage sur le Nevado del Ruiz, la pluie froide sur la montagne d’Abraham, l’odeur de la poussière brûlante dans les plaines de Bolivie : voyager à moto nous lie profondément à chaque paysage. Les changements qui s’opèrent autour de nous ne passent pas inaperçus : nous sommes en totale immersion dans l’âme profonde des contrées traversées. »

 

Des hauts et des bas

Parcourir tant de kilomètres invite bien évidemment à quelques déconvenues. Sur la route, dans des pays étrangers, le danger est présent à chaque tournant, mais pas toujours celui que l’on croit. Ils avaient bien entendu dire, à l’annonce de leur projet, que telle ou telle nation abritait tel risque.

« La plupart des informations que nous avons recueillies auprès d’amis prenaient la forme d’histoires effrayantes sur les dangers inhérents à chaque pays, mais ces anecdotes provenaient souvent de personnes qui n’avaient jamais effectué elles-mêmes le voyage à moto. »

Plutôt que d’avoir peur et de se laisser perturber, ils ont décidé de laisser une chance à l’aventure et à la réalité du terrain. Toutes ces histoires effrayantes entendues s’insinuèrent pourtant dans leur esprit dès le passage de la frontière mexicaine. Cependant, au fur et à mesure de leur avancée, ils constatèrent, heureux et soulagés, qu’en réalité, aucune menace ne planait au-dessus d’eux. Matias et Joel décidèrent alors de ne plus écouter les craintes infondées mais plutôt les conseils avisés des autochtones, des voyageurs et de ceux qui vivent réellement l’expérience.

Dans ce genre d’escapade, les ennuis mécaniques font également partie intégrante du voyage. On ne fait pas 32 000 km avec des BMW vintage sans connaître quelques pannes et autres ennuis de moteur ! Mais finalement, la conception de ces vieilles bécanes offrait quelques avantages.

« Les motos anciennes étaient construites différemment. Elles étaient plus simples, moins sophistiquées. Ces BMW à refroidissement à air furent spécialement conçues pour un entretien facile. Ces motos sont dénuées de capteurs, de pièces électroniques, de micropuces ou d’ordinateurs qui seraient bien plus difficiles à régler et à réparer. » 

 

 

 

Pour Matias, il est indispensable d’avoir une bonne expertise de son véhicule, d’apprendre les bases de la mécanique sur ce genre de moto et surtout savoir être prêt à réparer les soucis les plus fréquents. Ensuite, croiser les doigts pour ne pas avoir de gros problème sur les engins ! Et si c’est le cas, savoir trouver la personne qui saura en prendre soin.

Tout comme les circuits et pièces de leurs montures, abîmés et lésés par la route, les deux amis ont dû faire face à la maladie et à l’épuisement. Des anecdotes dont ils se seraient bien passés, mais qu’ils ont prises avec philosophie et sagesse. Leur avantage était qu’ils n’avaient, encore une fois, pas défini un timing trop serré ou un itinéraire au km près. Cette conception du voyage leur a permis d’accueillir chaque difficulté avec sérénité. Même lorsque l’un d’eux glissa et se retrouva à terre et blessé.

Une chute qui, fort heureusement, n’eut pas d’issue grave, mais qui toutefois, rappela aux aventuriers que la vigilance et la raison étaient des alliées indispensables à ce genre d’excursion. Alors que finalement, la liberté d’enfourcher sa moto dans de tels paysages inviterait plutôt aux coups de tête et à l’exaltation.

 

« Allongé sur mon lit d’hôpital, ahuri et le corps meurtri, conscient d’avoir la chance d’être encore en vie et en un seul morceau, je sais pertinemment que j’aurais pu l’éviter. J’ai voulu suivre le rythme d’un autre et repousser mes limites sans prendre en compte les risques encourus. J’aurais dû ralentir et prendre mon temps, mais j’ai préféré mettre ma vie en péril. »

Une leçon que Matias n’oubliera pas.

Un voyage existentiel

Ce trip, ce n’est ni une histoire de performance, encore moins une histoire de record. Il s’agit d’une épopée mécanique, au travers de pays inconnus, mais aussi d’un passé, d’un présent, de l’image d’un futur. Pour Matias, ce voyage signifie bien plus que des kilomètres de poussière et de goudron, il est sa chance de faire la paix avec les circonstances de la vie qui l’ont mis à terre, et quelque part faire le deuil de sa sœur qui lui manque tant.

 

 

« J’avais l’impression d’accomplir ce voyage pour nous deux. C’est une aventure dans laquelle ma sœur aurait adoré se lancer. Après un mois passé sur la route, j’avais la conviction qu’elle m’accompagnait. »

Rouler à moto sur de telles distances implique de longs moments de contemplation des décors qui se dressent sur la route et, bien qu’étant accompagné, de méditer seul. L’exploration des lieux se confond alors avec l’exploration de sa propre conscience, les routes avec les lignes de sa vie, les virages avec les choix que l’on a pris dans son existence. Une occasion de faire le point sur soi, ses projets et ce que l’on attend de l’avenir et même parfois, de relâcher les douleurs d’un passé devenu trop lourd à porter.

C’est en argentine, sur la Ruta 40 dont l’immensité s’étale à perte de vue, lorsque son voyage touche à sa fin, que Matias prend la mesure de cet état transcendant et méditatif.

 

« Ce n’est que maintenant, sur cette route déserte et prévisible, que je me mets à considérer le passé. Parfois, les réflexions sont légères et éphémères mais d’autres fois, elles me pèsent ; tout remonte à la surface. Ne pouvant échapper à mes propres pensées, je les affronte. J’excuse et je pardonne, à moi-même comme à autrui. Mon esprit fait son propre voyage existentiel, à l’intérieur de mon casque. Je ne trouve pas toutes les réponses, mais je pleure sur des kilomètres, lâchant prise, en guise d’adieux. »

 

 

Et que penser d’une amitié qui traverse les années et les bornes ? On dit souvent qu’on ne connaît bien une personne que lorsqu’on a voyagé avec elle. Passer autant de temps avec quelqu’un peut être vite source de conflit. Matias et Joel ont vécu cette expérience comme une équipe soudée, prête à braver n’importe quel danger et à profiter de toutes les bonnes choses qui se présenteraient sur la route. Ils se connaissent depuis l’âge de 16 ans, ils ont déjà  fait de nombreux voyages à moto ensemble, une telle amitié ne pouvait laisser place qu’à un voyage spécial, au goût de fraternité et d’entraide. Et même si parfois, la route était semée d’embuches, ils étaient deux pour les affronter.

 

« Les journées difficiles font inévitablement partie de l’aventure, ce sont celles qu’on se rappelle le mieux, avec la plus grande fierté d’avoir pu les supporter ensemble. »

 

Ce que les deux aventuriers retiendront le plus de cette escapade, restera sans doute l’humanité dont ont fait preuve les âmes rencontrées sur ce parcours. Malgré les différences, malgré l’inconnu, de nombreux hommes et femmes ont été prêts à leur tendre la main lorsqu’ils en avaient besoin. C’est une expérience humaine hors du commun que Matias et Joel ont vécu, une leçon qu’ils ne sont pas prêts d’oublier, un tranche de vie rêvée à travers les Amériques, baignée de valeurs partagées et d’hospitalité même dans les endroits les plus reculés. Au Pérou, c’est Abraham qui les a accueillis alors qu’ils étaient perdus, ou David et Michel qui les ont dépannés en essence alors qu’ils étaient à sec. En Colombie, Estéban les a aidés à faire réparer leurs bécanes.

Le récit de l’auteur est rempli d’expériences comme celles-ci, de mains tendues lorsqu’ils ne s’y attendaient pas.

« Je repense à tous ces élans de confiance et de générosité, avec pour seule contrepartie une poignée de main ou un sourire. Tout au long du voyage, nous n’avons cessé de rencontrer des gens profondément généreux, révélant la véritable essence de la nature humaine. Les gens apportent leur aide quand on leur en donne l’occasion. Nous sommes tous frères et sœurs. »

L’Aventure à moto est une aventure qui se savoure, qui se vit avec les protagonistes, qui se regarde aussi, avec les photos incroyables qui illustrent l’ouvrage. Mais au delà de son expédition inédite, Matias nous invite à la réflexion et à envisager nos rêves de façon différente et pourquoi pas, franchir le cap et leur donner vie sans trop attendre.

 

Olivia Bergamaschi

Photos @ Matias Corea

L'Aventure à Moto
Livre paru en France aux éditions Hachette Tourisme Guides Bleus en 2019

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