Publié le 15 septembre 2018

CLÉMENT NOËL

JEUNE PRODIGE DU SLALOM

Interview

Clément Noël, c’est cet individu skiant non-identifié qui, l’hiver dernier, a laissé sa trace sur la planète ski. Du haut de ses 20 ans, pour sa première année dans le groupe France, le vosgien d’origine et savoyard d’adoption, a connu la trajectoire d’une comète.

 

Lancé tout schuss entre les piquets, il a décroché un titre de Champion du Monde junior de slalom, des places d’honneur « chez les grands » sur le circuit de Coupe du Monde, mais surtout, et contre toute attente, une 4ème place en slalom sur la piste olympique de Pyeongchang, à 4 centièmes du podium. Un jeune skieur qui défie les lois de la gravité avec talent, humilité et lucidité.

Malgré tes trajectoires impressionnantes, tu revendiques un parcours classique…

Oui, puisque j’ai franchi les étapes les unes après les autres sans vraiment me projeter et cela, de manière assez naturelle. J’ai commencé le ski chez moi, dans les Vosges, puis, à 15 ans, j’ai fait le choix de partir à Val d’Isère. J’ai intégré le club, puis le comité et enfin la fédération, où je suis passé de la Coupe d’Europe à la Coupe du Monde. Ma progression a été assez linéaire, jusqu’en 2018, où je pense avoir franchi un cap.

Comment expliques-tu l’accélération fantastique de ta carrière l’hiver dernier ?

C’est vrai qu’en 2018, j’ai connu une progression plus rapide que les années précédentes. Le changement de groupe, avec le passage en équipe de France A, m’a permis de côtoyer quotidiennement Jean-Baptiste Grange et Julien Lizeroux, deux slalomeurs hors-pair avec beaucoup d’expérience et une réelle volonté de transmettre. Ils m’ont tiré vers le haut. Lorsque tu skies tous les jours avec eux, tu apprends énormément. Tu dois adapter ton niveau d’exigence et de professionnalisme : même à l’entrainement, tu es en mode « compèt’ » !

Avec le recul, quel regard portes-tu sur ta première saison ?

Intégrer ce groupe et m’y sentir bien m’a permis d’entamer la saison confiant. J’étais prêt techniquement et physiquement, avec en ligne de mire un top 30 que j’estimais accessible. J’avais donc des ambitions, mais ce serait mentir que d’affirmer que je les avais placées à ce niveau-là. J’ai décroché des résultats inattendus et vécu des moments incroyables. Les plus mémorables resteront mes premiers points en Coupe du Monde à Val d’Isère (20ème), dans des conditions difficiles, ma 8ème place à Kitzbühel, ma 6ème à Schladming, la Mecque du slalom, mon titre de Champion du Monde Junior (avec 2’77 secondes d’avance) et surtout mes deux médailles en chocolat aux JO d’hiver, en Corée (4ème en slalom et au Team Event).

J'ai décroché des résultats inattendus et vécu des moments incroyables.

Ces Jeux Olympiques, c’est le point d’orgue de ta saison…

Oui, d’autant plus que je n’avais aucune certitude d’aller en Corée. J’apprends que je suis sélectionné après Schladming, soit seulement deux semaines avant l’olympiade. Participer aux JO, ce n’ était pas un rêve de gosse puisque je ne m’étais jamais projeté aussi loin. Mais quand tu es sur place, tu mesures l’ampleur de l’événement, tu comprends que pour un sportif de haut niveau, c’est le Graal. J’étais dans le stade de biathlon lorsque Martin Fourcade remporte la médaille d’or de la mass-start au sprint, à la photo-finish, en balançant sa spatule. Ça restera un souvenir impérissable, l’ambiance était magique.

Et d’un point de vue personnel ? Si ta sélection est une surprise, alors que dire de ta performance…

Ce qui est paradoxal par rapport à cette 4ème place, c’est que la semaine précédant la course, je n’étais absolument pas en confiance. À chaque entrainement sur la piste olympique, je prenais plus d’une seconde. J’avais du mal à m’adapter à cette neige très agressive. Dans la première manche, je décide quand même d’envoyer fort, de prendre des risques, car aux JO, on ne retient que les trois médaillés. Je suis alors assez surpris du chrono, car même si les sensations étaient bonnes, je n’imaginais pas être aussi bien classé. J’attaque la deuxième manche avec plus de retenue et je fais une petite faute évitable en bas qui me coûte certainement la médaille. L’impression finale est donc mitigée : je suis frustré d’échouer à 4 centièmes du podium, mais je suis également super content. Avec les gars de l’équipe, juste avant le départ, on avait évoqué la 4ème place comme la pire des positions. Mais moi, je n’étais pas d’accord : 4ème, c’est toujours mieux que 5ème !

Exercice critique et introspectif. Quelles sont les qualités physiques et mentales qui t’ont amené aussi vite à ce niveau, alors que le ski est plutôt une discipline à maturation tardive ?

C’est une question que je n’aime pas trop, c’est difficile de dresser un portrait élogieux de soi-même… (Il prend un temps de réflexion) Techniquement, je ne suis ni le plus vif, ni le plus explosif, mais j’arrive à rester bien haut sur mes skis, ce qui me permet de raccourcir les appuis, d’avoir un style assez fluide et donc de prendre de la vitesse dans la pente. Mentalement, je ne sais pas si c’est une qualité, mais je ne me pose pas trop de questions. Dès lors que je suis en haut de la piste, j’engage, je m’attache à faire ce que je sais faire et ce que j’aime : SKIER !

On dit que tu as cette faculté à assimiler très facilement, à être une véritable « éponge » en apprentissage…

Je suis parti très tôt de chez moi. À 15 ans, j’ai fait le choix d’aller vivre dans une famille d’accueil, à Val d’Isère, pour me donner une chance de réussir dans le ski. Ce déracinement précoce m’a fait gagner en maturité et en autonomie. Aussi, j’ai souvent été le plus petit dans un groupe de gens plus âgés. Cela te force à être plus rigoureux, tu apprends à grandir plus vite et cela développe nécessairement une capacité d’adaptation. D’ailleurs, je sens que j’ai un petit décalage avec les jeunes de mon âge. Je le vis très bien, mais j’ai conscience de ne pas avoir eu une jeunesse « normale ».

Quels sont tes objectifs pour l’année à venir ?

Je prends les choses comme elles viennent. Je veux juste faire de mon mieux, continuer à progresser et tenter de confirmer. Petit à petit. Je recherche de la régularité. Cette constance dans la performance, c’est vraiment une qualité que j’admire chez des champions comme Martin Fourcade et Marcel Hirscher. Ils sont très inspirants à cet égard. Forcément, je serai plus attendu, plus observé dans le portillon de départ… les petits dans les clubs me reconnaissent plus qu’avant, mais ça ne représentera en aucun cas une pression négative. La pression, je me la mets moi-même ! Ça m’aide à me concentrer et à exprimer au mieux mon ski.

 

Interview : Baptiste Chassagne
Photos : Agence Zoom

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