Publié le 15 mars 2018

CEDRIC JACQUOT

Dernier vainqueur de l'Alps Man

Interview

Cédric Jacquot, vainqueur de l’AlpsMan,
une épreuve herculéenne…

3,8 kilomètres de natation, 180 de vélo puis 42 de course à pied. Soit près de 100 allers-retours dans un bassin de 50 mètres, une étape du Tour de France puis un marathon. Prises individuellement, ces distances sont déjà considérables. Mettez-les bout-à-bout et vous obtenez un Iron Man, une épreuve titanesque.

 

Agrémentez-le d’un départ à 4h45 depuis un bateau amarré en plein milieu du Lac d’Annecy, de 6 000 mètres de dénivelé positif et d’une double ascension du redouté Col du Semnoz, à bicyclette puis à pied, et vous obtenez l’AlpsMan. Une épreuve de titan ! Un triathlon de l’extrême qui pour ses deux premières éditions a consacré un même vainqueur : Cédric Jacquot, un vainqueur extra-large.

Cédric, comment décrirais-tu l’Alpsman à quelqu’un qui ne connait pas l’épreuve ?

Un peu essoufflé, non pas à l’idée des efforts consentis pour remporter l’épreuve mais car il répond à cet interview sur son vélo, avec lequel il vient de parcourir 135 kilomètres en 5h, ndlr

L’AlpsMan c’est un triathlon de l’extrême, une épreuve hors-du-commun. A deux niveaux : de par sa difficulté d’abord, car c’est un effort particulièrement long et intense, mais aussi de par sa beauté, puisque les paysages sont magnifiques. Le lac, la montagne, le Mont-Blanc… Tu souffres, tu souffres même longtemps, mais dans un cadre grandiose. Et ça, c’est indispensable pour pouvoir dépasser ses limites sur des courses aussi éprouvantes (il gagne en 12h21 en 2016 et en 12h09 en 2017, ndlr).

Et le parcours, en quoi est-il différent des autres Iron Man auxquels tu as pu participer ? Qu’est-ce qui fait la singularité de l’AlpsMan ?

C’est un parcours semé d’embûches ! Particulièrement difficile, avec beaucoup de dénivelé, que ce soit en vélo (4 300 m d’ascension cumulés) ou à pied. Mais pour moi qui suis issu du cyclisme, avec un profil de grimpeur, c’est plutôt à mon avantage. J’aime les paysages vallonnés donc ça valorise mes qualités physiques intrinsèques. Sinon, au-delà de la topographie, il y a deux choses qui font la singularité de l’AlpsMan : le départ groupé, à 4h45, depuis un bateau au beau milieu du Lac d’Annecy où tu es à la limite de te demander ce que tu fais là, et la cloche au pied du Semnoz. En fait, pour pouvoir accéder à la ligne d’arrivée qui se situe au sommet du col, tu dois arriver en moins de 12 heures à cette fameuse cloche, la faire sonner, et ensuite seulement tu as le droit, pour ne pas dire le privilège, de monter. Et alors là, ça devient vraiment dur, tu avances comme tu peux, tu alternes marche et course…

Quels sont ton meilleur et ton pire souvenir sur l’AlpsMan ?

Le pire sans hésiter, c’est la partie natation lors de la première édition. Il y avait énormément de brouillard, pas de lune et donc aucune visibilité. Il faisait froid, il y avait des vagues, du vent, c’était dantesque. J’ai nagé près de 5 km au lieu de 3,8 normalement. S’il y avait une barque dans le coin à ce moment-là, j’abandonnais. Finalement, je mets plus d’une heure et demie à rejoindre le parc à vélos, avec 30 minutes de retard sur la tête de la course. C’est assez paradoxal car 11 h plus tard, je vivais ce qui restera mon plus beau souvenir. Arriver au sommet en vainqueur, sortir du bois et prendre ce panorama magnifique en pleine figure, c’est juste magique. Aussi bien la première que la deuxième fois.

Aujourd'hui, courir un marathon, c'est devenu banal, presque à la portée de tout le monde.

Comment t’es venue cette passion pour le triathlon (très) longue distance ?

Jeune, j’ai pratiqué le sport à haut-niveau. J’ai même été vice-champion de France de VTT et réalisé quelques résultats honorables sur des courses cyclistes de 1ère catégorie. Mais ensuite, pendant 10 ans, j’ai complètement coupé. Plus d’envie, plus de motivation. Quand j’ai eu 30 ans, un ami m’a proposé de participer à un 10 km puis à un marathon et enfin à un duathlon. Pour le challenge d’abord. Et c’est alors que je me suis rendu compte que coupler la pratique de la course à pied avec celle du vélo me permettait de mieux récupérer et de limiter le risque de blessures. En 2008, je m’inscris, pour le défi, à mon premier triathlon, un 70.3 (half-Iron Man) à Monaco, et en 2009, je prends le départ de l’Iron Man de Nice. Sans véritable objectif si ce n’est celui de finir. Je finis 15ème au scratch et me qualifie donc pour la finale mondiale à Hawaï. C’était seulement mon deuxième Iron Man et j’affrontais déjà le mythe, le Graal de tout triathlète. Depuis, j’ai participé 8 fois d’affilée à l’Embrunman, avec notamment une 5ème place en 2012. Egaler cette performance ainsi que le triplé sur l’Alpsman constitueront d’ailleurs mes deux gros objectifs de la saison. 

On peut dire que tu as connu un apprentissage express du triathtlon… Quels conseils donnerais-tu au sportif que tu étais il y a 10 ans et qui souhaite s’initier à la discipline ?

Je lui conseillerais d’y aller progressivement. D’être patient et régulier. Il faut d’abord rechercher de bonnes sensations dans les 3 sports avant de pouvoir les enchaîner convenablement. Généralement, tu viens au triathlon avec un « passé » sur l’un des 3 sports, qui constituera alors ton point fort. Il s’agit de l’entretenir, tout en s’accordant assez de temps pour travailler ses points faibles. Et là, le rôle du coach est primordial, car les mauvaises habitudes techniques que tu prends au début ne te quittent jamais. Pour ma part, je ne savais quasiment pas nager lorsque j’ai commencé et par volonté d’apprendre par moi-même, je conserve aujourd’hui de vraies lacunes en natation. Aussi, pour ceux qui s’engagent sur de longues distances, je leur recommande de décomposer leur course. Surtout, de ne pas compter combien de kilomètres les séparent de l’arrivée, mais plutôt de se fixer de petits objectifs à court-terme. Enfin, à tous les apprentis triathlètes, il faut que ce sport demeure un plaisir, une revendication de liberté.

Justement, comme toi, beaucoup de sportifs s’intéressent à ces efforts presque surhumains. Comment expliques-tu une telle tendance ? Est-ce uniquement une quête de plaisir ?

C’est vrai qu’il y a un enthousiasme général pour ces épreuves qui peuvent paraître un peu surhumaines et totalement folles au premier abord. Mais, tous les sports deviennent de plus en plus extrêmes. Aujourd’hui, courir un marathon, c’est devenu banal, presque à la portée de tout le monde. Je crois que c’est la nature humaine qui veut ça : ne jamais se satisfaire de ce que l’on a et toujours repousser plus loin ses limites. Par contre, pour que ce dépassement de soi soit positif, il faut que l’objectif reste réalisable et que l’on y trouve un certain plaisir. Je suis père de 3 enfants en bas âge et je travaille en tant que chauffeur particulier depuis plus de 15 ans. Donc parfois, je me sens très éloigné des préoccupations de l’athlète de haut niveau. Le triathlon n’est pas une priorité, c’est une passion, dans laquelle je m’implique certes, mais où je recherche surtout bien-être et plaisir.

 

Interview : Baptiste Chassagne
Photos : Activ'images

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