Publié le 15 mars 2018

CAROLINE CHAVEROT

UNE FEMME UN DESTIN

Interview

RENCONTRE AVEC L'UNE DES MEILLEURES ULTRA_TRAILEUSES AU MONDE

Caroline Chaverot, 41 ans, a une vie bien remplie : maman, professeur au lycée et traileuse de haut-niveau. Après une année 2016 exceptionnelle où elle a enlevé tous les plus beaux trophées de la planète trail, son année 2017 s’est révélée plus difficile. Alors qu’une nouvelle saison vient de débuter, la coureuse fait le point sur cette nouvelle étape de sa carrière.

 

À quel moment commence ta saison ?

Elle commence fin février avec la course Trans Gran Canaria. Ma période d’hibernation n’a pas été très longue, j’ai levé le pied entre l’UTMB et la Sainté-Lyon… ensuite il n’y a pas eu trois mois et ça repart. Cet hiver, je me suis pris de passion pour le ski de fond, le skating, du coup, la course aux Canaries m’a forcé à reprendre l’entrainement plus tôt et sacrifier quelques belles sorties de ski de fond !

Tu cours l’hiver ?

J’avoue que l’hiver, quand on ne voit pas le soleil à Genève (où Caroline travaille, ndlr) et qu’il faut monter au Salève… c’est dur… j’en connais chaque caillou… une sortie longue de 3 ou 4 h dans le froid, surtout cette année, c’est un peu difficile… Ce qui coûte aussi, c’est la discipline de vie : surveiller son état de fatigue, surveiller sa nourriture, ne pas se coucher trop tard… Ca peut devenir pesant une vie d’athlète et une vie de famille.

Il te faut combiner toutes ces contraintes…

En plus de mon travail et de mes entrainements, j’ai trois jeunes enfants avec qui j’aime passer du temps… ils prennent le pas sur la vie sportive, car par une belle journée je préfère une balade avec eux qu’une sortie d’entrainement. Ca fait partie de mon équilibre général, ca m’apporte énormément de leur transmettre ma passion pour le sport et la montagne.

Tu aimes la compétition, c’est dans ton ADN ?

Je faisais du kayak dans ma jeunesse, je suis allé deux fois aux Championnats du monde junior et senior, j’ai été Championne suisse de Kayak. Il y a une grande différence avec le trail : on peut s’entrainer seul, trouver de bons terrains d’entrainement presque partout. En kayak, si tu n’as pas le bon bassin, tu n’as aucune chance de performer.

Avant, je considérais que la compétition se pratiquait jeune. En kayak, il faut avoir commencé à 12 ans, sinon c’est fichu et la plupart arrêtent leur carrière à 20 ans, les plus forts allant jusqu’à 30. Cette page du kayak tournée, je ne pensais plus faire de la compétition, surtout en commençant le trail à 35 ans, je ne croyais pas avoir une chance de percer. Et pourtant, c’est comme une deuxième vie ! D’ailleurs, pendant longtemps j’avais le syndrome de l’imposteur : malgré mes progrès et mes résultats, je me mettais toujours mes victoires sur le compte de la chance, du niveau peu relevé… même en 2016 quand j’ai enchainé les victoires les unes après les autres ! J’ai du mal à me considérer comme un athlète de haut niveau ! En 2017, j’étais fatiguée, c’était compliqué, et là je me suis rendu compte de ce que j’avais accompli.

Dans quel état d’esprit tu abordes cette nouvelle saison de courses de trail ?

Je manque de sérénité à mesure que la première course, la Trans Gran Canaria, approche. J’ai du mal à dormir, j’ai peur d’être rattrapé par mon corps. Il ne faudra pas trop en faire à l’entrainement pour que j’arrive fraiche sur la ligne de départ… mes ennuis de santé ont laissé quelques traces, je récupérais beaucoup mieux avant, je me fatigue plus vite. Il faut que je m’adapte, que je prenne du plaisir dans tous les cas, varier les courses d’une année à l’autre, pratiquer des sports croisés (ski de fond, vélo, escalade, profiter de la montagne). Je prends les choses de façon plus détendues et ne me focalise pas seulement sur le volume d’entrainement.

C’est vrai, j’ai un esprit de compétitrice ! Le jour où j’arrêterai, je continuerai à courir, à garder cette discipline de vie, j’aime la montagne pour être en montagne mais j’aime aussi gagner, je prends mal l’échec, je donne le meilleur de moi-même dans une course.

C'est un sport populaire au sens noble du terme.

Quel conseils pourrais-tu donner à ceux qui veulent débuter en trail ?

Allez-y progressivement pour éviter les blessures. Fixez-vous (pour ceux qui ont une famille et un travail) des moments dans l’agenda pour ne pas vous laisser déborder par les activités quotidiennes. Beaucoup ne trouvent pas le temps, alors que c’est seulement une question d’organisation. En dessous de trois séances par semaine, c’est difficile de progresser. Ne perdez pas votre temps à faire de la piste ou de la route, car le trail a ses particularités, il vaut mieux courir sur des terrains techniques, apprendre à descendre, s’entrainer spécifiquement.

Quel plaisir retires-tu de ce sport ?

Ce qui est génial dans le trail, et que je n’ai pas connu dans le kayak, c’est que ça rassemble des gens avec des objectifs et des ambitions très différents. C’est un sport populaire au sens noble du terme. Il y a une petite proportion d’élite sur les courses et beaucoup viennent seulement s’amuser, un sport qu’ils pratiquent occasionnellement. Ce n’est pas un sport d’élite !
Même à l’UTMB, il n’y a que 3% d’élite… ce qui ne veut pas dire que les autres ne se préparent pas sérieusement !

J’aime les sports techniques, c’est pour cela que le trail ne m’intéressait pas dans ma jeunesse, ce n’était pas assez technique. Mais avec l’âge, je me rend compte qu’il y a quand même beaucoup de technique, par exemple en descente. Le sport est quand même très accessible, par rapport à d’autres activités (je pourrais citer le kayak !), je ne me suis pas posé la question de la foulée quand j’ai commencé. J’ai couru d’abord et ensuite j’ai appris…


Interview : Guillaume Desmurs
Photos : David Gonthier

Les 3 victoires qu’elle juge les plus importantes :
Victoire à l’UMTB 2016
Titre de championne du monde 2016
Victoire à l’Ultra Trail World Tour en 2016

CEDRIC JACQUOT
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