Publié le 12 janvier 2018

Ben Mazué

« Je me trompe tous les jours »

Interview

Qu’il échoue ou réussisse, il tente. Cette volonté d’aller au bout de ses envies, l’ex-médecin l’a profondément ancrée en lui. Pour ce troisième album intitulé La femme idéale, Ben Mazué a décidé de mettre ses émotions à nue. Un magnifique parcours.

 

 

Quel événement vous a fait sortir de l’anonymat ?
Je n’ai pas une carrière qui m’a fait passer de l’ombre à la lumière en ouvrant une porte. Je mène ma barque depuis dix ans, je pose des pierres, l’une après l’autre, je progresse, j’avance. Je me trouve sur une pente ascendante, lente mais qui parcourt une distance. C’est une protection contre les effets de mode, contre tout ce qui est passager.
Possédez-vous une technique d’écriture ?
Je dois en avoir une même si je n’ai pas l’impression d’appliquer une méthode. Par ailleurs, j’ai tellement écouté de musique que je crois comprendre ce qui va et ce qui ne va pas. En revanche, il faut que je me sente libre pour écrire, que je dispose de temps, sans impératif ni rendez-vous. L’idéal est de partir en voyage.
La nostalgie est-elle un mal qui fait du bien ?
Oui, j’en parle d’ailleurs dans mon album comme d’une liqueur triste. La nostalgie provoque en moi une sorte de déséquilibre intérieur qui me donne envie d’écrire, de chanter, de faire de la musique, de produire. Peu d’émotions sont capables de ça.
Sur le 3e album, vous estimez vous être «trouvé»...
Je me suis trouvé d’un point de vue artistique. Je pense que l’album correspond bien à mon humeur, à ce que j’avais envie de proposer sur un plan musical et au niveau du texte. Ce n’était pas facile car il a fallu que je m’entoure de musiciens, de réalisateurs qui soient au diapason avec ce que je cherchais à faire. J’ai trouvé des personnes,
un flot, des propos, des thèmes qui sont cohérents et que j’ai envie de défendre. Mener des projets de longue haleine, des grands tunnels, donne confiance en soi.
Sur quoi doutez-vous ?
Sur tout. Je n’ai pas de vrai instinct qui pourrait faire dire à mon corps ou à mon cœur, stop ! Je réfléchis, je pèse le pour et le contre. Ma décision est longue mais elle s’appuie sur un axe de raison. Les paris que je prends se basent toujours sur une réflexion.
Quel pari avez-vous gagné ?
Le format de mon spectacle. Il est assez particulier car il me place entre chanteur et conteur. Je raconte une histoire et je mets des chansons dans cette histoire. Il fallait avoir l’audace de se dire « c’est ça qui te correspond ». Ce format me caractérise, fonctionne et me fait plaisir.
Vous chantez « De nous deux amoureux, qui bâillera le premier ? ». Quel est votre secret pour faire durer un couple ?
Il n’y a pas de raison pour faire durer un couple. Aucun amour n’est supérieur à un autre. Certaines histoires
magnifiques sont très courtes et d’autres pathétiquement longues. Je ne hiérarchise pas. Le secret d’une histoire d’amour qui réussit est d’aller jusqu’au bout : qu’elle dure des années ou qu’elle s’arrête après-demain.
A quoi ressemble votre femme idéale ?
Dans le cadre de mon album, je parle de la quête d’idéal pour faire la différence entre, essayer d’être le mieux
possible et en même temps, accepter qui on est. C’est à dire s’aimer avec nos défauts, sans essayer de les gommer au risque de faire de soi quelqu’un de parfait mais qui ne nous ressemble pas.
Quel défaut vous gêne le plus ?
Je ne sais pas danser et cela représente un vrai problème. Les gens qui dansent s’expriment avec leur corps sur la musique. Moi, je chante, j’en ai fait mon métier. Or, danser et chanter se complètent et je devrais savoir danser. Quand je danse, je suis gauche, pas coordonné, je ne prends aucun plaisir et n’exprime pas ce que mon corps voudrait dire. J’ai tenté d’apprendre mais à présent, j’essaie de m’accepter.
Que reste-t-il du médecin que vous avez été ?
Une certaine faculté d’empathie. Se mettre à la place des autres, les comprendre. Il me reste aussi un souvenir de victoire. Finir des études longues est un énorme message qu’on s’envoie à soi-même et qui permet de se dire :
je peux le faire.
Vous êtes-vous déjà trompé ?
Je me trompe tous les jours. Je me dis souvent que j’ai le droit d’essayer si j’en ai envie et même si je ne possède pas les compétences. Je tente et si j’échoue, je passe à autre chose, sans y mettre du drame. Se tromper permet d’avancer et fait partie de mes qualités : considérer que tout est possible.
Propos recueillis par Nathalie Truche

Camille Lellouche
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