Publié le 31 mars 2021
Annecy Wave
Crédit photo : SURFEURS D'EAU DOUCE

Annecy Wave

Le projet qui fait des vagues en Haute-Savoie

Reportage, Surf

Avant même la première pierre posée, avant même la première vague creusée, le phénomène Annecy Wave provoquait déjà un raz de marée dans la ville annécienne. Porté par l’association Surfeurs d’Eau Douce, ce projet, destiné à faire naître une vague dans le lit du Thiou, sera bientôt ouvert aux pratiquants. L’occasion de faire un petit topo sur le concept et ce qu’il nous réserve en 2021. 

Crédit photo : SURFEURS D'EAU DOUCE

Dès le départ, Annecy Wave, a suscité les réactions. Bonnes ou mauvaises, pour ou contre, le moins que l’on puisse dire est que le projet n’a laissé personne indifférent. C’est aujourd’hui donc, au terme de mois, d’années de persévérance, d’acharnement et de collaborations, que Surfeurs d’Eau Douce ( SED ) et son président, Charles Aubert, peuvent enfin toucher du doigt le rêve de surfer dans la Venise des Alpes. Ou plutôt, pour être tout à fait juste, sur la commune de Cran-Gevrier où se trouve le seuil Mercier, point stratégique de tout le projet.

C’est en effet ici que se tiendra bientôt le spot de surf, qui accueillera, dans un premier temps, seulement les membres qui se

sont inscrits à l’association pour l’année en cours. Un dispositif qui permettra de réguler l’utilisation de la vague, le temps de voir comment l’activité se met en place.

Un long processus

Sur le papier, le principe est simple : placer un module en contrebas du barrage, au Seuil Mercier, pour créer une vague statique continue. Sur le papier. Dans la réalité, la chose est un peu plus complexe et a nécessité, et nécessite encore, de nombreuses étapes de mesures, d’analyses, de tests et de construction avant qu’Annecy Wave fête enfin son ouverture. Un travail de longue haleine, porté par une passion pour le surf et une furieuse envie de la partager. Car oui, ce projet est avant tout une affaire de passionnés, motivés à mettre au point cette idée incroyable, tout en respectant les lieux, l’écosystème et les riverains. 

C’est Charles Aubert, président de l’association Surfeurs d’Eau Douce qui est à l’initiative de cette idée folle. Sa ténacité et sa persévérance payent aujourd’hui et, rejoint par la team SED, il engage concrètement les choses dès Novembre 2019 avec le lancement d’un campagne de financement, afin de réunir les fonds nécessaires pour les travaux. Porté par l’enthousiasme de la communauté surf locale, l’objectif est atteint, engageant par la même occasion la phase « chantier » d’Annecy Wave. En 2020, il aura fallu à l’équipe jongler entre la COVID-19, le confinement et les intempéries! Autant de difficultés qui n’ont pas refroidi les surfeurs d’eau douce. Analyse du débit, cahier des charges, plans, réunions et dépôt du dossier, travaux et montage du module, les phases du projet se sont succédées jusqu’au mois de Décembre où les premiers tests en « réel » ont été réalisés. Un début d’aboutissement pour toute l’équipe. 

Ces trois sessions de test ont permis de vérifier le fonctionnement assez prometteur de la vague, mais aussi de se rendre compte des ajustements à prévoir pour que l’utilisation de cette dernière soit optimale. Le module a ainsi été démonté pour le modifier et rendre la vague moins creuse et plus tolérante. Durant l’hiver, les fortes précipitations ont pu tester la résistance du module aux débits les plus importants et, force est de constater que ce ne fut pas concluant. L’équipe du SED a dû donc encore consolider la structure, ajustant et affinant encore et toujours, le projet.

Un travail de longue haleine, porté par une passion our le surf et une furieuse envie de la partager

Crédit photo : SURFEURS D'EAU DOUCE

2021, l'année de la vague

Crédit photo : SURFEURS D'EAU DOUCE

Au terme de tous ces efforts, c’est bien cette année que le public ( les adhérents SED dans un premier temps) pourra surfer sur le Thiou. Une réalisation qui fait trépigner d’impatience tous ceux qui ont suivi le projet depuis le début. Afin d’accueillir tout ce petit monde, il faut notamment organiser les créneaux de disponibilités de la structure qui, en fonction du débit du cours d’eau ( saisonnalité des précipitations et de la fonte de la neige ) permettra à la vague de fonctionner entre 80 et 100 jours par an. Ce qui signifie concrètement qu’entre janvier et juin, mais aussi en automne, le débit sera suffisant pour permettre au module de générer une vague à surfer. Donc si vous pensiez « rider » en boardshort ou en bikini, vous devrez vous faire une raison car il n’y aura pas de sessions estivales !

Les créneaux seront donc ouverts aux adhérents, au début. Une manière de réguler le nombre de pratiquants et surtout, faire les premières analyses sur l’utilisation de la structure. Deux catégories d’adhérents répondant aux doux noms de « Truites » et d’« Alevins », se partageront l’utilisation de la vague. Les surfeurs auront la possibilité de réserver un créneau d’1h30 sur la vague, soit en accès libre ( en fonction du débit et des disponibilités des responsables de créneaux ), soit en accès encadrés, en fonction de leur catégorie.

Pour bloquer un créneau, les inscrits recevront, en amont par mail, ce que l’asso appelle des « Swell alert » annonçant que la vague est ouverte ( débit suffisant et bonnes conditions ). Là, il faudra dégainer rapidement et se rendre sur le site de réservation en ligne pour avoir la chance de surfer au moment voulu. Les sessions d’1h30 seront accessibles à 10 personnes maximum qui tourneront sur la vague dans le laps de temps imparti.

Côté tarifs, les premières conditions parlent de gratuité des sessions, dans la mesure où l’on a payé son adhésion à Surfeurs d’Eau Douce, soit 40€/an pour les Truites ( complet ) et 20€/an pour les Alevins. Le matériel, mis à disposition des pratiquants comme les planches, les combinaisons, les casques et gilets, sera fourni à prix libre.

Au-delà du surf, un projet global

Annecy Wave est avant tout un projet collaboratif qui a donné naissance au collectif du Thiou, dont la raison d’être est de suivre la situation et s’engager à mettre en place des actions durables autour du cours d’eau. Une conception partagée par les membres de l’asso, qu’ils revendiquent haut et fort :

« Sportifs et amoureux de la nature, nous aménageons et animons un espace d’eau vive en ville autour d’une vague naturelle, en améliorant et en valorisant la qualité de l’écosystème du Thiou, afin de rendre accessible au plus grand nombre la pratique d’activités sportives de rivière et de sensibiliser à la protection du milieu aquatique. »

Ainsi, nous n’avons pas juste affaire à une activité de loisirs de plus, mais bel et bien à un projet global, incluant toutes et tous autour d’une action commune, ayant plusieurs objectifs :

• Environnementaux : Améliorer la qualité de l’eau / Aucun impact négatif sur la faune et la flore / Minimiser les impacts indirects. 

• Sociétaux : Développer la pratique des sports de rivière / Favoriser l’accès à un public varié / Sensibiliser à la protection du milieu aquatique.

• Économiques : privilégier les structures locales, engagées pour l’environnement.

Vous l’aurez compris, pour avoir la chance de glisser sur le Thiou très bientôt ( on estime l’ouverture de la vague en Mars-Avril ), dépêchez-vous d’adhérer à l’association. Les Truites sont complètes mais il reste encore de la place chez les Alevins !

INTERVIEW CHARLES AUBERT Instigateur du projet et Président de Surfeurs d’Eau Douce

Peux-tu nous parler de la genèse de ce projet ?

Le projet est né en 2010 dans le cadre de mon diplôme en master de design à l’école Strate Collège à Sèvres. Je travaillais alors sur le rapport entre l’Homme et l’élément eau. Après de nombreuses recherches, je me suis alors focalisé sur la rivière, ses usages, ses pratiques, sa gestion et la relation que nous entretenons avec. Grâce à une méthode de « brainstorming », il en est ressorti que les barrages étaient globalement un problème transversal d’un point de vue durable : problème à l’écoulement libre d’une rivière (écologique), zones dangereuses voire interdites et inaccessibles à l’Homme (sociétal), et certains anciens seuils allaient devenir un problème pour leurs propriétaires, ceci dû notamment à des

obligations d’aménagement (économique). Ma réponse fut de proposer une solution pour ces barrages en proposant une idée novatrice qui puisse être une réponse aux contraintes économiques et sociales.

Passionné de Surf et curieux, je savais qu’il était possible de générer une vague sans besoin d’énergie et que cette vague serait le centre d’intérêt qui permettrait de financer le seuil, proposer une nouvelle pratique qui rassemble les acteurs autour de son usage et permettre de faire évoluer le rapport que nous entretenons à nos rivières.

Quelles ont été les difficultés principales à sa mise en place ?

Le temps, l’investissement personnel et l’argent. Porter un projet sur autant d’années a été difficile personnellement. Il y a forcément des blocages, il faut convaincre, expliquer, ré-expliquer, mais le plus important est de créer une relation de confiance avec les personnes qui peuvent faire avancer les choses. C’est d’ailleurs grâce à l’implication des membres adhérents et des personnes qui ont cru dans le projet qu’il à pu naître. Je les en remercie.

Je savais qu'il était possible de générer une vague sans besoins d'énergie

Le projet a suscité au départ quelques controverses. Comment avez-vous géré et calmé les inquiétudes ?

Depuis le début, le projet a suscité des controverses, des peurs, des critiques… Mais c’est dans la nature humaine, on a peur des choses que l’on ne connaît pas et il est simple de juger sans poser de questions. Il est d’ailleurs arrivé que certaines personnes ne comprennent pas les réponses ou les retournent, semblable à des méthodes politiques. Nous avons donc écouté, et grâce à la discussion et l’échange, nous avons pu convaincre et apporter des solutions. Pour les détracteurs, il faut savoir les ignorer, c’est parfois difficile pour le moral et maintenir la bonne humeur dans une association, mais primordial pour avancer.

Après l’ouverture aux adhérents, y’a-t-il une ouverture au public de prévue ?

Pour l’instant, l’ouverture pendant les horaires gérés par l’association est prévue uniquement pour les adhérents (Truite et Alevin) durant la période expérimentale, qui s’étale sur 2 ans. Tout le monde peut devenir adhérent avec le pass «Alevin» à 25€ qui permet de surfer les weekends ou sur invitation d’un membre truite la semaine. L’ouverture libre au public n’est pour le moment pas prévue dans la phase d’expérimentation, l’association étant responsable de la structure. Cependant, nous sommes en train de mettre en place des créneaux d’accès à la vague à l’UNCA et à la SECTION SURF de l’école la Salle. Au-delà des 2 ans, un accès libre pourrait être envisagé selon la position de la Ville.

Que souhaites-tu pour le futur de la vague ?

Mon souhait est que cette vague puisse continuer d’exister et qu’elle fasse partie intégrante du Thiou, de la ville d’Annecy et devienne un lieu culturel à part entière.  Un lieu où la pratique sportive, la protection du site, les événements d’information sur la rivière puissent coexister avec la ville, les associations, les usagers et les différents acteurs de la rivière. J’espère convaincre la collectivité qu’un lieu de ce type a toute sa place dans le futur d’Annecy et que la vague ne fait pas que passer. L’association a réuni un grand collectif autour du sujet de la vague et des problématiques de la rivière. Il serait dommage que ce collectif ne puisse pas perdurer à défaut d’implication des membres des associations qui font partie du projet aujourd’hui. 

Olivia Bergamaschi

Core Training Studio

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