Les Muses s’amusent

Les Époux Arnolfini de Jan Van Eyck

Giovanna… Tu es à moi, tuée chez moi.

Toi qui porte un peu de moi en toi, aucun émoi, moi je te veux regard au sol. Je suis ton homme et ta boussole. La dote payée ou c’est tout comme, tu dois m’aimer et m’aduler. Tu obtempères et tu transfères sur ma personne le droit du père.

Et mets du vert pour te dé-théâtraliser, mes bonnes affaires vont te re-matérialiser.
Toi ma rombière, je viens de t’épouser. Naguère tu travaillais, aujourd’hui plus. Tu as du pain, tu as ma main, tu es repues. Ton corps en friche contre un caniche. Il est mignon, oui si trognon que tu l’adores. Regarde les ors, regarde encore, admire plus fort. Et puis les pourpres. Rien qu’on ne souffre, le rouge étouffe et c’est charmant. Mais à présent je mets l’argent sur la table et veux du rouge sur tes joues, l’air coupable. Pas à genoux c’est indécent, femme de notable et grosse comme cent, convalescent.
Que font au raz du sol ces mocassins ? Es-tu devenue folle ? Ca n’est pas bien.
Voilà, c’est sain, ta main dans la mienne et l’autre à palper le pérenne.
Si c’est un fils : feu d’artifice. Si c’est une fille : reprends mes billes.
Voilà, très bien, encore plus bas le port de tête.

Tu es lumière, je suis austère. N’est-ce pas assez pour vous femmes-vipères de nous voir laids de vous voir belles ? N’as-tu pas eu assez de coups qu’il faille te battre avec une pelle ?
Personne ne saura l’avilissement qui est le tien.

Ce peintre ? Il n’entend rien, pas érudit. Bien trop gentil. Peintre à kopeck. Du style ? Il en a peu. Je te l’affirme, il n’est qu’utile, il est à sec, et aucun homme n’achètera du Van Eyck.
Jeune Giovanna, ne regarde pas l’artiste en face, sinon cette longue main verticale viendra fesser tes cervicales. C’est radical, c’est ma façon de t’imposer celui qui est le patron dans cette maison.
Il n’est pas dit qu’Arnolfini soit le dindon de sa belle mie. Il n’est pas bon qu’un grand garçon soit dominé par sa faiblesse. Et si le soir j’ai ma caresse, c’est par devoir non par tendresse.
La fenêtre renaissance est grande ouverte. Accouche d’un mâle à la naissance ou c’est bien par là que tu verras chuter l’intruse. Un roi attesté de testostérone pas une démone en premier, c’est mon seul souhait et c’est comme ça. Un géniteur pour mon bonheur, pour le succès de la succession. Dussé-je imposer mon choix à ta nature par les coups ronds de ma ceinture.
Comme il est con.

Ce centurion n’est pas mon maître c’est mon colon. M’a inoculé son nouveau né. M’a enivré de vinaigre bleu et fécondé pas mieux qu’un zèbre.
Je fais mine et j’opine, des mâtines au moment où il dîne. Mais j’affirme, voyez ma mine, qu’il est infirme. Et vous informe : je suis difforme. Je suis énorme et le déteste. Si c’est un test que je passe, laisse là ma vie, moi je trépasse. Comme je suis lasse de son audace de marchand. Que j’ai envie d’une prélasse de manant. D’une orgie d’ogres aux verges dures, d’un plaisir sûr qui plus qu’un temps, en moi perdure.
Et maintenant j’ai un peu plus de lui en moi. Toujours plus saisie je crois. Toujours moins saillie, voilà. Je souhaite les limbes pour cette future progéniture. Amen. Je le cacherai au jardin si ordure brise mon vagin. Je végète, analphabète et n’ai le droit que de faire la tête.

Qu’on cesse donc de me torturer, donnez moi vite un malformé.  Pas de bavures sur mes seins. N’ai plus d’allure, ne suis plus rien. Marre d’être lente telle une tortue, que l’on abrège, le désagrège, qu’on accélère la nature. Sinon, je jure : je vais agir pour le pire et son premier dont il s’empresse sera prématuré par l’ogresse.
Oh, oui des limbes ou bien une bombe, je veux être femme non pas féconde. Et si il gronde, si il insiste : Je fais la grande et je résiste. Un jour il faudra bien que le monde songe que j’existe.
Il veut ma perte et je le porte.
Tant je suis verte que j’avorte.

Raphaël Grillo