Le commencement était imberbe. Et ce superbe était odieux. Pas pour toi, ni pour moi. Nous ne savons que trop le vrai affreux. Non, mais pour eux.
Une toile, un voile, une tombe sous gerbe. Et de quoi affoler vos yeux d’une gêne superbe…
Des petits cris secs, genre effrayés. La force du trait vite oubliée.
Le choc et l’idée.
Le monde est né.
Là. En ce creux. L’origine est là. Tous savent ça. Alors pourquoi mettre un débat sur les ébats ? Justifier l’origine comme on traçabilise les viandes bovines. Si saugrenu que qui l’eut cru ?
Drôle comme le cru effraie tout autant qu’il attire.
Amusant d’interdire, de dénigrer l’endroit par où nous tous, nous sommes passés.
Comme s’il fallait dénier puis dénigrer nos conditions d’humains et nos origines charnelles. Comme s’il fallait mettre des voiles sur nos têtes. Et pour se faire, tous les moyens sont bons : des livres qui délivrent, des livres qui délirent, des prêches pointant le démon, des vœux pieux pleins d’abstentions… Tous les moyens pourvu que l’on cache bien combien l’on est si cons, et comme on nés si rien avec la nudité de nos conditions d’humains.
Mais quand est-ce donc que la connerie s’arrête ?
Que l’on soit con sortant des cons ou alors saints issus de vagins… Qu’on soit clochards ou bien altesses. L’humain qui ne se tient pas toujours la main a son dénominateur commun, l’origine du monde, on la sait bien.
Il n’y a pas plus belle invention que le vagin si ce n’est peut être les paires de fesses.
Voyez moi je dis ça parce que je suis là, complétement nue avec un drap presque incongru. Si. Crois moi, je suis là. Pleine possession de moi. Tu ne vois pas de visage, ni de vêtement mais je suis là. Le suis vraiment. Le suis d’autant, que je suis prise dans le temps par mon amant.
Alors bien sûr pour le futur, mon étalage ne passera pas. Ce sera trop tôt et pour longtemps. Vulgaire, dira la critique. Moi ce sont les sapes que je trouve crasses. On s’en recouvre les parties et on s’invente une deuxième peau. Une deuxième peau qui doit vous indiquer la qualité de la personne. Moi je vous le dis : Je m’en tamponne. Moi la belle pute je m’en amuse de toutes vos lois, ce qu’elles supputent. J’ai bien compris tous les avis des gens importants sur la question de l’origine du monde et des vêtements. Les gens importants…
De fait ils affirment et proclament. S’ils croyaient en un autre supérieur ils se tairaient d’ailleurs. Tiens oui écoutez donc ma voix du tréfonds des entrailles humaines. Au jour du jugement dernier les théoriciens de la théorie seront bannis pour dictat sur la nature des choses. L’opprimé aux champs Elysées ; l’oppresseur aux ordures pulvérisées.
Si je ne tenais ne serait-ce qu’un seul censeur je lui dirai : Mais d’où vous vient cet attachement à la pudeur ? Mais pourquoi toutes ces craintes, ces cris d’orfraie et vos postures. Où est-ce dit ? Qui l’a écrit ?
Voilà nulle part ni même personne ; N’entends-tu pas les voix des prophètes qui résonnent ? Tu n’entends pas et comme certains refusent ce détestable destin pour dessin. Alors peignons et puis feignons.

Et puis je suis l’origine. Et je suis au pieu et je suis courbée.
Alors peu importe que je sois Jo, la maitresse de mon maitre, ou Jeanne sa douce femme de mécène. Mes scènes seront plus hystériques chez les foules venues me caresser du regard.

Je suis l’origine créatrice du désir qui génère en torrents des rivières de sperme.
Et comme me voici offerte, inerte et impassible. Je ne parle pas très fort, je chuchote entre mes lèvres les mots obscènes qu’il me demande d’assener : Jus, lins, courbes, et… Le dernier est un secret je le tairais mais pas à vous… Ceci est mon corps livré pour vous… Buvez en tous…

Raphaël Grillo