Les Frères Sisters

Audiard, toujours là où on ne l’attend pas

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Jacques Audiard , le réalisateur d’Un prophète, change une nouvelle fois de style. Après avoir évoqué dans ses précédents long-métrages les réfugiés tamouls, le Marineland d’Antibes et l’univers carcéral, il s’attaque aujourd’hui au western américain dans son nouveau film. Les Frères Sisters nous plongent dans un Far West impitoyable avec un casting digne des plus grandes productions américaines : Jake Gyllenhaal, Joaquin Phoenix, John C. Reilly, et Riz Ahmed. Il s’agit du premier film 100 % anglophone du réalisateur.

Adaptation d’un roman de Patrick DeWitt, Les Frères Sisters reprend l’univers brut et violent d’Un prophète, dans un Far West livré à lui-même et à la loi du plus fort, où l’on exécute à bout portant des innocents. Charlie et Elie Sisters, joués par Joaquin Phoenix et John C. Reilly), sont  habitués à ce monde sauvage et hostile. Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d’une vie normale. Mais leur destin va changer lorsqu’ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer Morris (Jake Gyllenhaal), un chercheur d’or en fuite lui devant de l’argent. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence. Elle va devenir pour les deux frères un parcours initiatique, qui va éprouver leurs liens et les obliger à confronter leurs visions de plus en plus divergentes sur le sens de la vie. Le long-métrage s’attarde sur ces discussions entre les deux frères. Ils parlent, et finissent par dire des choses qu’ils ne s’étaient jamais dites. Le récit est une sorte de conte macabre, avec deux enfants perdus dans la forêt : ils avancent étape par étape. Peu à peu, la démarche d’un des deux frères va changer en cours de route en rencontrant Warm (Riz Ahmed), un idéaliste dont les convictions vont séduire Eli. Le récit avance en parallèle : les frères d’un côté, le duo formé par Warm et Morris de l’autre.

Une proposition de John C. Reilly

Un scénario qui prouve une nouvelle fois que Jacques Audiard aime surprendre, et qu’il est toujours là où ne l’attend pas. Et cela, même si l’idée du projet ne vient pas de lui, mais de John C. Reilly et d’Alison Dickey, son épouse productrice. « Nous nous sommes rencontrés en 2012 au festival de Toronto où était projeté De Rouille et d’os. Ils m’ont demandé de lire le roman de Patrick De Witt dont ils détenaient les droits. Je l’ai lu et il m’a enthousiasmé », explique-t-il.

Paradoxalement, le western n’est pas un genre qui intéressait le réalisateur : « Je n’ai pas un rapport érudit avec ce genre. Pour preuve, ceux qui m’ont le plus intéressé sont les westerns sinon « du déclin », du moins les post-modernes : par exemple les films d’Arthur Penn, aussi bien Little Big Man que Missouri Breaks. Dramatiquement, le western est très linéaire, sans suspense, épique. Dans mon travail, je pense avoir été attiré jusqu’à maintenant par des histoires plus tendues, des scénarios plus efficaces ».

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le film n’a pas été tourné aux USA, mais dans les paysages somptueux et arides de Espagne, entre l’Andalousie et le Nord du pays, ainsi qu’en Roumanie. « C’était une volonté », explique Audiard. « On a fait des repérages aux USA, toute la route Oregon-San Francisco, qui débouche sur le Pacifique, ces endroits absolument merveilleux. Puis on a repéré en Alberta au Canada, où a été tournée la série Deadwood. Ce qui m’a gêné, c’est que lorsque  qu’on arrive sur place, tous les décors sont là, intacts, dans une qualité d’entretien irréprochable. Et tu te demandes : « mais j’ai vu ça combien de fois ? » Le big sky, les villages pionniers, tous ces décors sont à dispo, avec la montagne en arrière-plan, la profondeur… il suffit de les louer ! Il m’a semblé qu’il fallait être plus inventif que ça. Ce qui est en jeu, c’est le rapport qu’on entretient avec le réel en tant que metteur en scène ».

Un regard français sur les acteurs américains

Le réalisateur a confié son enthousiasme de travailler avec des acteurs américains, qui effectuent un travail gigantesque de préparation avant d’incarner le personnage : « les acteurs américains font envie, on ne peut pas le nier. Ils offrent une sorte d’incarnation immédiate. (…) Ils ne s’arrêtent jamais. Un exemple : j’entre en contact avec Jake Gyllenhaall. Il me dit « je me suis un peu renseigné sur la période ». Il est allé bosser un mois avec un linguiste, et il est revenu avec un script en phonétique ! Il ne lui manquait plus que le costume. Ils viennent avec la démarche du personnage, ils ont déterminé comment il s’assied, comment il se comporte en société, s’il regarde ou non ceux à qui il s’adresse. Depuis des décennies, ils ont développé ce métier d’acteur « de cinéma ». Tout cela était très nouveau pour moi et très impressionnant. Électrisant, même ». La bande-annonce du film entretient le mystère. Tous les codes du western sont respectés : que ce soit les fusillades, les chevauchées ou les granges en flammes. Mais on retrouve tout ce qui fait la pate du réalisateur, avec une esthétique brute et une réflexion sur la violence. Ce long-métrage s’annonce épique, sanglant, mais aussi détonnant, le tout mis en musique sur Feeling Good d’Avicii.

Romain Fournier

Les frères Sisters en salles le 19 septembre.

 

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