LA MULE

UNE HISTOIRE VRAIE AU COEUR D’UN CARTEL MEXICAIN

A l’heure où les polémiques vont bon train sur les rapports tendus entre les États-Unis et le Mexique, Clint Eastwood revient avec un nouveau film en immersion dans le monde sud-américain de la drogue. En tant que réalisateur et acteur principal, la légende du cinéma américain met en lumière la vraie vie de Léo Sharp, dont le long-métrage s’est inspiré. Une peinture crue et sans détour du milieu des narcotrafiquants, sujet brûlant d’actualité, à travers les difficultés et les mauvais choix d’un homme que rien ne prédestinait à cette existence.

Un retour remarqué devant la caméra

Cela faisait quelques années que Clint Eastwood ne s’était pas retrouvé en même temps acteur et réalisateur. Pas depuis l’incroyable et magique Gran Torino il y a 10 ans où il abordait le thème du racisme de manière profonde et touchante. Plus récemment en tant qu’acteur uniquement dans le film Une Seconde Chance en 2012. Ce retour n’a pas manqué d’affoler les médias qui voient déjà le film prétendre à un Oscar au même titre que ceux remportés pour Impitoyable et Million Dollar Baby. Celui-ci pourrait constituer l’ultime prix dans la carrière de celui qui s’est révélé être aussi talentueux pour la réalisation que pour la comédie. Après un premier long métrage cette année, Le 15h17 pour Paris, sorti en février, le réalisateur aussi prolifique que surdoué nous surprend donc encore une fois avec une histoire inédite. Cette dernière semblerait incarner une œuvre une nouvelle fois très intime, au même titre que le Gran Torino précité. Pour l’occasion, il collabore d’ailleurs à nouveau avec le scénariste Nick Schenk qui lui avait écrit ce dernier.

Des sujets de fond chers au réalisateur

Clint Eastwood aime la réalité, la vie telle qu’elle est et partage souvent dans ses films des sujets importants qu’il a à cœur de mettre en scène d’une façon humaine et intime. Il affectionne de dresser à l’écran des portraits de héros américains qui traversent les pires épreuves et en ressortent grandis comme dans Sully, American Snipper, Gran Torino ou plus récent, Le 15h17 pour Paris. Dans La Mule, il s’attaque à la question du trafic de drogue. On est cette fois loin du personnage héroïque. On assiste à la course et à la traque d’un personnage désemparé, aux prises avec un cas de conscience et qui prendra une mauvaise décision pour sauver son entreprise de la faillite.

Le film est poignant parce qu’il raconte une histoire vraie, celle de Leonard Sharp. Vétéran de la Seconde Guerre mondiale et horticulteur de renom, qui se retrouvera passeur de drogues pour le cartel de Sinaloa. Le film nous fait le récit de la lutte menée par cet octogénaire criblé de dettes pour sa survie et celle de son entreprise, entre le danger représenté par les dealeurs et le risque de se faire arrêter par les autorités américaines. Clint Eastwood incarne magistralement ce personnage avec toute la sincérité et le talent qu’on lui connaît. Le « vrai » Earl, Leo Sharp, n’était pas un criminel comme les autres. Considéré en héros de guerre, il reçut notamment une décoration pour service rendu à la nation après avoir combattu les Nazis en Italie durant la seconde guerre mondiale. C’est donc avec une stupeur non dissimulée que le monde apprît en 2012 que ce vieil homme, à l’apparence si fragile, avait participé au trafic de milliers de kilos de cocaïne pendant une dizaine d’années. Après son arrestation, il fut condamné à 3 ans de prison en 2014. Lors de son procès, il prit la parole pour dire qu’il avait aujourd’hui « le cœur brisé d’avoir fait ce qu’il a fait » et qu’il avait seulement agit ainsi afin de régler ses problèmes financiers. Un an plus tard, en juin 2015, Sharp fut relâché de prison à cause de son état de santé très dégradé. Il meurt en décembre 2016 après 18 mois de retour à la liberté.

Les ingrédients sont tous réunis

Dans le reste du casting, on retrouve d’anciennes connaissances telles que Bradley Cooper, qu’Eastwood a dirigé dans American Sniper, mais aussi Laurence Fishburne, que l’on a vu dans Mystic River, ou encore Michael Peña qui a joué dans Million Dollar Baby.

Cooper et Peña sont les agents de la DEA qui traqueront le vieil homme tout au long du film. Également au générique, Taissa Farmiga, Dianne West et la fille de Clint Eastwood, Alison Eastwood. Des acteurs de choix pour une histoire bouleversante et une réalisation qui se promet d’être impeccable à l’image du travail de Clint Eastwood. Tels sont les ingrédients de ce long-métrage qui marquera sûrement un point d’honneur à la carrière de ce grand monsieur à l’âge de 88 ans. À moins qu’il ne nous étonne encore !

Olivia Bergamaschi

La Mule en salles le 23 janvier

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