Jacques Gamblin

Le bonheur au ras du sol

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En 2014, le navigateur Thomas Coville tentait une nouvelle fois de battre le record du tour du monde à la voile en solitaire. Bien que l’aventure ait tourné court, Jacques Gamblin a écrit au navigateur pendant un mois pour l’encourager. De cet échange est né un spectacle : Je parle à un homme qui ne tient pas en place. Heureux qui comme lui, mène sa barque là où il l’entend….

Vous avez envoyé un mail par jour à Thomas Coville pendant son tour du monde. Quelle drôle d’idée…

Nous étions dans une amitié récente mais forte. Quand il est parti sur cette quatrième tentative, j’ai eu envie de l’accompagner, de le soutenir. Le premier jour, je lui ai écrit quatre petites phrases, cinq le deuxième jour, douze le troisième… Jusqu’à ne plus pouvoir me passer de lui écrire. Comme un jeu, un principe, une envie spontanée. Ce n’était pas un projet de départ. J’avais son adresse mail mais je n’imaginais pas m’en servir.
Les courriers ne sont pas grand-chose, parfois ils partent et on ne sait pas où ils vont aller. C’était un mélange de choses anecdotiques, d’autres plus profondes, d’humour aussi, mais en prenant des pincettes car il y a une grande inconnue à écrire à quelqu’un qui ne vous répond pas. Je ne voulais pas l’encombrer de mots, il avait autre chose à faire.

Mais sur scène, c’est vous qui ne tenez pas en place !

Même à l’instant où je vous parle, j’ai la bougeotte ! Je fais un métier du mouvement, il y en a dans le spectacle comme dans les 80 dates de tournée. J’aime ça. Tous mes spectacles sont des tentatives. Pour celui-ci, j’adapte des courriers, un échange au théâtre. Souvent, les gens se disent : on va voir un acteur assis sur une chaise et qui va lire des lettres. Mais ce n’est pas ça du tout. D’ailleurs, je n’utilise plus le mot « correspondance » car il provoque aussitôt une image. Je tente de livrer une parole vraie sur quelque chose qui s’est réellement passé. Le cadeau que fait Thomas Coville à ce spectacle est inouï : livrer une parole à nue qui se mélange à la mienne. C’est puissant. Le public me dit que ça lui fait du bien car c’est de la vérité qui nous arrive à la figure. Nous avons tous vécu des échecs. Qu’est-ce qu’on dit – ou qu’on ne dit pas – à un ami qui abandonne ? Comment aider quelqu’un dans les pires moments ? Autant de questions que les gens se posent. Alors oui, je tente, avec cette écriture particulière, que cette vérité soit entendue, que les spectateurs soient touchés, que notre histoire rebondisse sur la leur. Plus que de la correspondance, c’est un voyage à la fois géographique et intérieur.

Supportez-vous la solitude ?

La solitude est difficile à vivre quand elle est subie. Moi, j’en ai besoin à des moments choisis. Dans un métier où l’on rencontre beaucoup de monde, j’ai parfois envie de me retrouver seul. J’habite en Bretagne, j’aime cet espace de vie où je peux aller marcher, courir, rouler seul. Cette compensation m’est nécessaire même si, parallèlement, j’ai une certaine peur du vide, de la perte de lien.

Sans Pédale douce, auriez-vous mené la même carrière ?

Il y a des bornes dans la vie et ce film m’a permis d’être reconnaissable et d’enchaîner des projets. Je peux remercier Pédale douce de m’avoir choisi même si on ne sait jamais à l’avance ce qui deviendra un succès ou pas. J’ai du bol d’avoir entre les mains des scénarios rares. Je fais peu de films par an mais je suis heureux de les tourner et je sais pourquoi j’y participe. Quand les gens m’en parlent, je vois un attachement sur la durée. J’ai de la chance que l’on m’ait offert des films singuliers et qui parcourent le temps.

Quand vous retrouvera-t-on sur le grand écran ?

Je viens de tourner le Facteur cheval avec Laetitia Casta sous la direction de Nils Tavernier. Je suis très curieux de voir le résultat car c’était un tournage très fort. Ce personnage m’a bien percuté.

Qu’est-ce qui vous rend heureux ?

D’avoir une fille de 20 ans, magnifique, qui a de l’enthousiasme, une énergie de vivre. De faire un métier que j’adore, qui me passionne même s’il suscite des doutes, des inquiétudes et des tensions. D’habiter dans un coin paradisiaque. De connaître deux ou trois belles personnes, d’avoir de sincères amitiés. Mes plaisirs sont simples, je vais les chercher là, sous mes pieds, au ras du sol.

Propos recueillis par Nathalie Truche

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