Au fil de l’Encre

épisode #2 / L’antilope BENIN, MAI 1892

Gustave a 84 ans. Il pourrait être un grand-père comme les autres, s’il n’avait pas le corps tatoué de la tête, aux pieds... Pour des raisons étranges, il a décidé de couper les ponts avec sa famille. Un beau jour, il renoue le contact avec son unique enfant, sa fille Chloé. Pour lui raconter sa vie, il décide de lui conter l’histoire de ses tatouages. Chaque dessin donne lieu alors à un récit épique et bien mystérieux…

[…] – Avant d’être une colonie, le Dahomey était un royaume luxuriant avec son roi, ses reines et sa cour… C’est en 1892, que la France se décide à attaquer le Dahomey. On évoquait le cannibalisme et les sacrifices humains pratiqués par la population autochtone pour justifier cette attaque. En réalité des prétextes pour la France d’agrandir sa domination sur le continent Africain. Malgré une population locale résistante, l’armée française progressait jour après jour vers la colonisation totale. Mais la journée du 12 octobre 1892 fût la plus sanguinaire.

- Ils ont tué beaucoup de Dahoméens ?

- Je parlerais plutôt de Dahoméennes…

- Comment ça ? Ils ont exécuté des femmes ?

- Ce n’était pas seulement des femmes : c’était de légendaires guerrières à la force surhumaine. Ce 12 octobre 1892, la France fit face à une armée surentraînée de plusieurs milliers d’Amazones, nées pour tuer et faites pour mourir au combat.

- Et elles ont réussi à repousser les Français ?

- D’abords apeurés, les Français pensent à battre en retraite face à une telle violence. Ces femmes spartiates maîtrisaient à la perfection l’art du corps à corps et à l’aide de leur machette, elles n’hésitaient pas à brandir la tête de leur ennemie sauvagement décapité. Leur force et leur rage étaient sans égal. Jamais l’armée française n’avait été confrontée à si redoutable adversaire. Mais… la poudre des fusils prit le dessus sur la lame tranchante des machettes.

- Ils les ont toutes tuées ?

- Les Amazones finirent par tomber une à une, même si elles refusaient obstinément de lâcher prise. Mais les Français finirent par atteindre la capitale et ce fût la fin du Royaume Dahomey et la fin du corps d’armée des célèbres Amazones.

- Incroyable histoire… Mais je n’ai toujours pas compris quel rapport avec ta nounou Hangbè et ce tatouage d’antilope…

- Hangbè n’était pas qu’une simple nounou et cette antilope sur mon cou se rappelle à sa mémoire.

- Sois plus précis s’il te plaît… Je ne vois pas où tu veux en venir.

- Lors des derniers affrontements, un membre de l’armée française pris en joue une Amazone qui portait un masque d’antilope. Cette antilope était la dernière encore debout. La machette levée au ciel, prête à mourir dignement. Derrière ce masque, l’homme croisa le regard d’une femme, qui malgré son courage sans limite, était pétrifiée par la peur. Il décida alors de l’épargner.

- Et cette femme, c’était ta nounou Hangbé…

- Hangbé était la dernière Amazone du Royaume de Dahomey et cet homme qui lui a laissé la vie sauve, ton arrière-grand-père.

- Et elle termina ses jours en surveillant que tu faisais bien tes devoirs !

- C’est vrai ! Mais ça c’était quand ton arrière grand-père était dans le coin. Le reste du temps, elle m’inculqua son savoir et ses techniques de combat pour que la tradition perdure…

- T’es en train de m’expliquer que tu es un descendant des Amazones du Royaume de Dahomey ?

- Je peux le dire… Et ce sabre que tu vois sur mon poignet en est la preuve.

- Raconte moi !

- Tout se passait lorsque mon père partait au travail…

 Julien Carpentier.