Au fil de l’encre

épisode #3 / L’APPRENTI ET LA DERNIERE SPARTIATE

Gustave a 84 ans. Il pourrait être un grand-père comme les autres, s’il n’avait pas le corps tatoué de la tête, aux pieds... Pour des raisons étranges, il a décidé de couper les ponts avec sa famille. Un beau jour, il renoue le contact avec son unique enfant, sa fille Chloé. Pour lui raconter sa vie, il décide de lui conter l’histoire de ses tatouages. Chaque dessin donne lieu alors à un récit épique et bien mystérieux…

- Hangbè attendait que ton grand-père aille travailler pour laissait tomber sa jolie blouse de nounou et vêtir son costume d’Amazone. C’est le terrain de notre maison qui servait de base pour mes entraînements et je peux te dire que j’ai mordu le sol deux trois fois !
- Tu as souffert ?
- Souffrir n’est qu’un délice face à ce que je vivais ! Hangbè me faisaient principalement travailler la « Lokabi » : la résistance, le mental et la force de vaincre.
- C’est à dire ?
- Se battre et être frappé dans le silence le plus total. La Lokabi exige de souffrir chaque jour un peu plus… J’ai fait subir à mon corps des violences physiques, volontairement.
- Mais c’est horrible ! Comment tu as pu subir une telle violence !
- C’est seulement lorsque l’on maîtrise et domine sa propre souffrance que l’on devient un vrai guerrier.
- Mais tu ne craquais pas ? Tu avais à peine 10 ans…
- Les exercices étaient très durs, voire invivables. Il m’arrivait de vouloir baisser les bras, d’être à bout de force. Mais je ne pouvais décevoir Hangbè, alors je me relevais… Et à chaque fois que je me redressais, j’atteignais un niveau supérieur, je m’élevais. Grâce à Hangbè, j’ai appris tous les arts martiaux africains : le Dula Meketa, la force et la maîtrise du bâton du peuple Oromo d’Ethiopie ; La Kipura du Congo considérée comme l’ancêtre de la capoeira ou encore le Aha, une forme de boxe et de lutte initialement pratiqué exclusivement par les prêtres égyptiens.
- Et tu maîtrises tout ça ?!?
- Maîtriser c’est un grand mot mais on va dire que j’ai encore quelques restes !
- C’est la première fois que j’entends parler d’arts martiaux africains…
- Et pourtant, tu serais surpris de savoir à quels points ils sont liés aux arts martiaux asiatiques que tu connais. Le « Ta-Merrian » est un art martial égyptien basé sur les mouvements d’animaux totémiques et danses des esprits.
- Je n’y connais pas grand-chose, mais on dirait en quelque sorte du kung fu.
- Tu ne crois pas si bien dire…! Je t’en parlerais un peu plus tard. Ma spécialité était le « Esseneya » que l’on pourrait traduire par « l’esprit animal ». Cet art martial traditionnel était pratiqué par les guerriers Fang du Gabon. Essaneya pourrait être assimilé à une sorte de boxe couplée à un pouvoir mystique voire sorcier où le guerrier tisse une alliance avec un animal pour posséder son esprit et quand il se bat, c’est cet esprit qui prend le dessus. L’Esseneya est souvent un léopard, une panthère, un serpent ou un gorille.
- Et toi tu étais quel animal ?
- Une civette ! Agile et blanc ! Regarde, je la porte sur mon épaule.
- Comme c’est mignon, une petite civette. (Rires)  Et… dis moi, tu faisais tes devoirs aussi parfois ?
- Ahaha ! Ca m’arrivait mais c’est vrai que j’étais plus doué pour manier le bâton que faire des équations !
- Et tu voulais me parler du kung-fu ??
- Tout à fait ! Au fil du temps je commençais vraiment à me perfectionner dans le maniement des arts martiaux africains et ma soif de savoir m’a poussé hors des frontières du Bénin… J’avais à peine 16 ans lorsque je me suis rendu au cœur de l’enseignement du kung-fu : au Wudang Shan, cette chaîne de montagnes millénaires située en Chine. Rapidement, je suis devenu un disciple du Grand Maître You Xuande…

Julien Carpentier